Chapitre 5

 

 

 

Hippomène se tassa un peu plus sur lui même et maudit la chaise qui ne voulait pas le laisser disparaître sous elle. Un nouvel objet, qu’il n’eut pas le temps d’identifier, vola à travers la tente et éclata en morceaux en heurtant le plastron d’un garde, qui tomba à la renverse sous le choc.

 

- Tu as complètement perdu la tête ou tu te moques de moi ? !, hurla Arès.

- Il faudrait justement avoir perdu la tête pour se moquer de toi, répliqua calmement Alexis. Ce que je te dis est tout à fait sensé, et mortellement sérieux.

- Tu veux rire ou quoi ? Tu me parles de cesser la guerre contre cette chienne d’Artémis sans qu’elle soit venue implorer mon pardon pour l’outrage qu’elle m’a infligé !

- Et tu ne considère sans doute pas comme un outrage le fait que quelqu’un ait envoyé ici cette créature qui a massacré plusieurs centaines de tes hommes ?

 

Pour la dixième fois depuis que la conversation s’était engagée entre Arès et son Berserker d’Epée, Hippomène crut que son ami était allé trop loin. Car de fait, Alexis était rapidement devenu un bon compagnon pour lui. Il ne l’avait pas quitté depuis qu’il avait mis les pieds dans ce monde de fous et il s’était montré  très compréhensif. Et c’était lui maintenant qui affrontait l’ire de son dieu en tentant de le convaincre de la justesse de l’avis d’Hermès qui préconisait aux Olympiens de laisser là leurs petites querelles internes pour se préoccuper d’une menace autrement plus grave. Cependant, cette fois encore, Hippomène put se laisser aller à un furtif soupir de soulagement car Arès ne semblait pas encore avoir décidé de foudroyer son indocile guerrier.

 

- Chaque chose en son temps, Alexis. Celui-là ne perd rien pour attendre, crois moi… Mais il n’est pas question que je recule devant Artémis !

- Hum… Et si c’est Artémis qui cesse les hostilités la première ?, suggéra Alexis après quelques secondes de réflexion.

- Mouais… Peut-être dans ce cas…, bougonna Arès.

 

Ce rapide revirement stupéfia Hippomène. Puis il commença à comprendre… En réalité, Arès mourrait d’envie d’aller batailler contre ces « fascinantes » créatures à queue de serpent. Ce qu’il attendait maintenant, c’était de pouvoir abandonner cette ennuyeuse guerre contre Artémis sans pour autant perdre la face.

 

- Mais c’est à toi de te débrouiller pour lui faire comprendre qu’elle doit s’incliner, ajouta Arès.

- Bien entendu. Je vais m’y employer dès à présent. Le Compagnon de la Salamandre voudra t-il m’accompagner ? Ses talents d’orateur pourraient se révéler utiles au cours d’une telle mission…

 

Hippomène ne se souciait pas d’ouvrir la bouche devant le redoutable Arès, mais il hocha vigoureusement la tête. Tout plutôt que de rester une minute de plus à Vicchéria !

 

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Quand on avait un problème, le mieux, c’était d’aller à sa rencontre et de l’affronter sans tergiverser. C’était ce que Shura avait toujours pensé, et c’était ce qu’il pensait encore en franchissant d’un pas vif le seuil de la maison du Lion. Ses yeux mirent quelques secondes à s’habituer à la soudaine pénombre, mais il finit par repérer la silhouette assise à même le sol, le dos appuyé à une colonne et la tête posée sur les genoux.

 

- Qu’est-ce que tu fiches là ?

 

En pénétrant dans le temple, Shura s’était promis intérieurement de se montrer calme et patient, mais le ton hargneux, voire même vaguement menaçant d’Aiolia eut vite fait de balayer toutes les bonnes résolutions prises un peu plus tôt.

 

- Je viens apprendre à un sale gosse capricieux comment se comporte un véritable chevalier…

 

Un peu tard, Shura se rendit compte qu’il venait juste de faire ce que Aiolia attendait de lui.

 

- Toi, un véritable chevalier ! ! ! Tu te…

 

Mais Shura ne devait jamais entendre la suite, ses oreilles s’étant mises à bourdonner sous l’effet du maître coup de poing qui venait de lui être assené en pleine mâchoire. Aiolia n’avait pas fait appel à son cosmos, mais même sans cela, le chevalier du Capricorne eut toutes les peines du monde à conserver son équilibre.

 

Bon, s’il voulait engager la discussion sur ce terrain là… Evitant un second coup toujours dirigé vers son visage, Shura se courba et projeta son poing, droit dans l’estomac de son adversaire, et comme celui-ci se pliait en deux, il abattit violemment son bras tendu sur son dos, le contraignant par là à tomber à genoux.  Shura frémit en se rendant compte qu’il avait été à deux doigts d’utiliser Excalibur. Sans son armure d’or, Aiolia aurait alors été immanquablement coupé en deux !Reculant légèrement, Shura tomba en garde et attendit que le chevalier du Lion se relève. Il n’avait nullement l’intention d’écraser Aiolia et surtout pas de le tuer. Ce dont ils avaient tous deux besoin, c’était de se défouler l’un sur l’autre. Après, peut-être, ils pourraient commencer à causer.

 

Moins de deux minutes plus tard cependant, Shura se demanda comment il avait pu songer, ne serait ce qu’un instant, à « écraser » Aiolia. Dans un combat au corps à corps traditionnel, le chevalier du Lion lui était incontestablement supérieur. Pour quelques  marques rougeoyantes sur le visage d’Aiolia, Shura avait déjà encaissé plusieurs méchants coups dans les côtes et dans l’abdomen, et le sang ruisselait de son arcade sourcilière fendue. Très vite, il se trouva contraint de rester exclusivement sur la défensive pour tenter de limiter les dommages que lui infligeaient les attaques rapides et puissantes de son adversaire. Finalement, un choc sur sa hanche lui fit stupidement abaisser le bras qu’il utilisait pour parer, et le coup suivant l’atteignit en pleine poitrine, le projetant au sol. Avant qu’il ait pu seulement reprendre sa respiration, Aiolia lui tomba dessus de tout son poids et s’assit sur son ventre, ses genoux écrasant son torse entre eux au point de lui couper quasiment le souffle. Furieux de s’être ainsi laisser prendre, Shura serra les dents et attendit que le poing rageur s’abatte une nouvelle fois sur son visage… mais le coup ne vint pas. Au lieu de cela, Aiolia lui empoigna fermement les épaules pour le maintenir au sol et planta ses yeux dans les siens.

 

- Pourquoi ? Pourquoi vous avez faits ça ? Pourquoi… pourquoi vous n’avez rien dit ? ! ! !

 

Ce qui avait commencé comme un hurlement s’acheva sur une sorte de sanglot étranglé.  La dernière fois que Shura avait entendu pareil son jaillir de la gorge d’Aiolia… c’était le jour où il était venu lui apprendre que son frère Aioros était un traître et qu’il l’avait personnellement exécuté ! Autant dire que ce n’était pas chose courante chez le puissant gardien de la cinquième maison, que de se laisser aller à de telles démonstrations. Faisant un effort sur lui-même, Shura contraignit ses muscles à se détendre peu à peu. Avec soulagement, il nota que Aiolia relâchait légèrement la pression sur ses épaules et contre son torse.

 

- Nous ne pouvions pas. Crois moi, si ça avait été possible…

 

Shura lui-même eut du mal à reconnaître sa propre voix subitement adoucie. Ca n’était pas du tout son genre de se montrer aussi calme. Surtout avec quelqu’un qui venait de lui infliger une telle raclée ! Mais aussi, il commençait à comprendre ce que ressentait Aiolia, et au fond de lui, il ne pouvait pas trouver la force de lui en vouloir. Comment aurait-il réagi lui-même s’il s’était trouvé dans « l’autre camp », cette nuit-là ?

 

- Pourquoi ?, fit Aiolia dans un murmure cette fois.

- Parce que nous serions morts avant d’avoir pu dire un mot.

- Ne me dis pas que vous aviez peur de ces maudits Spectres ! J’en ai tué six à moi tout seul et Shaka a réduit en miettes tous ceux qui restaient !  Plus personne ne vous surveillait !Et pourtant vous…

 

Aiolia avait recommencé à hurler et Shura l’interrompit sur un sourire désabusé.

 

- Bien sûr que ce n’étaient pas les Spectres. Nous n’aurions pas pliés devant de simples humains ! Mais Thanatos était un dieu. Il n’avait pas besoin de se trouver auprès de nous pour nous tuer aussi rapidement et aussi aisément qu’on écrase un insecte. Cela, on nous l’avait bien fait comprendre avant de nous rendre à ce semblant de vie. Croyais tu Hadès et ses sbires assez stupides pour se fier à de misérables Spectres pour contrôler trois chevaliers d’or ? Et nous étions les seuls à savoir comment donner vie à l’armure d’Athéna ! Nous ne pouvions pas nous permettre de nous laisser arrêter avant d’avoir atteint Athéna ! Sans son armure, elle courrait à une défaite certaine face à Hadès ! Il fallait que nous passions. Il le fallait… à tout prix…

 

Aiolia ne dit rien mais continua de le contempler d’un air sombre.

 

- As tu la moindre idée de ce que moi, Saga et Camus avons ressenti en déclenchant l’Athéna Exclamation contre Shaka ? En tuant l’un des nôtres ? En sacrifiant notre honneur de chevalier ? Tu t’imagines peut-être que ça a été facile ! Réfléchis bon sang ! Essaye de t’imaginer un instant à notre place ! Qu’est ce que tu aurais fait, toi, avec tous tes beaux sentiments et tes codes d’honneur ? Est ce que tu aurais estimé ton honneur personnel plus important que la vie d’Athéna ?

 

Cette fois, ce fut lui, Shura, qui acheva sa tirade sur un sanglot qu’il ne pu contenir. Pourquoi ce fou ne voulait-il pas comprendre ? Pourquoi fallait-il qu’il l’oblige à revivre cela ? Ces minutes atroces durant lesquelles ayant compris ce qu’attendait Shaka, ils avaient tentés de se débattre contre leur destin, contre ce qu’ils savaient devoir faire… Soudain, les mains d’Aiolia quittèrent ses épaules et ses genoux finirent de desserrer leur prise.

 

- Je comprend, soupira t-il. Mais tu aurais pu m’expliquer ça plus tôt…

- Et quand cela, espèce d’enragé ? Quand tu essayais de me tuer ?

- Je n’ess…

- Et d’abord tu commences à devenir lourd, toi !

 

Fermement mais sans rudesse, Shura posa ses mains sur la poitrine d’Aiolia, et d’une secousse le fit basculer sur le coté. Passer à autre chose, il fallait absolument qu’il passe à autre chose.  Ne pas laisser le temps aux terribles souvenirs de le submerger et de le faire plier. Tenter d’oublier, au moins un moment…Il se releva et entreprit de remettre un peu d’ordre dans sa coiffure et sa tenue, affectant un air exagérément outragé. Comme  il l’espérait Aiolia finit par laissait éclater son rire grave et chaleureux, et Shura se permit un sourire soulagé, même si la honte et la douleur pesaient encore lourd sur son cœur.

 

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- Tu m’écoutes quand je te parle ?

- Non.

- Et bien tu devrais ! Et tu es complètement ridicule à te comporter ainsi comme une gamine vexée.

 

Athéna pinça les lèvres et s’interrompit dans son mouvement qui depuis une demi-heure l’amenait inlassablement du bord de la falaise au groupe des marinas, et vice-versa.

 

- Et qu’est ce que je devrais encore entendre d’après toi ?, demanda t-elle d’un ton acide.

- Tu crois que ça va régler ton problème de savoir que ton père a encore fait l’abruti ?

- Non, soupira Athéna. Alors qu’as tu à ajouter ?

- D’abord que je n’ai jamais vu un ennemi se montrer, au moins en apparence, aussi stupide. A quoi ça rime d’attaquer trois dieux en même temps, en ne mobilisant qu’un seul Géant à la fois ? Si Coeos t’avait envoyé ne serait ce qu’une dizaine de ses bestioles, il ne resterait pas une pierre de ton sanctuaire !

- C’est bien possible…, fit Athéna avec un sourire mi-figue, mi-raisin.

 

Oui, s’il fallait à chaque fois leur abattre un temple sur le dos pour les terrasser… Le sanctuaire aurait vite été réduit à un tas de débris épars.

 

- Coeos n’est ni plus bête, ni plus intelligent que la moyenne des dieux. Comme la stratégie mise en œuvre jusque là est digne du roi des crétins, j’en conclus que nous n’avons pas encore tout vu ou tout compris…

- Je crois que je vois ce que tu veux dire…Coeos joue à un petit jeu précis dont nous ne connaissons pas les règles…

- Mouais. A mon avis, il n’a jamais cherché à détruire ni toi, ni ton sanctuaire. Idem pour Hermès et Arès. Parce que s’il l’avait voulu, ça serait fait !

- Donc, c’est autre chose qu’il voulait…

- Le problème, c’est qu’on ne sait pas ce que c’est… En attendant, je pense qu’il serait judicieux de me libérer, ma chère. Parce que comme Hadès est hors jeu et que Zeus… disons… joue SON propre jeu, je suis le seul à avoir déjà affronté Coeos qui puisse vous aider.

- Te libérer ? Mais d’après Canon, ce n’est pas le scellé d’une « fillette » telle que moi qui t’arrêterais ? !

 

Athéna abandonna presque aussitôt son air de feinte innocence. Elle n’avait pas pu s’empêcher de lui envoyer cette pique, mais elle savait que Poséidon avait raison. Les vieilles rancunes devraient s’accommoder de la situation présente qui voyait un adversaire se dresser face à tous les Olympiens réunis. Bien sûr, il faudrait mettre les choses au point avec Julian Solo. Pas question qu’il serve de marionnette à Poséidon. Mais ce qui la préoccupait vraiment en cet instant, c’était le problème que sa dernière phrase venait de lui remettre en mémoire. Hadès s’était échappé de sa prison au bout d’environ 250 ans, ce qui était la durée moyenne durant laquelle l’un de ses scellés pouvait résister aux assauts acharnés d’un dieu. De ce coté-ci donc, pas de problème. En revanche, Poséidon ne s’était pas libéré lui-même, en fait il n’avait même pas cherché à se libérer, attendant une heure plus propice. Et c’était Canon, un simple humain qui avait réussi à briser le sceau d’Athéna, sans le concours du maître des Océans. Plus qu’un fait étrange, c’était quelque chose de véritablement inquiétant… car seul un dieu pouvait théoriquement détruire un scellé, et ce encore, sous certaines conditions…

 

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- Il est descendu depuis bien trop longtemps !

- Mais non, Ikki. Ca fait à peine un quart d’heure qu’il est là- dedans. Et vu la profondeur que doit faire ce trou, c’est normal qu’il lui faille du temps pour remonter.

 

Ikki jeta un regard noir au chevalier du Taureau et reprit sa ronde inlassable autour de la fosse. Mû haussa les épaules et se détourna. Même lui commençait à être sérieusement agacé par la mauvaise humeur quasi permanente du chevalier Phénix. Depuis que Shun avait disparu dans le tunnel, son frère n’avait pas cessé de se montrer agressif envers les autres au moindre prétexte. Seul le placide Aldébaran se donnait encore la peine de lui parler et de tenter de le calmer.

 

- Qu’est ce que vous faites tous là ?

 

Mû leva les yeux vers les nouveaux arrivants et fit la moue en découvrant les visages tuméfiés de Shura et Aiolia. Puis il haussa les épaules. Après tout, si c’était le prix à payer pour les voir de nouveau marcher côte à côte en souriant bêtement, l’air très contents d’eux… ! De toute manière, ni l’un, ni l’autre de ces deux fous ne l’aurait écouté s’il avait tenté de le raisonner. Alors tant qu’ils ne s’étaient pas entre-tués, s’ils avaient décidé de régler leur problème de manière un peu « sportive », ça ne regardait qu’eux. L’essentiel, c’était le résultat obtenu.

 

- Et ça fait combien de tant qu’il est descendu là-dedans ?, demandait Aiolia au moment où Mû reprit le fil de la conversation.

- Beaucoup trop longtemps, grogna Ikki.

- Mais, non…, commença Aldébaran jamais lassé. Tenez d’ailleurs, je crois que le revoilà !

 

Effectivement, tandis que le groupe des chevaliers discutait ferme, Shun était réapparu et se hissait justement hors du trou avec l’aide de Ban, quand tous se retournèrent.

 

- Alors ?, demanda aussitôt Shiryu.

- Alors, c’est plutôt bizarre, si tu veux mon avis… Ce tunnel descend sur une bonne centaine de mètres avant d’aboutir à une grande cavité rocheuse…

- Mais ça nous ramène presque au niveau du pied du sanctuaire ça !, nota Shura.

- Et alors, qu’est ce qu’il y a dans cette caverne ? ,intervint Kiki, qui manifestait son impatience par une agitation encore supérieure à celle dont il faisait montre en temps normal.

- Eh bien… Toute la caverne est encombrée par… euh… le même genre de truc que ce qui obstruait la sortie de la maison du Lion. Des tas de fils visqueux, partout… En fait, j’ai eu comme l’impression qu’il s’agissait d’une sorte… de cocon,… de nid… Enfin quelque chose comme ça…

- Tu veux dire que cette bestiole aurait séjourné pendant un certain temps sous nos pieds ? ,s’exclama Masque de Mort, dont c’était les premières paroles depuis… Non, en fait, pas moyen pour Mû de se rappeler l’avoir entendu dire un mot depuis leur retour.

- Oui, et depuis plus longtemps que tu ne le crois, je pense. Il y a là-dessous… des ossements… ceux de bœufs et de moutons… en majorité…

 

Durant une seconde, Mû se demanda de quelle nature pouvait bien être la minorité dont Shun ne parlait pas, mais il préféra se concentrer sur un problème plus essentiel.

 

- Et d’après toi, combien de temps cette créature…

- Salut ! Qu’est ce que vous fabriquez tous ici ?

 

Mû dévisagea avec surprise le chevalier Pégase. Il avait cru comprendre le pourquoi des ecchymoses qui marquaient les figures de Shura et Aiolia, mais il ne voyait pas bien pour quelle raison un magnifique bleu fleurissait à présent sur la joue de Seiya. Shiryu, Shun et Ikki devaient être mieux renseignés que lui sur ce point car ils se mirent à glousser de rire en entourant leur frère.

 

- Shun ! Je voudrais juste qu’on achève ce qu’on était en train de faire et que tu me répondes, parvint à faire entendre Mû au milieu des éclats de rire.

- Euh, oui ?

- Combien de temps crois tu que cette créature soit restée tapie sous nos pieds ?

- Je dirais plusieurs mois, peut-être même une année, répondit Shun, le visage brusquement assombri.

 

Tous se figèrent, même Seiya qui semblait avoir compris que son frère venait de dire quelque chose de grave. Mû se sentit frissonner. Cette bête se serait donc trouvée là avant même qu’ait lieu la bataille du sanctuaire et qu’Athéna ait regagné son temple ! La même question pouvait se lire sur tous les visages autour de lui : pourquoi cette bête n’avait-elle attaqué que la veille ?

 

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Le coffre était vide. D’ailleurs, il n’y avait aucune raison pour qu’il se soit rempli depuis la dernière fois où il l’avait ouvert, événement qui remontait à environ cinq minutes. Saga avait l’impression de devenir fou. Au terme de la réunion, il aurait voulu pouvoir regagner son temple le premier. Malheureusement, tous les chevaliers d’or devaient partager son désir car ils s’étaient éclipsés à toute allure dès que possible. Pour atteindre la troisième maison, il lui aurait alors fallu passer devant plus de la moitié des chevaliers, et ça , il n’en était pas question. Quand on y réfléchissait bien, c’était sans doute dans la maison du Lion qu’il risquait de s’attirer le plus d’ennuis, mais bizarrement cela ne le préoccupait pas vraiment. Non, les maisons qu’il redoutait de traverser étaient celles du Sagittaire et celle de… Non, il n’y avait aucun risque pour qu’il traversa la maison de la Vierge, maintenant qu’elle n’existait plus. Mais il serait obligé de la contourner en passant par un certain champ qui avait accueilli les arbres de Twin Sal, il y a si peu de temps… Et il y aurait bien sûr la possibilité d’y croiser Shaka… Toutes ces constatations avaient suffi à lui faire abandonner sa première idée. Il s’était donc mis à errer dans les antichambres de la salle du Grand Pope en attendant de trouver le courage qui lui manquait pour affronter ses victimes. Et voilà comment il avait fini par se retrouver là, en train de participer à cette partie de cache-cache absurde avec Marine, Shina, l’envoyé d’Hermès et une douzaine de ces imbéciles à qui on avait décernés le titre de garde.

 

Saga aurait bien voulu croire que le soleil avait tapé sur la tête de ce Linus. D’autant plus que personne n’avait trouvé trace du garde prétendument assassiné la veille. Seulement, Marine et Shina avaient confirmé ses dires et d’après elles, les chevaliers de bronze pourraient également témoigner de leur véracité. Le fait qu’un autre ennemi que le monstre se soit glissé dans le sanctuaire à l’insu de tous était quelque chose d’extrêmement dérangeant en soi. Très naturellement, les chevaliers d’argent et lui-même avaient supposé que cet intrus visait le saint des saints, la salle du Grand Pope et le temple d’Athéna, car un vulgaire voleur n’aurait pas pris le risque de violer les limites du sanctuaire et de commettre un meurtre. Bien sûr, il y avait toujours des gardes à cet endroit, mais Saga était bien placé pour savoir que ce jour-là, comme tant d’autres, leur vigilance n’était pas telle qu’elle aurait dû être. Parti de là et faute de mieux, Marine avait proposé de fouiller les lieux incriminés pour tenter de mettre en évidence la raison de cette intrusion. Elle n’avait fait aucun commentaire particulier à son intention, mais Saga avait bien compris qu’en tant qu’avant-dernier locataire de l’endroit, on comptait sur lui pour repérer ce qui avait pu être déplacé ou dérobé. Bon gré, mal gré, les recherches avaient commencé, aussi ennuyeuses qu’inutiles. Pas moyen d’être sûr que quelque chose avait disparu ou avait été déplacé.

 

Excédé, Saga rabattit le couvercle du coffre et abandonna la salle du Grand Pope pour gagner le temple d’Athéna. Au moins y avait-il de l’air et de la fraîcheur ici. Même si, là encore, les recherches étaient restées vaines. Saga s’approcha du parapet qui surplombait la plus hautes des falaises contre lesquelles était bâti le sanctuaire et promena son regard sur les collines de l’arrière-pays athénien. La dernière fois qu’il était venu ici, c’était encore sous le manteau d’un traître. Même si cette fois-là, le manteau n’était qu’apparence pour tromper Hadès, le temple d’Athéna resterait encore longtemps pour lui, un lieu évoquant de terribles fantômes. Et quelque chose d’autre semblait vouloir également le ramener en arrière vers son sinistre passé. Là-bas, à quelques kilomètres à vol d’oiseau, plus haut et plus aigu que tous les autres pics, comme une lance dressée vers le ciel, Star Hill… Il ne s’y était rendu qu’une seule fois… une nuit…il y avait treize ans de cela… Qu’y avait-il là-bas ? Il l’ignorait car jamais il n’avait osé de nouveau… Saga s’interrompit dans le fil de ses pensées. C’était vrai qu’il ignorait ce qui pouvait se trouver dans ce lieu hautement sacré. En fait personne au sanctuaire ne le savait. C’était l’endroit le plus sûr et le plus secret du sanctuaire. Est-ce que par hasard… Star Hill était bien visible depuis l’esplanade du temple d’Athéna… En fait, il frappait même le regard par son isolement et sa hauteur formidable. Même un étranger n’eût pas manqué de le repérer… En théorie, seul, le Grand Pope pouvait y accéder. Mais lui Saga, chevalier d’or des Gémeaux, y était bien parvenu après tout…

 

- Moi aussi, je suis déjà montée jusqu’à Star Hill.

 

Saga tressaillit. Il ne s’était pas rendu compte qu’il avait fait ses dernière réflexions à voix basse mais parfaitement intelligible pour quelqu’un placé juste à coté de lui. Puis le sens des paroles de Marine le frappa de plein fouet.

 

- Comment ?! Toi aussi tu y es parvenue ?!

- Oui.

 

Réponse laconique. Saga n’eut aucune peine à deviner ce qu’elle avait pu découvrir là-haut. Mais pour le moment, ce qui importait, c’était que même un chevalier d’argent avait pu atteindre Star Hill.

 

- Tu penses que ce que l’intrus cherchait se trouve là-bas… ? , demanda Marine d’un ton hésitant qui lui était peu coutumier.

- Peut-être…

- Et tu crois qu’il sera allé l’y chercher ?

 

Saga ne répondit pas, mais son regard invitait clairement la jeune femme à aller étudier la chose directement sur place.

 

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- Mlle Saori Kido vient d’arriver, monsieur.

- Très bien. Priez-la de bien vouloir me rejoindre ici.

 

 Aussitôt après que le domestique eut disparu, Julian Solo se leva et fit quelques pas dans le salon, mal à l’aise. Pourvu qu’il ne se mette pas à rougir quand il la verrait ! Qu’est ce qui avait bien pu lui passer par la tête ce soir-là ? Il n’avait presque rien bu pourtant. Où était-il allé pêcher cette idée saugrenue de faire une demande en mariage à une jeune fille qu’il ne connaissait absolument pas deux minutes plus tôt ! Rien que le fait d’évoquer cette scène faisait virer ses joues à l’écarlate. Ca s’annonçait mal pour le moment où il se trouverait à nouveau devant Saori Kido en chair et en os…

 

D’ailleurs le moment était venu semblait-il car la porte du salon s’ouvrit pour laisser passage à la jeune fille, et Julian comprit aussitôt que tous ses efforts seraient vains. Elle était encore plus belle que dans son souvenir. Et cette lumière radieuse qui semblait toujours émaner de toute sa personne… Si seulement encore elle avait pu cesser de lui sourire de cette façon… Peut-être se serait-il senti un peu moins bête à la contempler ainsi, sans rien trouver à lui dire… Mais comme pour ajouter encore à sa confusion, Saori vint glisser son bras sous le sien et leva vers lui son visage gracieux en l’entraînant vers la terrasse.

 

- J’ai énormément de choses à vous dire, cher Julian.

 

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- Mais quel est le rôle des chevaliers sacrés ?

- Ils ont pour mission de servir et de protéger Athéna par tous les moyens.

 

Canon songea qu’il n’était sans doute pas le mieux placé pour dire de telles choses, mais bien sûr, la sœur de Pégase ne pouvait pas le savoir.

 

- Mais alors pourquoi le Grand Pope a t-il cherché à tuer les chevaliers de bronze qui protégeaient la réincarnation d’Athéna ?

- Parce que le Grand Pope, à ce moment là, n’était plus vraiment un chevalier sacré…

 

En même temps qu’il se lançait dans le récit de la bataille du sanctuaire, qu’il avait suivi de loin, Canon se demanda pour la énième fois ce qu’il faisait là. Après la réunion du matin, sa première idée avait été d’aller parler à son frère. Mais il y avait rapidement renoncé. Que lui aurait-il dit ? Sa deuxième idée avait été de quitter définitivement le sanctuaire car il ne voyait pas bien ce qu’un renégat tel que lui avait encore à y faire alors que tous les défenseurs d’Athéna étaient revenus. Seulement la déesse s’était éclipsée aussitôt la réunion finie, et sans trop savoir pourquoi, Canon répugnait à partir sans lui avoir fait part de sa décision auparavant. Sa troisième idée alors, avait été de quitter au moins temporairement l’enceinte du sanctuaire car il n’avait pas la moindre envie de se mêler aux chevaliers. Durant le trajet qui l’avait mené au-delà de la maison du Bélier, son air hargneux avait fort heureusement découragé les rares individus qui eussent été tentés de lui adresser la parole. Mais comme toute les bonnes choses ont une fin, arrivé au pied du sanctuaire, il était tombé sur Kiki et Seika. Il ne parviendrait décidément jamais à comprendre comment le calme et posé chevalier du Bélier pouvait avoir choisi un disciple qui était incapable de se tenir tranquille ne serait ce qu’une seconde. Toujours est-il que mine revêche ou pas, le gamin n’avait pas hésité à aborder Canon pour tenter de lui soutirer des renseignements sur ce qui avait été dit un peu plus tôt. S’il avait été seul, Kiki aurait alors eu du souci à se faire pour sa santé, mais Canon n’avait pas réussi à se montrer désagréable en présence de cette jeune fille qui semblait totalement désorientée. Pire, il s’était mis à répondre à ses questions et le gamin s’étant volatilisé dans la nature, il s’était assis avec elle sur les premières marches de l’escalier, incapable pour une fois de faire preuve de son égoïsme coutumier.

 

- Canon ! C’est toi ? Comment vas tu ?

 

En levant les yeux, Canon eut envie de répondre : mal. Mais il se contenta de marmonner :

 

- Salut Talies. Je ne pensais pas te revoir de sitôt.

 

La vérité, c’était qu’il n’espérait pas revoir de sitôt le bavard Esprit de l’Ennui. Mais encore une fois la présence de Seika tempéra sa mauvaise humeur. A cet instant, la jeune fille ouvrait d’ailleurs de grands yeux en dévisageant les deux arrivants. Ah, oui… Parce qu’il était deux. Canon venait seulement de repérer la très belle jeune femme qui se tenait… non, qui se dissimulait plutôt, derrière Talies.

 

- Alors, tu ne me présente pas ? s’exclama Talies qui ne quittait pas Seika des yeux.

- Toi non plus, tu n’as pas fait les présentations.

- Ah, c’est vrai. Mon amie timide ici s’appelle Eurydice. Mais je te préviens, pour elle, il n’existe qu’Orphée !

- Voici Seika, la sœur du chevalier Pégase. Seika, Talies, Esprit de l’Ennui…

 

Seika leva un sourcil perplexe mais ne pipa mot.

 

- Peut-on savoir ce qui t’amènes ici ?

 

C’était le mieux que Canon se sentait capable de faire en matière d’amabilité pour le moment.

 

- Cette question ! Je vous ramènes vos armures, tiens ! Enfin une partie au moins…

 

Effectivement, six urnes soigneusement alignées les unes à coté des autres venaient d’apparaître dans le dos de Talies. Une de bronze et cinq d’or.

 

- Génial ! Mon armure !

 

Sautant d’un bond les cinq ou six dernières marches, Seiya se précipita vers l’urne de Pégase et entreprit de l’inspecter sous toutes les coutures, avant de relever la tête vers les deux Esprits.

 

- Eurydice ! C’est toi ? Mais c’est fantastique ! Tu n’es plus prisonnière des Enfers !

- On te l’avait déjà dit, intervint Shiryu, en dépassant à son tour Canon et Seika.

- Hein ? Mais vous ne m’avez absolument pas parlé de ça !

- Mais si…

- Puisque je te dis que non ! Eurydice, tu sais qu’Orphée est ici ? Viens je vais t’emmener près de lui !

 

Au grand soulagement de Canon… ,et semblait-il également de Shiryu,… Seiya repartit à toute allure vers le haut du sanctuaire en compagnie d’Eurydice, qui peinait à le suivre. A sa place, Mû, Aldébaran et Masque de Mort vinrent rejoindre le groupe installé au bas de l’escalier.

 

- Bonjour messieurs, s’exclama Talies avec une pirouette ridicule. Voici quelques petites choses qui vous intéresseront, je pense, ajouta t-il en désignant les urnes.

- Mais il n’y en a que cinq !, s’exclama Masque de Mort. Qu’avez vous fait des autres ? !

- Croyez bien, noble sire, que si j’avais su où elles se trouvaient, je vous les eusse volontiers ramenées. Seulement, j’ignore où vous avez pu les égarer, répliqua Talies avec un sourire angélique.

 

Canon, comme Mû, Aldébaran et Shiryu, ne put retenir un sourire, mais le visage de Masque de Mort s’assombrit sensiblement. Prévoyant l’orage imminent, Mû intervint avec le tact qui le caractérisait.

 

- Nous vous sommes plus que reconnaissants de ce que vous avez déjà bien voulu faire pour nous. Cependant j’ai du mal à comprendre comment vous avez pu retrouver ces cinq armures-là et pas les autres. Elles auraient pourtant dû se trouver toutes au même endroit…

- Non, dit Shiryu. Ces cinq armures d’or sont celles qui sont venues nous protégez moi et les autres, alors que nous affrontions Thanatos en Elision.

- En effet, c’est là que nous les avons retrouvées, approuva Talies. Mais j’aime autant vous prévenir tout de suite : elles ne vous seront peut-être pas très utiles parce qu’elles sont vraiment en piteux état. Thanatos était une vraie brute quand il s’y mettait !

 

Cette fois, ce fut au tour de Mû de s’assombrir et Masque de Mort haussa les épaules d’un air dégoutté.

 

- C’est intéressant ça tout de même, que des armures d’or aient pu venir en aide des chevaliers qui n’étaient pas placés sous la protection de leur constellation, remarqua Aldébaran, songeur. Dommage que la mienne n’ait pas choisi d’aller les secourir.

- De toute façon, aucun des chevaliers de bronze n’aurait pu rentrer dans ton armure, fit Masque de Mort.

- Peut-être qu’ils ont été aidés par les armures représentant leur signe astrologique ?

 

Tous les regards convergèrent vers Seika qui rougit terriblement, mais Aldébaran lui sourit gentiment et hocha la tête pour approuver.

 

- Ca doit être ça, tu as raison.

- En attendant, on se retrouve avec les débris de cinq des armures d’or ! On aurait aussi bien pu s’en passer ! C’est pas ça qui va nous être d’une grande aide face à ces sales bestioles !

- Quelles bestioles ?, demanda Talies sans relever le ton méprisant du chevalier du Cancer.

- Le genre de bestioles qui te renverrait en Enfer sous la forme d’un macchabée cette fois !

- Ca m’intéresserait vraiment de rencontrer une créature capable d’un tel exploit, parce qu’aux dernières nouvelles, les Esprits sont immortels ! Et pas seulement au sens où ils ne vieillissent pas. Si j’étais mort à chaque fois qu’on m’a transpercé le cœur ou tranché la gorge… j’aurais un cimetière complet réservé à mon intention !

 

Masque de Mort décida de briser là et Canon songea qu’il avait sans doute fait preuve de sagesse en cela car le ton de Talies dans ses dernière phrase avait changé du tout au tout. Finie la plaisanterie, les derniers mots étaient emplis de sérieux, de douleur, et peut-être d’un peu de menace, comme si le chevalier du Cancer avait touché un point sensible.

 

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L’obscurité. Puis la douleur. L’odeur du sang. Le sien. Et celui de Leti.

 

Nevis sentit les larmes se faufiler sous ses paupières closes pour venir se fondre dans l’humidité sinistre répandue sur les dalles de marbre. Leti. Il n’avait rien pu faire. Si seulement… Non, cela ne servait plus à rien. Soudain il se rendit compte qu’il ne supporterait pas plus longtemps cette odeur funeste. S’appuyant de ses mains tremblantes sur le sol visqueux, il parvint à se mettre à quatre pattes. A éloigner son visage de cet océan pourpre qui le suffoquait. Les larmes et le sang brouillaient sa vision et en levant légèrement la tête, il ne distingua qu’une vague silhouette qui s’approchait de lui. Pourtant, il devina sans peine. Démèter. Il vit la déesse se laisser glisser au sol près de lui et recueillir sur ses genoux la tête de Leti. Un sanglot douloureux le secoua. Levant une main toujours tremblante, il effleura du bout de ses doigts sa gorge martyrisée. La terrible blessure, qui avait répandu tant de sang, s’était déjà à demi cicatrisée. Dans une heure, il n’en demeurerait plus la moindre trace, Talies le savait par expérience. Combien de fois déjà n’avait-il pas cru périr sous les coups des Spectres ! Un instant, il eut envie de les maudire eux et Hadès, pour le sort qui était le sien. Pour devoir toujours se réveiller, torturé, épuisé, mais bien vivant… Mais il n’en avait pas le droit. C’était lui et nul autre qui avait choisi d’être réduit à cet état. Parce que la mort lui faisait l’effet d’une chose bien trop douce et clémente pour le punir de sa faute…

 

Sa faute ! Son adversaire ! Le souvenir des instants qui avait précédé sa mort, une nouvelle fois factice, resurgit soudainement au milieu des brumes dont son esprit était encore encombré. Il avait vu le visage de son agresseur. Il l’avait déjà vu par le passé, même si cela remontait à des siècles et des siècles. Il savait quel nom mettre sur ce visage. Et il savait ce que ce nom signifiait. Tant pis pour sa blessures. Tant pis pour Leti, Démèter, Perséphone… Il devait se relever et aller avertir celui qui comprendrait comme lui…

 

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Marine saisit avec soulagement la main que lui tendait Saga et se laissa hisser par delà le rebord de la falaise. Elle avait gardé un très mauvais souvenir du parcours qui l’avait amené la première fois à Star Hill. Heureusement, les choses avaient été beaucoup plus faciles cette fois avec l’aide du chevalier d’or. Elle secoua la poussière sur ses vêtements puis se dirigea vers le petit temple qui avait servi de lieu de méditation à plusieurs générations de Grands Popes, sachant déjà que Saga la suivrait, mais refuserait de la précéder. Elle comprenait très bien sa réticence à explorer ces lieux évocateurs de terribles souvenirs. Elle-même se sentait rien moins que pressée de revenir à l’emplacement de sa macabre découverte. Mais si l’intrus avait véritablement profané cet endroit sacré, ils devraient faire fi de leur répugnance pour essayer de découvrir les motivations de leur ennemi.

 

Traversant rapidement l’esplanade où le Grand Pope, Shion du Bélier, était tombé treize ans plus tôt, ils pénétrèrent dans le petit bâtiment qui constituait le point culminant du sanctuaire d’Athéna. La pièce principale était de forme circulaire. Au sol, le dallage de marbre avait été gravé et incrusté de petits cristaux symbolisant les étoiles. Le planisphère céleste des astres visibles à cette latitude s’étendait tout entier sous leurs pieds. Marine repéra avec une certaine fascination les étoiles de sa constellation. Mais ce n’était sans doute pas cela qu’était venu chercher un éventuel ennemi. Se détournant à regret du magnifique planisphère, Marine étudia le reste de la pièce. Comme elle s’y attendait, celle-ci était presque vide. Un fauteuil de bois fatigué, une commode de marbre sur laquelle s’étalaient de vieux parchemins sans grand intérêt… Marine eut tôt fait d’explorer les lieux. Il n’y avait rien ici qui paraisse important, mais elle n’avait aucun moyen de savoir si cela était déjà le cas avant l’éventuelle intrusion de leur ennemi ou si quelque chose avait été dérobé… Peut-être Saga saurait-il… Mais où était-il passé ?

 

Marine se tourna plusieurs fois sur elle-même en vain. Saga avait dû quitter la pièce sans qu’elle s’en rende compte. A son tour elle sortit et repéra le chevalier d’or qui lui tournait le dos, immobile, devant l’autel qui surplombait le vide. Là où gisait encore le corps de Shion, si peu de temps auparavant. Saga paraissait plongé dans la contemplation de cette table de marbre comme s’il tentait de voir quelque chose à travers elle. Envahie malgré elle par la pitié, Marine s’approcha silencieusement de lui. Saga sembla cependant s’apercevoir de sa présence car il murmura :

 

- Je crois que j’ai trouvé, Marine.

 

Contournant le chevalier d’or, la jeune femme se pencha à son tour sur l’autel de sinistre mémoire. Incrusté dans le marbre, mais de manière assez lâche pour qu’on puisse cependant le retirer en glissant ses doigts dans la fine rainure qui l’entourait, se trouvait un disque de pierre noire. Une écriture que Marine ne parvenait pas à identifier s’enroulait depuis le bord jusqu’au centre de l’objet, brillant d’un éclat bleu vert. Le dernier mot cependant était écrit en grec et luisait comme l’argent: Athéna.

 

- Je n’en ai jamais vu de pareil, souffla Saga.

 

Marine de lui demanda pas de quoi il voulait parler. En dépit de sa forme original, elle ne pouvait ignorer qu’elle se trouvait en présence d’un scellé apposé par la déesse. Effleurant d’un doigt tremblant la surface du disque, Marine découvrit alors quelque chose qui lui avait échappé jusque là et qui justifiait les premières paroles de Saga. Il avait effectivement trouvé selon toute vraisemblance la raison de la venue de l’intrus. Une longue fissure traversait le disque de part en part, et lorsque Marine voulut le retirer de sa loge de marbre, il se détacha en deux morceaux. Le sceau d’Athéna avait été rompu.