Guerre des Cités
Chapitre 9
Métamorphose
Etait-ce un rêve ?…Peut-être une prémonition…Les couloirs déchirés par les flammes menaient à un point lumineux. Une descente aux enfers, sans doute. Il n’y avait qu’un seul passage. Pas moyen de s’en débattre, nulle sortie, nulle entrée. Que des flammes. Exclusivement, une fournaise en ébullition.
Mais où était donc l’horizon ? Consumé par la
fournaise ? Le délire…le non sens…puis la sensation de lourdeur. Le poids
de l’armure devenait insupportable.
Mais impossible de s’en séparer, il incombait d’avancer. Avancer. La chaleur
étouffait, la suffocation, l’épuisement. Les pores laissaient s’écouler tout le
liquide de son corps. Sensation de vide…
_Shun…Shun ! Tu m’entends, Shun ! ? Eh ho ! Le prof’ viendra pas faire son cours près de ton lit ! Alors lève-toi ! T’as les yeux ouverts ! Donc tu es bien réveillé ! Hé ! Y’a quelqu’un là-dedans ! ?
_…Je…N’abandonne pas, Hyoga !…Tiens bon !
_…Bon c’est fini ! ? On arrête de rêver de
Hyoga, maintenant ! ? Il est loin, lui, il est en Sibérie ! Et
toi, t’es ici au Japon ! Et je constate que tu n’es pas allé en cours de
la semaine ! Mais qu’est ce que t’as foutu ! ?
_Comment ! ? Qui est-ce ?
Qui…Qui…es-tu ?
_De quoi ! ? Qui je suis moi ! ?
Tu me demandes à moi qui je suis ! ? Elle est bonne celle là !
Je suis celui qui va te tirer les pieds du lit ! Monsieur se permet de
sécher les cours pendant une semaine et en plus il donne pas de
nouvelles ! Je suis ton pire cauchemar ! Voilà qui je suis !
_Euh…Raijin ? Mais…
_Waaaah ! Bravo ! Au moins t’as pas oublié
mon nom ! Tu te souviens comment tu t’appelles et où tu habites
j’espère ! ? Et tu te souviens que tu me dois quelques pièces de
monnaie…euh…en fait c’est ça le plus important ! Tu me dois de la monnaie,
pote !
_Bah…je vais voir ce que j’ai…
_…Bon, c’est pas gagné pour aujourd’hui ! Je
crois que tu vas être dispensé de cours, parce qu’il va falloir arrêter de
boire, je ne te croyais pas alcoolique ! Je te faisais une blague pour
voir si tu suivais quelque chose…Mais apparemment, rien du tout !…Enfin,
c’est pas grave, mais tu vas me raconter ce que t’as fichu pendant tout ce
temps…Allez je t’écoute, comment elle s’appelle ?
_Qui ?
_Celle qui t’a fait tourner la tête…
_…Je…je sais pas…Athéna…
_Athéna ! ? Eh ben, tu t’es tapé une Grecque !
Raconte ! Raconte !
_Mais non…C’est pas du tout…
_Bien sûr, c’est ce qu’on dit : « C’est
pas du tout ce que tu crois » ! J’l’ai entendue mille fois celle
là ! Y’a pas à dire, Shun…T’es un champion ! T’es un vainqueur !
Tu cachais bien ton jeu !
_De quoi tu parles… ! ?
_ « De quoi »…Il est marrant quand
même ! Bon c’est pas tout ça, mais moi j’y vais, en tout cas je suis
content de te retrouver conscient…et en bonne santé ! Allez, salut le
tombeur ! Et n’oublie pas on se retrouve tous ce soir à l’endroit
habituel, on t’y attendra, tu nous raconteras tout ça ! Ciao !
Tout avait disparu. Tout était vide. Il ne restait
plus rien. Sinon des flammes, encore des flammes. Des morsures, des brûlures,
de la compassion. Pourquoi ? Le feu était chargé de compassion. Dans un
couloir sombre dont l’issue masquée par les ténèbres, la seule compagnie fût le
feu protecteur. Etait-il plongé dans les méandres du précipice qui dirigeait
les âmes perdues. Etait-ce cela la mort ? Un univers parallèle, une vie
parallèle… ?
Le poids de l’armure devenait insupportable. Il
fallait s’en défaire. Une intuition…Il sentit que sans son armure de bronze, il
ne traverserait jamais cet antichambre infernale. Le sol était noir. Au-dessus,
tout était noir. Derrière tout était noir. Devant tout était noir. Seuls les
coups de fouet du feu montraient la voie à prendre. Vivre ou mourir. Brûler ou
avancer. Pas le temps pour le doute, pas de temps pour la peur. La peur...Elle
attendrait.
Il était des jours où il s’en allait en paix. Il
était des jours où il souriait. Il était des jours où il pleurait. Il était des
nuits où il marchait. Il était des nuits où il parlait. Il était des nuits où
il vivait. Il était des jours où il dormait. Pas le temps pour la peur…Pas de
temps pour les regrets. Non, la haine n’avait pas sa place dans la déchéance de
l’avancée obscure. Il fallait pourtant se défaire de la chaleur étouffante. Le
vent…Le souffle…Un dernier souffle puisé dans les dernières forces. Un souffle
d’espoir pour se frayer un chemin dans la nuit.
Et le vent se leva. Et sur un accord de puissance
céleste il célébra la symphonie de la liberté. La liberté…
Il était des jours où il priait. Il était des jours
où il sombrait. Il était des jours où il chantait. Il était des jours où il
criait. Il était des jours où il était resplendissant. Il était des jours où il
était sublimé. Des jours meilleurs, des nuits plus belles, des lumières
colorées, des lunes ensoleillées. Il avait entrevu l’Ultime Puissance. Il avait
entrevu l’Ultime Chance. Etait-il prêt… ?
Il était des nuits où il respirait. Il était des
nuits où il neigeait. Il était des nuits dans la lumière. Il était des nuits au
goût amer. Il était des nuits dans la nuit. Il était des nuits dans la clarté
du jour. Il était des nuits où il n’avait plus besoin de connaître. Il était
des nuits où il devait paraître. Il était des nuits dans l’absolu. Il était des
nuits dans le révolu. Il était des nuits d’horreur. Il était des nuits
d’angoisse. Il était des nuits de peine. Il était des nuits de mépris. Il était
des jours illusoires. Il était des jours comme des nuits. Il était des larmes,
il était des cris. Il était des hommes, il était des femmes. Il était le feu,
elle était sa flamme.
Il approchait. Ce n’était plus très loin. Plus que
quelques pas. Pas besoin d’artifices, pas besoin d’armures, pas besoin de peau,
pas besoin de vue, pas besoin de toucher, pas besoin de sens, pas besoin de
sentir, pas besoin de goûter. Suffit juste d’attendre…Attendre, l’Eternité.
Le feu resta à légère distance. L’obscurité toujours
là, toujours présent dans les décombres de la nuit. Une salle noire. Peut être
la salle du néant ? La salle de la mort ? Laissez toute vie derrière
vous. Jetez vos remords dans les flammes. Soufflez le vent, la tempête,
l’ouragan, le cyclone…Pour peut être entrevoir…l’espoir.
Il se tenait là. Nu.
Pas dévêtu de son armure mais nu de ses actes.
Transparent. Comme les murs translucides de la Crevasse des Péchés de l’Olympe.
Ainsi, il avait compris que toute lutte serait veine. Car dans les faits et
gestes il n’était qu’un pion de l’Ultime Puissance. Il n’était qu’un soldat de
l’Ultime Chance.
S’était-il sacrifié ? Il ne le savait. Cet
homme à la chevelure de l’espoir à genoux désormais se tenait. La sortie,
l’issue…Il l’avait pourtant aperçue. Rien à faire. Rien à faire. Rien à faire.
Impossible de penser. Impossible de parler. Rien à faire. Impossible de bouger.
Impossible de se mouvoir, impossible de se guider. Ironie du destin. Ironie du
sacrifice. Ironie de la gloire. Peine perdue dans le désespoir. Peine perdue
dans l’illusoire.
Attendre, toujours attendre, mais il n’y avait rien
à comprendre où entreprendre. A genoux, marcher à genoux. Guetter l’exécution.
la délivrance, la libération.
*
Message à
l’intention du service d’urgence :
Bon j’espère que vous êtes satisfaits ! Il est là devant vous ! Alors, assumez vos actes maintenant.
Réponse du
service concerné :
Je ne vois pas en quoi c’est dérangeant…
*
Crevasse
Céleste :
Deux hommes en armure avaient senti les frémissements d’un âpre combat. Ils bondissaient à leur tour sur les roches rocailleuses et aiguisées. Le loup et le dragon allaient ensemble. Et puisque l’aube se pointait à l’horizon, la lumière guidait leurs pas. Lorsqu’ils virent, tous deux au même moment, un combattant en position au fin fond d’un canyon desséché. Ils descendirent prestement. Arrivés en bas, Shiryu reconnût Hyoga. Il se tenait en posture de l’Exécution de l’Aurore.
_Hyoga ! cria Shiryu que sa voix résonna d’un
écho se propageant au loin, tu m’entends ! ? Hyoga !
Ils s’approchèrent tous deux. Fenrir laissa Shiryu
aller de plus près. Le Gold Saint de la Balance fit le tour et se mit en face
de son frère. Il constata qu’il était pâle, presque glacé, ses sens semblaient
gelés. Son esprit était refroidi comme ses yeux fermés et sa bouche grimaçait
comme si un combat se déroulait encore. Il était vivant.
_Réponds moi ! Qu’est ce qui s’est passé, Hyoga ! ? Où sont les autres ?
_N’insiste pas…souffla Fenrir, il semble sous
l’emprise de quelqu’un, ou quelque chose…Son corps est ici, mais son
esprit…sûrement pas.
_Mais enfin c’est pas possible ! Je ne
comprends pas ! Comment peut il se retrouver seul ici ! ? Se
serait-il perdu… Non, je ne peux le croire, car le Grand Pope est un homme de
confiance, je lui fais autant confiance qu’à ma Déesse.
_L’armure d’or est intacte, répondit Fenrir, mais si
tu regardes bien son visage on dirait qu’il dégage mille souffrances, on dirait
qu’il lutte encore.
_Il faut faire quelque chose !
_Tu ne peux rien faire…s’il est sous l’emprise d’une
attaque mentale.
_Je ne peux le laisser…dit à contre cœur
Shiyu ?
_Tu sais très bien…je le sens dans tes mots, je le
vois dans tes yeux…
_…Partons.
_Oui, c’est une sage décision. S’il est vraiment
chevalier d’or il ira là où on a besoin de lui.
_Je t’attendrai, Hyoga, Chevalier du Verseau,
conclut Shiryu.
Et de nouveau ils reprirent leur élan. Ils
s’enfoncèrent dans la crevasse. Loin, toujours plus loin, vers la Lune
d’Athéna. La direction du Sanctuaire Céleste d’Athéna fut gravé sur la Lune de
la déesse de la sagesse.
_Attends, dit Fenrir.
_Que se passe-t-il ?
_Tu ne trouves pas que cette pierre à ta droite a
une drôle de lueur ?
_En effet, elle est transparente…très claire…c’est
étrange, dit Shiryu en s’approchant et tâtant la pierre mystérieuse.
_Parmi toute cette caillasse, que fait une telle
matière en ce lieu ? Fenrir leva les yeux vers le haut imperceptible de la
crevasse.
_Je ne vois pas quel est cette matière justement.
Mais rappelle-toi que nous ne sommes pas sur Terre…
_Même…Tout ceci est anormal.
_Il faut y aller, Guerrier Divin, je sens un cosmos
familier faiblir…là bas, au loin, vers la Lune d’Athéna.
_La réponse se trouverait-elle sur place,
également… ?
Les deux mains jointes de Hyoga, visaient les deux
hommes s’éloignant et le laissant seul. Son corps au fond de l’abysse. Son
esprit par-delà le firmament…
Salle du
Jugement :
Où étaient parties les flammes ? Où étaient
passées les crépitements de l’angoisse ? Pas de réponse. Le vide. Le noir.
Tout était sombre et ne laissait rien entrevoir. L’armure de Bronze pesait.
Elle tirait vers le bas. Pourtant on arrivait à marcher, comme si quelque chose
de solide était disposé sur le néant du sombre. Comment sortir de là… ?
Une solution, vite ! Mais le cerveau ne répondait pas. Tout était entravé,
écrasé par une entité inconnue. Sensation d’être prisonnier de son propre
corps, qui lui même était piégé dans une spirale macabre dont la début se
joignait à la fin…Le début de la fin…Mais oui ! La voilà, la
solution ! Peut être que ni son corps, ni son esprit jamais ne furent
expédiés dans quelconque dimension… ? Il était inutile de chercher la
sortie ! Il fallait frapper la source…la source…le cosmos…enflammer le
cosmos ! Déclencher un tonnerre…la foudre ! Pour toucher la
Source !
_Thunder Wave !
Et la chaîne s’éleva dans les hauteurs du sombre.
Elle parcourut des distances infinies, des années lumières !Voilà ! Elle
l’avait touchée ! Elle avait trouvé la source !…Mais le jeune homme
aux cheveux de l’espoir sentit une frappe terrible dans son dos. Il tomba
sitôt, foudroyé. Et l’arme l’obligeant à abdiquer fut…sa propre chaîne !
Rien à faire.
_Shun !
_June… ?
_Shun…ça fait quatre ans que les batailles ont
cessé…Hadès est mort, il y a deux années de cela, nous vivons une période
félicité.
_June…
_Mais…tu vois…j’ai l’impression que tout a changé,
qu’avec l’ennemi juré d’Athéna défait, c’est tout le Sanctuaire qui a péri.
_Pourquoi dis-tu ça June ?
_Il n’y a plus de vie au Sanctuaire…Plus personne ne
se bouge, plus personne ne défie les hauts placés de la hiérarchie…Il n’y a
plus de révolution, il n’y a plus d’évolution…Nous stagnons donc nous reculons.
Et sans nous en rendre compte nous mourrons, petit à petit…
_Mais n’est-ce pas pour cela que nous avons versé
tout ce sang ? N’est-ce pas pour cela qu’un bon nombre d’entre nous sont
morts ! ?
_Oui eux, ils sont morts. Ce sont des héros. Mais
nous…
_…nous… ?
_Nous ne sommes rien !
_Comment peux tu dire ça ? Qu’est ce qui te
prend ?
_C’est la vérité ! Nous ne sommes rien,
Shun ! Nous sommes morts nous aussi !
_Comment ?
_Nous sommes des morts-vivants ! Des âmes
errantes ! Ne vois-tu pas que nous sommes damnés ! ?
_Damnés…
_Oui, condamnés ! A pleurer nos cauchemars et
nos regrets ! Tu sais pourquoi Athéna existe ?
_La Terre…
_Oui, elle existe pour défendre la Terre, et
l’Humanité…car ses gardiens croient en elle ! Mais depuis deux
ans…Personne ne croit en Athéna ! Elle n’existe plus !
_C’est faux Saori est toujours au Sanctuaire…
_Saori…mais pas Athéna.
_Où est Athéna… ?
_Là où l’on a besoin d’elle…
_Où est-ce ?
_Shun…si nous vivons c’est dans l’attente de
l’entière accomplissement de notre tâche…mais celle-ci aurait dû s’arrêter à la
mort d’Hadès dans l’Elision…Si nous vivons encore…Notre devoir envers notre
Déesse n’est pas totalement accompli…Il faut avancer, Shun, voir plus loin.
Voir et comprendre où et quand on aura besoin de nous. Shun…
_June… ! ?
Le chevalier à l’armure rosâtre se leva d’un bond.
Il était toujours sous le voile de la nuit. Mais qui ? Qui lui envoyait
ces hallucinations ? Dans quel but ?…Pas de réponse. Rien à faire. Se
résigner à attendre l’issue vers la liberté. Il se pourrait que ce soit cela,
la mort…Un infini labyrinthe de regrets dans lequel le sujet revit sans cesse
son passé. Un sommeil éternel, un cauchemar perpétuel. Une volonté lourde
pesant sur les membres, les obligeant à l’inaction totale. Ce fut sûrement la
fin. Triste fin.
Un scintillement perçu par les yeux émergeants des
paupières réticentes envahit l’esprit de Shun….Shun. Il était Shun !
Chevalier de Bronze d’Andromède ! Des lueurs, des lumières, elles
parvenaient jusqu’à la vue. Rien n’était perdu.
Des étoiles. Des points lumineux disposés partout
aux alentours, comme si la salle sombre donnait sur l’infini du cosmos.
L’espace ouvrait et tendait ses bras étoilés, et de la lumière bleue dansante
l’Univers respirait. Comme un enfant qui venait de naître. Les étoiles se
rassemblaient en constellations. C’était sublime. C’était beau.
Et d’un coup la lumière devint perceptible. Shun
regardait les photons, il pouvait les percevoir, donc….cela voulait dire que
lui aussi se déplaçait à la vitesse de la lumière ! Mais alors… ? Non
impossible qu’il se déplace puisqu’il était immobile. Et les photons se
figèrent.
Shun admira les étoiles, il pouvait leur donner un
nom, à chacune. A partir du moment où l’on nommait la chose, celle-ci
commençait à exister, à avoir une place dans l’espace-temps. Mais ce qu’il vît
ensuite il ne pouvait le nommer…Il vit se dessiner dans un tourbillon de
poussière et de matière indescriptible, des couleurs et des mouvements jamais
vus ! La poussière d’étoile nomma un être, elle le créa. Et une entité
vivante à l’allure humaine se distingua parmi les différents vortex tournant à
l’infini.
Le défenseur d’Athéna se sentit mieux, il retrouva
la vie dans son corps, dans son esprit. Ses sens étaient de nouveau
opérationnels. Il respirait. Il brillait. Il était revenu à la vie. Il
existait. Il vivait.
_Tu vois, Shun, tu vis dans la crainte…
_Comment ! ? Mais qui es-tu ?
_Celui qui ne vit pas dans la crainte…
_C’est toi la cause de tout ça.
_Oh non, moi je ne suis qu’un exécutant. L’Univers
ce n’est pas de moi.
_Tu sais très bien de quoi je parle !
Le nouvel arrivant eût un sourire. Ce qui attisa la
curiosité de Shun. Le chevalier Andromède dévisageait sa seule compagnie en ce
lieu. Et à sa surprise totale celui-ci ne dégageait pas une once d’agressivité.
Il était vêtu d’une armure bleue avec des reliefs et des motifs dorés…Le
Lapis-Lazuli. Shun reprit.
_Quel est ton but ? Sache que si tu veux nous
empêcher de gagner la Cité d’Athéna, c’est peine perdue…
_Moi ? J’espère que tu plaisantes ! rit
l’homme à l’armure bleutée.
_De toute façon, tout ceci importe peu…comment
regagner la Cité d’Athéna d’ici ? Et qu’est-il advenu de Hyoga ?
_Moi ? Pourquoi suis-je censé tout
savoir ?! rit il de nouveau.
_Ecoute, tout ce que je te demande c’est de me faire
sortir d’ici, d’accord ! ?
_Moi ? Mais…bon…euh…Je ne peux pas faire ça.
_Tant pis. Je trouverai le moyen.
_Oui. Je serais curieux de voir ça.
Shun dévisagea un instant la personne se tenant
devant lui et le narguant depuis son entrée en scène. Il connaissait ce visage.
Il l’avait vu et côtoyé, des années de cela. Malgré la luminosité ambiante qui
dominait, désormais le lieu, les traits se démarquaient et se dessinaient dans
la mémoire du chevalier de Bronze. Oui, c’était bien la personne à laquelle il
songeait. Mais que faisait-il ici ? Etait-il perdu tout comme lui ?
Shun reprit.
_J’aimerais savoir, une chose, quel est ce
lieu ?
_Mais, c’est à toi de me le dire…
_Je ne comprends pas, je t’ai posé une
question ! Et on ne joue plus, je sais très bien qui tu es.
_Tant mieux, ça facilitera la dialogue. Ecoute, ce
n’est pas moi qui est à l’origine de ce que tu vois et de l’endroit où tu te
trouves, je te l’ai déjà dit.
_Alors, dis-moi que fais tu ici ?
_…
_Réponds !
_A ton avis ?
_Tant pis, je ne vais plus perdre mon temps ici.
_Mais tu fais ce que tu veux…
Agacé par l’ambiguïté du protagoniste vêtu de
l’armure Céleste, Shun se remit à penser à un moyen. Mais à part ses chaînes et
son cosmos il n’en avait pas d’autres. Il s’était déjà débarrassé des flammes
en invoquant le Courant Nébulaire, tenté de se frayer un chemin avec son arme
ultime. Et tous ces efforts l’avaient juste menés à la rencontre d’un ancien
ennemi. Ce dernier d’ailleurs mit fin au court silence.
_Je sais ce que tu penses…Mais tu n’utilises pas les
bons sens pour te sortir de là.
_Ne t’inquiète donc pas pour moi !
_Allez essaie…
_Regarde bien, je vais sortir d’ici sans toi, et
sans ton aide.
Shun ferma les yeux. Son cosmos rosâtre entama sa
danse au milieu des étoiles. L’air se mit à tourbillonner et sa chaîne suivit
les mouvements du courant. L’Andromeda Saint improvisa un nouvel arcane. Il
allait projeter la Tempête et la chaîne en même temps. Les extrémités de son
arme de Bronze se distinguèrent et la pointe se dirigea vers l’infini du
cosmos. L’homme au Lapis-Lazuli baissa le regard et croisa les bras.
La chaîne, et le vent l’accompagnant, semblèrent
avoir trouvé une issue, le visage de Shun s’illumina d’un sourire. Mais très
vite son propre cosmos, comme son arme se rabattirent sur lui. De la même façon
que la première tentative, la seconde avait échoué. Et le corps du chevalier
d’Athéna subit des dommages, telles des punitions. Ses membres subirent
l’immobilisation provoquée par l’ouragan d’une violence extrême. Sa propre
attaque l’éleva en lévitation et il démantibulait telle une marionnette.
Dégageant mille souffrances et des cris de douleur stridents, Shun essayait
malgré tout de se trouver une voie de secours, au piège qu’il s’était,
finalement, tendu lui-même. Son corps et ses muscles implosaient et se
déformaient, comme une distorsion. Son visage déformé, hypertrophié, donnait la
vision de l’horreur des pires sévices que l’on peut infliger à un être humain.
L’homme, à l’armure bleutée reluisante d’or, en eut
assez du spectacle désolant. Il se concentra et créa dans sa main une sphère
d’énergie verdâtre, un dragon ailé apparut sur son sternum. Il envoya la masse
de puissance recelée dans sa paume dans les hauteurs, juste au dessus de Shun,
et un trou noir béant se forma et absorba toute la puissance s’abattant sur le
corps de l’Andromeda Saint.
Shun retomba. Haletant et saignant, il s’adressa à
son sauveur.
_Je n’ai plus d’autres choix que de t’écouter et
miser sur toi.
_Voilà qui est plus raisonnable…
_Je t’écoute.
_D’abord oublie tout ce que tu as appris. Tu l’as
dit, toi-même, à Hyoga tout à l’heure que pour s’en sortir il fallait se
souvenir de ce que l’on avait au plus profond de soi.
_…Dis-moi juste une chose…Est-ce toi qui nous a
projeté cette illusion de nos clones respectifs dans nos esprits ? Je sais
que toi, tu en es largement capable.
_Non ce n’est pas moi. Ce que vous avez vu est la
Psychomachia.
_Qu’est ce cela ?
_Lorsqu’un homme ou un dieu vient à la maturité, il
se confronte à son pire ennemi. Le « Soi ».
_Pour quelles raison, étaient ils Sept ?
_Les Sept Péchés Capitaux. Ce n’est pas moi qui ait
décidé cela, j’ai l’impression que quelqu’un ou quelque chose vous cherche…Mais
toi, tu as vite compris en quoi consistait le jeu.
_J’ai suivi mon instinct…Enfin je ne sais pas,
c’était comme si une force colossale me dictait mes faits et gestes.
_Tout ceci s’explique très simplement.
_Je ne comprends toujours pas.
_Tu es prêt.
_Prêt ? Pourquoi ?
_ A nous rejoindre…Souviens-toi de ton Innocence.
_C’est comme si ce que tu me dis me parlait au fond
de moi, mais je n’arrive pas à en déceler le but, ni la Source.
_Ton frère l’a très bien trouvé, lui. Hyoga s’est
élevé à la levée de l’Aurore. Il s’est « Métamorphosé ».
_C’est à dire ?
_Tout être vivant ne doit pas passer à côté de la
Métamorphose, sinon il risque de passer à côté de la moitié de sa vie.
_Qu’est il advenu de Hyoga exactement ! ?
_Il nous a rejoint. Il est des nôtres. Et toi aussi
tu ne vas pas tarder à rejoindre les rangs du « Véritable But de la
Chevalerie » !
_Que dois-je faire ?
_Regarde ta chaîne. C’est la chaîne de l’humanité.
Si tu examines le triangle à l’extrême, tu t’aperçois qu’il est tenu par le
reste des maillons, sans lesquels il ne pourrait jamais servir d’arme létale.
Rappelle-toi une chose : tout chevalier, tout combattant est comme la
pointe d’une chaîne il est tenu par des tas de maillons, soi disant faibles,
mais en nombre ils constituent sa véritable force. Si l’un d’eux se brise, ou
se détache, la chaîne est inefficace.
_Alors je serais…la pointe à la tête
de…l’humanité ! ?
_Oui, et tout fonctionne de la même manière, parmi
vous les élus de la garde d’Athéna, se trouve une pointe forte sans laquelle
les autres maillons ne sont que l’ombre d’eux mêmes !
_Mais alors…ce serait…Je ne peux y croire !
_Tu as très bien compris, il est votre Flèche !
Votre Flèche Etoilée ! Votre Flèche de l’Espoir ! La Flèche
Humaine !
Shun se releva et fixa dans les yeux son interlocuteur.
Un léger sourire se dessina sur la face meurtrie du porteur de la chaîne
humaine. Il contempla sa chaîne de Bronze. Il la regarda comme jamais il ne
l’avait regardée. Elle brillait. Elle miroitait. Elle reflétait son âme. Son
humanité. A travers cette matière reliée de maillons il se plongea ses années
passées. Il vit son être fusionner avec ses plaies, ses cicatrices, ses
blessures, ses meurtrissures…Mais aussi, sa pureté, son courage, sa naïveté, sa
chance…Tout cela d’un coup ne faisait qu’un. Son Innocence.
_J’ai compris, dit-il avec assurance, je sais. Je
suis…Prêt !
_Je le savais. Moi, Xénios Gardien de la Lune du
Sommeil, t’affronterai. Et si tu te montres digne de tout l’espoir que j’ai
placé en toi, alors tu connaîtras la raison de ta présence. De ton
Existence !
_La légende des Lunes Olympiennes, du Cycle de la
Vie, je les ressens et je leur tendrai la main pour me ressourcer…Fais ton
devoir, Dieu du Sommeil Eternel, celui qui autrefois portait, comme moi,
l’étoile des Enfers. Fais de moi ce que je suis vraiment !
_Oui, car tant que tu seras chevalier de Bronze, tu
porteras l’étoile, comme je l’avais, jadis, portée…
_Tu vas recevoir la plus puissante attaque que je
puisse déclencher ! Je vais brûler mon âme, je vais brûler les flammes de
l’espoir qui porteront mon être vers le Cycle Eternel !
_Oui, sans lequel tu n’auras aucune chance de te
rendre utile à ta Déesse…et à notre Dieu !
A ce moment, l’aura des deux acteurs, sublimant les
étoiles et les galaxies, s’embrasa d’une ardeur et d’une immensité telle que la
salle parsemée d’étoiles se transforma en halo doré. L’intensité et l’émotion
ressenties par les deux combattant sur le point de se faire face, piquait à son
comble que les cosmos les entourant se joignirent d’une radiance commune. Maintenant
ils brillaient entourés de la même lumière.
Toi et moi
nous vaincrons notre fardeau…
_Reçois la Vague Humaine !
_Eternal Drowsiness !
Les maillons de la chaîne reluisirent d’une couleur
dorée et bleutée, inhabituelle. Ils foncèrent à travers l’illusion portée par
Xénios. Et la pointe du triangle atteignit une aile de son armure bleue. Le
Gardien de la Cité d’Héraclite fut alors projeté à des années lumières. Il se
reprit à temps pour éviter d’aller trop loin et perdre son sujet. Il se
redressa, réajusta son armure et revola vers Shun. Arrivé au point du Jugement,
il s’exclama de toute sa hargne.
_Moonlight Revolution !
Une Lune Noire et la Pleine Lune se distinguèrent
derrière ses deux mains élevées vers l’infini des lueurs d’étoiles. Il envoya
les deux boules représentant l’astre des nuits. Se chevauchant l’une sur
l’autre pendant leur course, elles entourèrent le Bronze Saint. Ce dernier eut
le temps de mettre sa défense et faire tournoyer son arme en Cercle Humain. Mais
les deux Lunes lui perforèrent les deux épaulettes et l’entraînèrent dans un
tourbillon décrivant le Cycle Lunaire.
Pendant qu’il subissait la charge inévitable du Dieu
du Sommeil, Shun revit le film de sa vie passer à l’envers. Il se revoyait
chercher la sortie et délirer dans la sombre salle du Jugement dans laquelle il
fut tenu prisonnier des flammes. Il comprit qu’elles étaient la représentation
de son frère le dirigeant dans le droit chemin quitte à lui brûler la peau. Il
se revoyait cherchant une issue et envoyant son arme dans l’espace temps. Mais
il ne savait pas vraiment ce qu’il cherchait. Alors forcément, l’arme se
retournait contre lui.
Un être perdu se sacrifie parce qu’il ne voit pas ce
qu’il se passe devant, il ne voit que son passé.
Les épaules brûlées, mais volonté reformée. Shun
brisa le tourbillon Lunaire en s’élevant vers le cosmos. Il comprit enfin à
quel endroit il se trouvait. Il comprit comment vaincre son adversaire…Son
adversaire…Son nouveau frère d’armes.
_Reçois la Marée Humaine !
Avec sa chaîne il forma une vague de cosmos. Une
puissance qu’il n’avait jamais pensé égaler un jour. Et son attaque, comme son
combat, rimaient avec l’osmose et le bien-être total. Plus il décryptait, le
message et plus il était en harmonie avec lui-même, avec son cosmos.
C’était comme si une vague d’une compassion et d’un
Cycle d’amour sans fin s’abattait sur Xénios. Il ne put éviter cet ensemble
d’harmonie, d’osmose et de puissance. La chaîne l’entoura, lui, à son tour et
fit voler en éclat l’armure de Lapis-Lazuli recouvrant son avant bras droit.
…Prends ma
main, et ensemble volons vers la Lumière…
Celui des adversaires qui connaît mieux sa cosmoénergie gagnera le combat. C’est enseigné à tous les chevaliers d’Athéna. Mais ceci n’est qu’un début.
Xénios projeté, cette fois, vers le bas créa un
bouclier lumineux d’une blancheur angélique qui amortit sa chute. Les ailes de
son armure s’agitèrent. Une lueur verdâtre s’empara de lui. Il se propulsa en
direction de Shun. Encore une fois, vers l’infini. De Xénios sortit un dragon
ailé crachant une lueur blanche, indescriptible.
…Il te faut
prendre ton temps…
Shun prit la décharge blanche de plein fouet. La chaîne tenta d’atteindre Xénios, mais celui ci était protégé par son animal mythique formé de lumière blanchâtre. Et la chaîne buta sur le bouclier « animal » crée par le Dieu du Sommeil.
…Mais le temps
n’attend pas…
L’Athéna Saint s’en trouva anéanti. L’attaque portée le paralysa en partie. Il ne put guère se mouvoir davantage. Il poursuivit la visite de son existence. Pour tenter de la comprendre, enfin. Il se revoyait, désormais, sur le chemin d’Héraclite, le Colisée puis l’entrée en Olympe.
Il ouvrait les yeux, il voyait une étoile dans
laquelle se dessinait un visage familier. Que s’est il passé pendant toutes ces
années… ? Il ne sut point.
Ici, il n’y a pas de durée. Pas de déroulement. Là,
où tu te trouves en ce moment même, tu te retrouveras ici dans des années.
Shun revoyait toujours sa vie à l’envers. Ces quatre
années passées à mener une vie, à faire comme si de rien n’était. A faire
semblant. Et pourtant, il savait. Il était certain que ça ne pouvait se
perpétuer. Qu’un jour viendrait où…
…Souviens-toi
de ton Innocence…
Les écrits resteront, eux, à jamais. Ils sont gravés
et éternels.
Il se replongeait dans sa vie. Dans la mort d’un
être qui lutta avec lui. Celui qui souriait, même la poitrine transpercée par
les illusions. La désillusion. A partir de cet, instant Shun perdit de sa
pureté. Il avait perdu une partie de lui. Il avait perdu le frère de l’Espoir
…Et dans les
feux, les flammes et l’incandescence…
L’Athéna Saint fit voler en éclat le Dragon Blanc et son Souffle Foudroyant. Il n’était pas de taille contre la Tempête Humaine. L’Orage de l’Humanité, de la Fraternité. La couleur rose du Sacrifice refit surface et pulvérisa tous les obstacles. Le halo de lumière dorée entourait toujours Xénios et Shun.
…Tu es mon
frère, je ne t’envie pas, je ne t’en veux pas…
Le Dieu du Sommeil s’entoura alors d’une aura à multiples couleurs, rappelant l’arc en ciel. Il résista, non sans mal, à la Tornade déclenchée. Malgré le champ protecteur, la foudre et la puissance des éclairs entailla son visage. Blessé et surpris par la puissance dégagée, il sourit et s’apprêta à lancer une nouvelle vague d’énergie dévastatrice. Il en avait déjà lancées un bon nombre, mais celle-ci s’avérerait terrible. Peut être la plus terrible qu’il puisse déclencher.
…Il est mon
frère…ne t’envie pas…ne t’en veux pas !
Shun revit toute la Bataille. Il ressentit couler toutes les larmes des adversaires et compagnons, comme si les pleurs se rejoignaient en un seul être, comme si la douleur était universelle, ami ou ennemi pas de différence. Celui qui avait pris possession de son corps, ne l’avait pas fait juste à ce moment là. Il avait toujours eu un semblant d’emprise sur son être, tant dans la pureté, dans le sacrifice que dans la dureté. Hadès habitait son corps et l’avait guidé jusqu’à l’Autel de la révélation. Depuis le début, c’était son fardeau, sa finalité, sa raison d’être pour l’éternité. Et, un jour viendrait où ce fardeau serait tari à jamais. Et ce jour était arrivé. Il ressentait les blessures ennemies, comme celle des chevaliers d’or, de ses grands frères, de ces âmes bénies.
Une conclusion surgit dans l’esprit du chevalier de Bronze, Hadès avait, et ce depuis toujours, habité son corps, même après la Victoire d’Athéna dans l’Elision. Lorsqu’un Dieu pénètre les entrailles d’un humain, personne n’en sort indemne. La seule solution c’est…
Pendant ce temps de réflexion, Xénios accroissait
son aura de puissance, il se sublimait, comme jamais il ne se sublima. Un Dieu
ou demi-dieu n’avait pas d’attaques prédéfinies. Ces attaques se créaient, selon
la cause et la justesse qu’il défendait. Et l’espace temps figé de la salle du
Jugement s’apprêtait à voir un déluge de cosmos extraordinaire.
Shun en était aux adieux aux chevaliers d’or, puis
Orphée, Charon et la rencontre avec Pandore sur Terre en Allemagne.
Xénios acheva la préparation de son arcane
destructrice. Il fixa des yeux son adversaire prêt lui aussi à lancer son
déluge de cosmos, unique en ce lieu.
C’est le chevalier d’Athéna qui porta un nouvel
assaut. Ce dernier n’avait rien à envier aux précédents, la différence fut
qu’il reflétait le côté sombre. Le côté de l’ombre prenait, peu à peu le pas
sur la pureté.
_Cataclysme Nébulaire !
Il était encore Hadès. Il habitait encore ce corps
pur et innocent. Même si l’âme du Dieu des Ténèbres transitait vers l’oubli,
les particules du corps de Shun furent marquées à vie ! La tempête
déclenchée dans l’espace temps sombrait et drainait toute vie vers…la
mort !
Celui qui portait, autrefois, le nom de Hypnos s’en
trouva pris dans la cataclysme déclenché avec une force inouïe. La décharge
d’énergie était telle que la protection de son corps, qui le recouvrait du
voile de Lapis-Lazuli, laissa s’échapper des poussières de dégradation. La
vitesse des attaques portées ne pouvait se mesurer en ce lieu. Tout comme le
degré de puissance, rien n’obéissait aux lois établies par les humains. Car où
ils se trouvaient n’était indiqué sur aucune carte, aucune localisation
logique. Ils se situaient là où ni le temps, ni l’espace n’existaient pas, ne
subsistaient pas. Une matière à l’origine de la création de l’Univers. Et de
cette matière émanait le Jugement.
Shun tout en portant la force de sa création fut hypnotisé par la scène qu’il venait de provoquer. Il ne se connaissait plus. Il ne se reconnaissait plus. L’attaque qu’il lançait réfléchissait d’un sombre, presque irritant. Il comprit le véritable prix du Sacrifice. Le véritable « Soi ennemi » !
Il revoyait, comme une torture,
revoyait encore, les périples, les péripéties de son existence en tant que
Gardien de sa Déesse. La drame, la tragédie de tous les guerriers vêtus d’or
qui s’affrontèrent dans l’interdit. La malédiction de l’Athéna Exclamation qui
était suivi de près de l’image d’Athéna ensanglantée la gorge tranchée par la
dague dorée…Shun se sentait comme cette dague : Il faisait couler le sang.
Ce même liquide qui allait ensuite s’apaiser au fleuve de la tranquillité.
Xénios errait dans l’infini de l’espace, dans une dimension indéfinie. Ses ailes blanches l’avaient recouvertes encore une fois d’un bouclier salvateur. Mais cette fois, le Cataclysme porta des dommages bien plus importants. L’armure entama une décomposition inquiétante. La Salle du Jugement…Ce n’était pas vraiment une salle, ce n’était réellement un lieu. C’était autre chose…Mais quoi ? Shun savait qu’il poursuivait dans la bonne voie, et que sa rencontre avec le Gardien Lunaire du Sommeil serait révélatrice.
Parce que tu as choisi la force d’aimer…
De l’armure bleutée de Xénios sortit une étrange matière Elle était similaire à celle transmise par Sindar à Jabu et Shiryu. La poussière d’étoiles, régénératrice ! Il ouvrit sa main et les fins grains s’éparpillèrent et s’enrôlèrent telle la voie lactée parcourant la nuit et donnant naissance aux éclats d’étoiles endormies.
Aime ton ennemi…
Shun fit littéralement exploser son cosmos laissant s’éparpiller des cendres lumineuses. Et le vent de l’espoir resurgit. Le feu regagna l’endroit. Une pluie fine de diamants et de cristaux commença à faire danser les étoiles aux alentours. L’heure était proche.
Pendant ce temps, le film de la vie du Chevalier d’Athéna se poursuivait. L’épisode de la Guerre du non-sens contre Poséïdon, orchestrée par Kanon, il ne revoyait plus les choses, il les revivait.
Ton pire ennemi est le temps qui s’écoule de son sable fin…
Les épisodes continuaient de défiler. La Bataille d’Asgard. Encore une Guerre inutile. Le massacre d’innocents, le massacre d’enfants, de guerriers tout droit sortis du berceau envoyés au devoir dans une lutte qui n’était pas la leur, Mime de Benetnash, Syd de Mizar…Et la première épreuve face à l’élite de la Garde d’Athéna, encore des sacrifices et des morts par dizaines, des pleurs et des cris lointains mais si proches qu’ils traversent les murs des époques.
Prends le temps à ton compte…Prends le comme une arme à toute épreuve…
Les événements sanglants continuaient leur défilé rouge. Et les flammes de vie des deux êtres brûlaient. Et les poussières de cristal les entouraient. En dehors de cette épreuve, tous deux savaient que tout se figeait. Ils ne reviendraient qu’après leur devoir accompli.
Il revoyait son frère transformé, métamorphosé, le combat fratricide, encore, le tournoi, du sang, encore et encore du sang…
Shun se voyaient, enfin dans l’Innocence. Dans son Enfance. Celle qui l’avait forgé à devenir le Chevalier d’Athéna, Bronze Saint du Sacrifice. L’île d’Andromède, Ikki, les combats pour l’armure, Ikki, l’arrivée sur l’île, Ikki, June, Ikki, June , Ikki…
La poussière d’étoiles tourbillonnait toujours, plus en plus vite, plus en plus fort. La danse était folle. Il fallait fermer les yeux…
Fermer les yeux…Et voir plus clair…
Shun restait contemplatif sur son Enfance. Sur les couleurs qui faisaient battre son cœur avant la dominante rouge…L’arc en ciel…Le triomphe multicolore…de la pureté. Il y avait juste un arc en ciel en prémisse de la métamorphose.
Il se revoyait maintenant dans le ventre de sa mère. Il se revoyait fœtus. Il se revoyait à l’état brut, d’une molécule. Tout venait de là.
Pour voir ce que tu es…
Voilà. L’instant était venu. Après l’explosion, voici l’appel de la déflagration. Peut être que tout allait disparaître. Peut être que tout allait se consumer. Mais au moins…au moins ne serait ce que l’espace d’un instant, ils avaient tous deux entrevus la raison du vrai combat. Du véritable combat.
Xénios écarta les bras et la matière autour de lui jaillit s’éclaboussant de mille étincelles. L’espace temps se déforma. Laissant entrevoir des vibrations sonores qui pénètrent les particules du corps.
Shun, dans son voyage intérieur, allait encore plus loin dans l’exploration. Il allait apercevoir sa vie avant d’être un fœtus. Avant sa vie de Shun. Avant la vision de l’arc en ciel…
Il voyait sa vie antérieure. Il avait de nouveau une armure…Il avait de nouveau du sang sur les mains…et sur sa chaîne. Devant lui se tenait une femme…Une femme au parfum de l’océan indien, une chaîne azurée…
Mais la vision n’alla pas plus loin. Il était temps d’en finir. Et tous ses membres tremblaient. Il savait qu’il ne resterait peut être pas vivant après une telle détonation de puissances conjuguées. Quelle serait l’issue du tunnel ?
Oui, toi aussi. Illumine l’Univers Chevalier de Lumière !
Xénios et Shun ouvrirent les yeux au même moment. Comme un cri à l’unisson, ils firent retentir leurs extrêmes.
_APOCALYPSE HUMAINE ! ! !
_UNIVERSE REVOLUTION ! ! !
….
Une musique joua ses notes. Des sons doux et apaisants…juste ces quelques bribes d’accords plaqués et arpégés, pour guider celui s’est perdu vers son but, son existence. Juste ces quelques mélodies écrites et jouées par les étoiles et par les Dieux, pour enlever toute source de trouble et raviver la flamme de la Déesse Lune…
Et un tableau de couleurs se dessinait. Et des peintures d’un autre monde se croisaient dans une symphonie de rayonnements et de clarté.
La vision…elle n’était plus la même. Etait-ce un rêve ?…Peut être une prémonition…
Shun était à nouveau sous les cieux des Douze Lunes de l’Olympe. La chaîne parcourant ses avant bras n’était plus de couleur de bronze-argentée. Elle était couleur or. Elle miroitait et unissait par ses maillons toutes les matières et la levée de l’Aurore.
Shun se releva. Son armure n’était plus la même. Il y avait des lueurs bleues et dorées. Le Lapis-Lazuli. Il sentait son cœur battre à travers. Mais ce ne fut plus le sang d’un chevalier.
Xénios, lui tournant jusqu’à lors le dos, se tourna.
_Tu as accepté que la Source de toute Vie, la Création Ultime entre en toi. Tu as combattu là où les dieux puisent leur force, dans le Big Will ! Tu fais, désormais, partie des nôtres. Shun, Gardien Lunaire des Cités Célestes de la Lune de l’Innocence !