Chapitre 17 : Le jugement des étoiles célestes
« C’est à son cosmos que se révèle la vraie nature
d’un homme. »
La garde de Zeus était composée pour sa plus grande partie de jeunes gens récemment éveillés à leur nature angélique et encore peu entraînés. En effet la résurrection de Zeus était toute récente et seule une garde réduite assurait sa sécurité à l’intérieur de la cité céleste depuis les temps anciens de la mythologie de sorte que les nouvelles recrues n’étaient pas encore à la hauteur des protections qu’elles portaient. Fort heureusement pour elles le temps s’écoulait beaucoup moins vite sur Terre qu’en Olympe : un mois terrestre était égal à une journée olympienne, dans la mythologie une journée olympienne équivalait à une année sur Terre mais ce délai avait été depuis ramené à un mois pour éviter de trop grands décalages temporels. Conscient de l’inexpérience de ses troupes Zeus avait donc ordonné que ses gardes se dispersent sur Terre et y apprennent au plus vite à maîtriser leurs cosmos.
Bien sûr cette manœuvre n’était pas innocente et traduisait les arrières pensées du maître des cieux qui voyait bien au delà du procès d’Athéna. Quelques dieux avaient eu vent de cette manœuvre mais aucun ne s’en était alarmé, aucun excepté Arès qui commençait déjà à reconstituer ses légions de Berserkers…
Toujours est-il qu’en l’absence de la plus grande partie de la garde de Zeus, la sécurité dans la cité céleste était assurée par un contingent réduit à trois hommes appelés « les trois seigneurs des archanges ». Ils étaient tous trois des divinités secondaires au service du roi des cieux et veillaient sur son sommeil depuis… bien longtemps.
Le seigneur Némésis, troisième seigneur des archanges, était un personnage singulier. Il ne ressemblait en rien à ses compagnons et s’en démarquait assez nettement. Un grand mystère planait sur ses origines et il ne semblait pas enclin à le dissiper.
Dans la mythologie on lui attribuait le rôle de déesse de la vengeance et quelques tristes exploits comme la punition infligée à Narcisse.
De nombreux récits couraient sur lui sans que leur véracité fût prouvée d’autant plus qu’aucun dieu ne se souvenait l’avoir rencontré dans les temps anciens et on ne lui connaissait aucune affiliation. Jusqu’à ce jour où peu après le legs de la Terre à Athéna il s’était présenté devant Zeus :
Agenouillé devant Zeus il n’avait pas pour autant cessé de le fixer dans les yeux.
« Majesté, mon nom est Némésis et je viens me mettre à votre service »
Le grand Zeus avait souri ironiquement.
« Hum… Némésis, c’est le nom de la vengeance, devrais-je m’en inquiéter ? »
« Vous seul pouvez répondre à cette question majesté »
Un silence avait suivi ces dernières paroles.
« Pourquoi devrais-je te prendre à mon service ? »
Némésis avait fixé Zeus droit dans les yeux sans faiblir devant la lumière aveuglante qui entourait le fils de Cronos.
« Parce que je suis un guerrier puissant »
Là s’arrêtait la partie connue de son histoire et il était douteux que nul même Zeus n’en sache plus sur son compte dans toute la cité céleste.
Le seigneur Némésis témoignait à son maître une fidélité sans faille, exécutant sans mot dire le moindre de ses ordres, allant parfois au-delà des désirs de son maître.
Ainsi lorsque Zeus lui avait demandé de s’assurer de la personne d’Athéna il n’avait rien dit pour les chevaliers et Némésis les avait précipités dans les limbes prenant le risque de perdre leurs armures divines avec eux, on ne les avait toujours pas retrouvées d’ailleurs. Lorsqu’on lui demandait la raison d’un tel zèle il répondait toujours qu’ « il oeuvrait pour Utopia » cette terre chimérique que les dieux se promettaient d’instaurer sur Terre.
Depuis la capture d’Athéna il avait été commis à la garde de la déesse et à ce titre l’accompagnait chaque jour à l’Erichtonion, la colline du jugement qui avait été reconstituée à l’identique de celle qui jouxtait Athènes dans la cité céleste.
Il regardait d’un air détaché et ironique le procès de la déesse mais son regard passait aussi sur Zeus dont il essayait de lire les pensées.
Une imprécation fit vibrer ses tympans.
« Athéna tu t’es rendue coupable d’un crime envers les dieux !! »
C’était encore une fois Héra qui venait d’interpeller la déesse de la sagesse.
« J’ai quitté les dieux parce que leur soif de puissance et de domination m’écœurait. Je n’ai jamais dit que je luttais pour eux alors ne parlez pas de crime pour me reprocher ce qui devait arriver »
Némésis observait le grand Zeus. Malgré tout son pouvoir et l’éclat de sa cosmo énergie il ne parvenait pas à dissimuler les tremblements qui l’agitaient.
Némésis pensait à voix haute :
« Ce n’est sûrement pas la défense d’Athéna qui le préoccupe… l’issue de ce procès ne fait d’ailleurs aucun doute… Non ce qui le préoccupe c’est l’enjeu de cette bataille : Athéna jugée, à qui va-t-il devoir disputer la Terre ? »
Némésis remarqua que le maître des cieux lançait de temps à autre des regards inquiets vers Arès qui était resté étonnamment calme depuis le début du procès.
« Hum penserait-il toujours à cette vielle prophétie ? »
Comme pour lui donner raison Zeus se leva sans mot dire et fit signe que le procès pouvait continuer sans lui. Némésis sourit intérieurement, il avait raison.
En quittant l’Erictonion le roi des cieux entendit deux phrases qui résonnèrent comme des coups de semonce à ses oreilles.
« Quel que soit le mal qu’on lui fait l’humanité finit toujours par se relever et trouver la voie de la lumière. Comme pour les fleurs, elles finissent toujours par renaître, toujours plus belles »
« Hadès est mort et tous tes discours n’y feront rien !! Il est mort !! »
Némésis étouffa un petit rire, ces dieux étaient-ils suffisamment naïfs pour croire à cette fable que le dieu qui domine la mort pouvait mourir ?
Célesta se tenait face au mur des Lamentations, elle tournait le dos à ses interlocuteurs qui ne pouvaient voir d’elle que ses magnifiques cheveux blonds et les épaulettes du surplis du Serpentaire.
- Ainsi sa majesté est donc morte ?
Thanatos et Hypnos hésitèrent à répondre. Ils étaient venus en Enfer car après la mort d’Hadès ils éprouvaient le besoin de se raccrocher à une personne qui leur était chère et avec qui ils avaient tout partagé.
Célesta, l’étoile céleste de la domination mais aussi Elysée leur petite sœur était cette personne.
Thanatos ne répondit pas, ses yeux étaient emplis de larmes et il faisait un effort surhumain pour ne pas les laisser couler devant sa sœur cadette.
Hypnos s’avança d’un pas et avec son stoïcisme habituel s’adressa à sa sœur.
- Oui, c’est une chose certaine. Sa majesté n’a pas pu survivre à la puissance du Big Will qui a déferlé sur les limbes.
Un léger tremblement parcourut le corps de Célesta. Elle contint pourtant le sentiment qui montait en elle et parvint à articuler.
- Sa majesté Hadès se serait donc suicidée en voulant saisir le Big Will ?
- Oui c’est bien cela…
- Pfff c’est pathétique !
Thanatos qui s’était jusqu’à maintenant tenu à l’écart sentit un flot de haine le submerger en entendant les dernières paroles de Célesta.
Il se rua vers elle.
- Comment oses-tu ?
- Qu’y a-t-il Thanatos je dis simplement que c’est pathétique ! Commencerais-tu à considérer la vie et la mort avec moins de légèreté ?
Après un moment d’hésitation dû à la rage qu’il essayait de contenir Thanatos fit exploser son cosmos et son poing heurta le visage de sa sœur de toute la force de son cosmos ! Célesta fut projetée à plusieurs mètres en arrière, le casque de son surplis roula à terre.
Thanatos pointa sur elle un doigt inquisiteur.
- Toi ! Alors que tu as fait vœu d’allégeance à Hadès comment peux-tu considérer sa mort avec autant de légèreté ?
Célesta essuya le filet de sang qui coulait à la commissure de ses lèvres sans se départir de son sourire méprisant.
- Parce que je suis moins stupide que vous tout simplement !
Thanatos intensifia son cosmos à son paroxysme.
- C’est à cause des traîtres et des lâches que notre maître est mort ! Je les exécuterai tous et je crois que je vais commencer par toi ! Prends ça !
L’attaque partit et réduisit en miettes l’endroit où elle se trouvait mais le nuage de poussière en se dissipant révéla l’insuccès de l’attaque : Célesta se tenait en face de Thanatos retenant ses bras vers le haut avec toute la force de ses poignets.
- Thanatos, est-ce là toute la puissance dont tu es capable ? Pourquoi ne pas avoir utilisé la Terrible Providence ? Chercherais-tu à m’épargner ?
Thanatos tenta de libérer ses bras mais sa sœur les retint avec une force que son angélique beauté ne laissait pas soupçonner.
- Te souviens-tu du goût des crocs du Serpentaire ? Une fois qu’ils ont touché leur victime ils absorbent toute son énergie vitale hors de son corps ! Thanatos qu’ils te frappent maintenant ! Deadliest Bite !
L’aura de Célesta prit la forme d’un serpent monstrueux qui se déplia vers Thanatos tandis que Célesta joignait ses mains et en libérait un flux d’énergie d’une puissance phénoménale !
Thanatos fut littéralement emporté par la morsure du serpentaire et sentit tout son corps se déchirer sous l’impact d’un million de coups portés en même temps et qui semblaient drainer son énergie hors de son corps. Il parvint pourtant à éviter la plus grande partie des coups en bondissant en arrière, il se reçut alors sur le sol avec la souplesse d’un félin et fit exploser son cosmos pour neutraliser les effets de l’attaque.
- Pas mal observa Célesta. Tu as assimilé cette attaque depuis que je te l’ai portée pour la première fois.
Thanatos se releva sans donner l’impression d’avoir besoin de reprendre son souffle.
- Oui maintenant elle n’est plus efficace.
- Mais il en va de même pour ta Terrible Providence ! Je l’ai déjà arrêtée une fois ne l’oublie pas.
Un sourire passa sur les lèvres de Thanatos, il éprouvait un réel plaisir à se battre contre un adversaire à sa mesure et le fait qu’elle fut sa sœur ne faisait que rajouter de l’intensité à ce combat. Tout à l’heure il n’avait pas utilisé la Terrible Providence car il ne voulait pas vraiment la blesser mais cette fois c’était différent, le coup qu’il allait lui porter révèlerait si oui ou non elle était fidèle à Hadès.
- Célesta cette fois ce n’est pas toi que je vais attaquer mais ce masque d’indifférence que tu portes ! L’issue de cet assaut me dira si oui ou non tu es fidèle à Hadès.
- Tha… Thanatos tu ne vas pas ?
- Si, c’est le seul moyen !
L’étoile à cinq branches tatouée sur le front de Thanatos commença à se colorer d’une couleur mauve inquiétante tandis que son cosmos s’accroissait terriblement, il ouvrit alors les yeux pour porter son attaque mais ce n’étaient plus les yeux argentés du dieu qui commande à la mort, c’étaient les yeux d’Hadès lui-même, ces yeux si bleus qui vous pénétraient jusqu’au fond du cœur.
Célesta n’arrivait plus à bouger, l’aura de son frère grandissait de plus en plus écrasant complètement la sienne.
Thanatos ouvrit les bras pour libérer toute la puissance de son attaque.
- Je ne le fais pas par plaisir mais c’est le seul moyen de savoir ma sœur ! Reçois le Death Star…
Un flash lumineux suivit les derniers mots de Thanatos, son aura disparut instantanément tandis qu’il tombait au sol, frappé dans le dos par un cosmos au moins égal au sien.
Hypnos apparut alors que son frère s’écroulait, ses yeux étaient fermés et aucune émotion ne transparut quand il s’avança vers Thanatos qui malgré la douleur n’avait pas perdu connaissance.
- P… Pourquoi Hypnos ?
- Tu sais très bien que nous ne pouvons faire appel au pouvoir de l’étoile de la mort que sur ordre de notre maître. Tu devrais me remercier de t’avoir empêché de commettre une telle erreur. De plus… - son regard passa sur Célesta- nul n’est besoin d’une telle arcane pour connaître la vérité.
Hypnos s’avança vers Célesta, il la dominait de toute sa taille, leurs regards se croisèrent et ils plongèrent chacun dans les yeux de l’autre avec intensité. Yeux dorés d’Hypnos contre yeux d’émeraude de Célesta, dieu contre étoile céleste, sommeil contre domination, frère aîné contre sœur cadette.
- Elysée dis-nous pourquoi la mort d’Hadès ne t’émeut pas plus que cela ! Serais-tu traître à sa cause ? Dit Hypnos sans détacher ses yeux de ceux de sa sœur.
La gifle partit et laissa une marque rouge sur la joue du dieu qui commande au sommeil.
- Imbécile ! Si je ne m’émeus pas c’est parce que je sais que sa majesté est vivante.
- Comment ?
Célesta laissa le temps à ses frères aînés de se remettre de leur surprise.
- Cette situation est assez ironique non ?
- Que veux-tu dire ?
Célesta désigna la marque étoilée sur son front.
- Ce signe veut dire « yours ever ». Je ne m’en souviens que depuis quelques jours mais je sais qu’il signifie que nous sommes liés à Hadès pour l’éternité. Si Hadès était mort ce signe aurait disparu de nos fronts et nous serions redevenus de simples mortels !
Thanatos et Hypnos échangèrent un regard, c’était donc ça : comme les chevaliers étaient liés à leurs constellations, eux étaient liés à Hadès par cette marque étoilée. Si Athéna venait à s’éteindre ses défenseurs perdraient ce qui leur permet d’éveiller leur cosmos : leur foi. De la même façon si Hadès venait à disparaître ses serviteurs perdraient la protection des étoiles maléfiques et eux-mêmes redeviendraient mortels.
Hypnos hocha la tête, incrédule.
- J’ai senti son cosmos s’éteindre. Et pourtant nous sommes vivants…
Célesta reprit.
- Cela signifie peut-être que sa majesté a changé, que son cosmos n’est plus le même… Peut-être que maintenant Hadès est vraiment lui-même…
- Vraiment lui-même ?
Un silence passa, Célesta regardait maintenant le ciel des Enfers avec des yeux rêveurs.
- Être soi-même… Aucun homme n’a envie d’en faire souffrir un autre ou de le blesser et pourtant c’est ce qu’il fait tout le temps, nul n’a envie de pécher et pourtant il pèche sans s’en apercevoir, personne ne veut souffrir et pourtant nous souffrons. L’homme sera-t-il toujours ainsi ? Un étranger à lui-même ? Alors qu’est-ce finalement qu’être soi-même ? Et qu’est-ce qu’être soi-même pour un dieu ?
Célesta se dirigea vers ses frères troublés par son discours et leur prit familièrement le bras, les entraînant vers la Giudecca.
- Venez vous deux j’ai une surprise pour vous !
Avant de pousser la porte d’une pièce invisible à l’œil nu elle demanda toutefois à ses frères.
- Qu’est devenue Pandore ?
- Elle est encore faible… Nous l’avons laissée à Asgard.
- C’est peut-être mieux ainsi.
*
* *
- Mais ? Comment…
Hypnos et Thanatos étaient littéralement cloués sur place refusant de croire ce que leurs yeux leur disaient.
Devant eux on distinguait trois formes imposantes à la surface métallique et aux reflets argentés. C’étaient des armures, non des surplis !
Il y avait là les trois surplis les plus effrayants parmi les 108 protections des spectres d’Hadès. Ils se ressemblaient assez car ils figuraient tous trois un dragon dans des mythologies différentes.
Le surplis du Griffon ! Celui du Wyvern ! Celui du Garuda ! Les surplis des trois Titans étaient rassemblés dans la Giudecca !
- Comment est-ce possible ? S’exclama Thanatos. Ils ont pourtant tous été détruits !
Célesta fit quelques pas dans la pièce puis à la façon d’une petite fille espiègle passa négligemment son doigt sur la tête du Wyern puis mit sa main dans la mâchoire du monstre comme un enfant est tenté de le faire avec un lion au cirque par mépris du danger.
Thanatos commençait à perdre patience.
- Mais enfin vas-tu nous dire ?!
Célesta sursauta en entendant le cri de son divin frère, ce faisant elle se piqua le doigt contre les mâchoires du Wyern.
- C’est malin je me suis coupée !
Elle mit alors son index dans sa bouche faisant ainsi ressortir ses lèvres pulpeuses puis en aspira le sang.
Thanatos et Hypnos se regardèrent, c’était bien dans la manière de leur sœur Elysée de les faire attendre pendant deux heures avant de répondre à une question… quand elle le faisait…
Et puis cette manie de retourner son doigt dans sa bouche de façon érotique c’était tellement elle, déjà toute petite elle avait réussi à obtenir un baiser du dieu des Enfers !
Ils se regardèrent à nouveau, l’espace d’un instant ils avaient tous les trois retrouvé cette insouciance de l’enfance perdue depuis si longtemps.
Pour éviter le fou rire qui lui montait à la bouche Célesta consentit finalement à répondre.
- Pensez-vous que je n’ai rien fait pendant ces semaines qui ont suivi la destruction d’Elysion ?
- Eh bien… Tu as été rendre visite à Héphaïstos…
- Oui mais il n’a pas fait que me révéler mon passé, il m’a aussi remis ces trois surplis que vous voyez.
Hypnos ne parut pas étonné outre mesure mais il questionna quand même.
- En avait-il le droit ? Je veux dire… ces surplis sont les plus résistants avant les surplis divins, ils sont aussi résistants que des armures d’or… si les olympiens l’apprennent nous courons de grands risques…
Un voile de mélancolie passa devant les yeux émeraude de Célesta à la pensée de son « créateur »
- Il ne dira rien… Il l’a fait pour moi parce que tous les deux nous partageons la même solitude, rejetés par nos créateurs…
- En es-tu si sûre ?
- Il ne dira rien te dis-je ! Et puis… qui parmi tous ces puissants dieux songerait à écouter la voix d’un boiteux ?
Un silence gêné s’installa, Héphaïstos était sans doute le seul dieu dont le corps originel avait subi des dommages graves avant même de s’éveiller au Big Will, ils étaient de ce fait irréversibles mais il compensait ce handicap par d’autres talents.
Le bruit d’un froissement contre le sol de la sphère fit se retourner Célesta.
Un grand nombre de papillons transparents se regroupèrent et le spectre de l’étoile céleste de féerie apparut.
- Alors Myu sont-ils arrivés ?
- Oui après être sortis des limbes grâce au pouvoir de l’épée des illusions leurs majestés Rhadamanthe et Eaque sont revenues sur Terre puis ils se sont instinctivement dirigés vers le Meikaï où sa majesté Minos les a rejoints.
- Très bien Myu tes fairys ont admirablement rempli leur mission, d’autres spectres sont-ils annoncés ?
- Nous avons ressenti l’épanouissement de plusieurs cosmos mais il est impossible de dire s’il s’agit de spectres.
- Tiens donc…
Célesta se retourna vers ses frères puis s’approcha d’eux et après les avoir embrassé sur la joue leur délivra le même message.
« A partir de maintenant quoique je fasse, ne dis rien. Quoiqu’il se passe ne fais rien. Fais-moi confiance. »
*
* *
- Ce lieu a bien changé.
L’homme qui venait de parler avait une apparence hirsute avec ses cheveux blonds en bataille et ses sourcils broussailleux, dans ses yeux verts luisait une lueur sauvage que l’on voit dans le regard d’un animal pris au piège.
Bien qu’il n’eut aucune raison d’être sur la défensive son cosmos irradiait d’agressivité.
Rhadamanthe méritait bien son nom d’étoile céleste de la violence.
Le juge chercha des yeux les fleurs fanées qui indiquaient la présence du périmètre de restriction mais il ne vit que des champs de fleurs et des cygnes majestueux glissant sur l’eau à perte de vue.
- C’est étrange, j’ai affronté ici même plusieurs chevaliers d’or et c’est comme si le temps en avait effacé toute trace.
Une remarque ironique fusa.
- Pfff Aurais-tu peur des fantômes Rhadamanthe ?
L’interlocuteur de Rhadamanthe avait des cheveux noirs très longs, des yeux légèrement bridés marque de ses origines asiatiques, un rictus ironique déformait ses traits, il avait parlé sans se tourner vers le juge et tout laissait deviner chez lui un orgueil démesuré. L’étoile céleste de la supériorité était bien choisie pour protéger Eaque.
Incapable de maîtriser son agressivité Rhadamanthe se jeta sur Eaque.
- Qu’est-ce que tu insinues ?!
Le juge avait saisi son homologue par le col de sa chemise et pointait vers lui un poing menaçant.
Avec une vivacité étonnante et sans se départir de son sourire ironique Eaque saisit le poignet du juge et le serra jusqu’à ce que celui-ci lâche prise.
- Voudrais-tu te battre avec moi Rhadamanthe ?
- Hum en temps normal c’est sa majesté Pandore qui maintient la cohésion entre les spectres mais je ne la vois nulle part ici.
L’aura de Rhadamanthe s’accrut terriblement, Le terrifiant Wyvern aux milliers de crocs apparut derrière lui.
Eaque ne prit pas position de combat mais autour de lui c’était comme si l’univers se tordait sous l’effet des battements d’aile du Garuda.
- Allons finissons-en Eaque !
- Je t’attends Rhadamanthe !
Rhadamanthe passa à l’attaque le premier avec une combinaison de coup de pieds et de coups de poing. Eaque ne reculait pas mais il ne tentait pas de bloquer les coups il se contentait de les éviter confiant dans son extraordinaire rapidité : lorsque Rhadamanthe ramenait son poing gauche au niveau de son épaule Eaque se déplaçait vers la droite de façon à se retrouver juste derrière son adversaire et lorsque Rhadamanthe tentait de le surprendre par la droite Eaque anticipait son mouvement et se décalait vers la gauche se retrouvant à nouveau derrière lui.
Il ne fallut pas longtemps au spectre du Wyvern pour se rendre compte que le Garuda l’entraînait dans une danse mortelle.
Rhadamanthe : il anticipe
tous mes mouvements et m’empêche d deviner sa position en tournant autour de
moi ! Mais il n’attaque pas attendant sans doute que je fasse une erreur,
eh bien je vais lui fournir l’occasion qu’il attend !
Rhadamanthe ramena son poing droit au niveau de son torse de façon à prendre de l’élan pour une attaque frontale puis en passant à l’attaque il ramena son poing gauche au niveau de son épaule gauche découvrant ainsi son cœur !
Le mouvement n’échappa pas à Eaque qui cessa alors de tourner autour du juge pour se retrouver à gauche de Rhadamanthe.
Eaque décocha son attaque à la vitesse de la lumière mais au lieu de rencontrer le cœur de Rhadamanthe il n’étreignit que le vide !
Rhadamanthe s’était en effet laissé tomber sur la droite se reprenant opportunément sur sa main droite toujours libre.
Eaque fut incapable d’arrêter son élan de sorte qu’il se retrouva littéralement à l’horizontale par rapport à son adversaire presqu’étendu par terre.
Prenant appui sur sa main droite Rhadamanthe propulsa son poing gauche vers le cœur d’Eaque qui n’était absolument pas protégé.
Sentant le danger Eaque lança sa jambe droite en avant et dans un réflexe désespéré prit appui dessus pour bondir en arrière.
Le poing de Rhadamanthe rencontra la mâchoire de Eaque mais celui-ci parvint à se recevoir sur ses pieds.
Les deux adversaires s’immobilisèrent.
Ce fut au tour de Rhadamanthe de sourire ironiquement.
- Il m’a suffi de laisser une faille dans ma défense pour que tu t’y engouffres. Tu es vraiment trop crédule Eaque !
Eaque porta la main à son cou, il l’en retira couverte de sang Rhadamanthe avait réussi à lui entailler le cou. Le juge regarda le liquide rouge avec dédain puis l’essuya d’un revers de main.
- C’est bien tu as fait couler le premier sang. Mais ce n’est qu’une égratignure.
-
Oui tu as bien esquivé mon attaque et cela dans un
intervalle très court, je t’admire pour ça.
Les deux juges partirent d’un petit rire ironique, signe de leur ancienne fraternité. Ils échangèrent un regard où luisait l’excitation du combat.
- Hum maintenant que tu as fait couler mon sang je vais devoir laver mon honneur avec le tien.
-
Je suis d’accord Eaque ainsi nous saurons lequel de
nous deux mérite le plus d’être juge ! Tu vas connaître la force du
Wyvern ! Greatest Caution !
-
Ne me sous-estime pas ! Galaxian Illusion !
Chacun des deux juges avait mis toute sa force dans cet assaut et la violence du choc s’en ressentit : Les crocs terrifiant du Wyvern déchiraient le ciel tandis que le battement d’ailes du Garuda créait le vide dans l’air, assombrissant le ciel allant inexorablement à la rencontre de son adversaire.
Quand il se rencontrèrent ce fut comme si le ciel avait été déchiré : les millions de coups lancés par le Wyvern rencontrèrent le néant crée par le Garuda le traversant de part en part mais l’oiseau de feu tibétain poursuivait son œuvre de mort enveloppant à son tour le dragon dans ses ténèbres impénétrables.
Les silhouettes de Rhadamanthe et Eaque disparurent totalement dans le choc formidable de leurs auras mais contre toute attente il n’y eut pas d’explosion finale, pas d’apothéose à ce duel inutile et passionné.
Lorsque leurs cosmos se dissipèrent les deux juges redevinrent à nouveau visibles, figés dans la position où une attaque les avait surpris.
Le poing de Rhadamanthe se trouvait à quelques centimètres du cœur d’Eaque tandis qu’il aurait suffi à celui-ci d’une chiquenaude pour toucher le front de son adversaire.
- Argh… Qui nous a immobilisés ?
-
Oui c’est lui… le troisième juge…
La psychokinésie qui paralysait les deux juges cessa soudain et tous deux s’écroulèrent à terre incapables de garder leur équilibre. Ils trouvèrent quand même la force de relever leur tête vers celui qui les avait rendus inoffensifs : MINOS !
- Pff vous êtes pathétiques tous les deux ! Que cherchez-vous donc à prouver ? En vous battant entre vous tout ce que vous trouverez sera l’anéantissement mutuel !
Rhadamanthe et Eaque se relevèrent péniblement brisés par l’effort qu’ils avaient dû accomplir.
- Co… Comment oses-tu ? Que… Qu’est-ce qui te donne le droit de nous parler ainsi ?
Minos ne répondit rien mais il utilisa le cosmic marionetton pour aider ses collègues à se mettre debout.
- La même personne qui a mis fin à votre errance dans les limbes et vous a ramené à la vie.
- Que veux-tu dire ?
- Peu importe ! Entrons dans le château car nous y sommes invités !
Les deux juges s’étaient maintenant relevés et faisaient face à Minos.
- Que nous veut-on ?
- Je n’en sais rien mais la moindre des choses quand on vous ressuscite c’est de dire merci ! Et maintenant entrons !
Les trois juges se relevèrent et s’avancèrent vers la porte celle-ci s’ouvrit d’elle même et une onde cosmique les projeta au loin.
*
* *
- Alors Ananke quel est mon destin ?
La question avait été posée directement mais sans brusquerie.
Dans la grotte du destin on distinguait un couple insolite : le dieu le plus puissant et la maîtresse du Destin.
Le grand Zeus dégageait un cosmos immense et emplissait la grotte de cette aura si lumineuse qui avait jadis tant choqué Cronos.
Bien que déesse son interlocutrice faisait pâle figure en face de lui et son cosmos semblait aussi faible qu’une brindille prête à se tordre sous l’effet d’une bourrasque de vent. Pourtant malgré l’énorme différence de cosmos qui existait entre eux le dieu le plus puissant était agenouillé devant elle et la regardait avec un profond respect.
Ananké était selon certaines légendes la mère des Moires et la personnification de la Nécessité et de la force de la Destinée. C’était la raison de la présence du grand Zeus : le Destin !
Ananke releva sa tête aux cheveux argentés, un sourire plein de malice déforma ses lèvres.
- Grand Zeus combien de fois faudra-t-il te le dire ? Je ne vois pas le destin des hommes ou des dieux, je vois celui de l’univers, je ressens les fluctuations de la Big Will après qu’elles ne se produisent mais bien avant qu’elles n’aient d’effet. Le Destin je ne le vois pas, je le ressens.
- Et que ressens-tu alors Ananke ? Dit Zeus avec une pointe d’énervement.
- Si tu connais la réponse pourquoi poser la question ?
Zeus comprit que c’était à lui de prendre la parole et que la gardienne du destin se payait le luxe de la faire attendre.
- Soit Ananke ! Puisque tu veux l’entendre par ma bouche voilà ce qui m’obsède : L’univers s’est bâti sur un meurtre ! C’est la mort d’Ouranos qui a libéré le Big Will dans l’univers et l’auteur de ce sacrilège était mon père Cronos. Pour ce crime les Erynies lui annoncèrent qu’il serait puni par son fils ! Et ce fils c’est moi !
- Mais tu n’as pas tué Cronos…
- Non en effet, je pensais qu’en le détrônant je satisferai les divinités de la vengeance et que de cette façon je ne commettrai pas un parricide.
- Et tu penses avoir eu tort.
Zeus ferma les yeux. Il se revoyait dans la grotte du Destin il y avait tellement longtemps alors que l’univers n’était pas totalement achevé, il avait demandé quel serait son règne et alors…
- Dis-le moi encore une fois Ananke, comment mon règne se terminera-t-il ?
- Cette prophétie vous la connaissez déjà : « le dieu le plus puissant aura un enfant qui mettra fin à son règne. »
Le dieu le plus puissant aura un enfant qui mettra fin à son règne.
Zeus répéta cette phrase sobrement au moins trois fois.
- Hum je me suis méfié de tous les enfants immortels que j’ai eus. Mais jamais… jamais aucun n’est venu me détrôner… Je me méfiais d’Athéna alors je lui ai confié la Terre pour qu’elle y règne et ne s’intéresse pas au ciel. Je me méfie toujours d’Arès mais je préfère le savoir près de moi que loin.
- Et tu t’interroges toujours reprit Ananke.
- Oui… et si je m’étais trompé ! Si aucun de ces deux-là n’était celui qui est destiné à me renverser !
Ananke se leva, elle se permit un petit rire.
- Quelle ironie ! Athéna est entre tes mains et incapable de se défendre, Hadès n’est plus, Poséidon ne compte plus désormais et les autres dieux même Arès n’oseraient jamais se lever contre toi. Te voilà parvenu au summum de ta gloire, bientôt l’Olympe reviendra sur Terre et tu viens chercher des réponses dans une grotte obscure.
Zeus se leva brutalement, son cosmos envahit toute la grotte rendant la chaleur insupportable et réduisant l’obscurité qui y régnait encore à une peau de chagrin.
Ananke se recroquevilla dans un coin de la grotte réalisant subitement qu’elle avait provoqué la colère du dieu le plus puissant.
- Ananke ! Je ne viendrais pas te trouver si je ne pressentais pas quelque chose ! La mort d’Hadès ! Le procès d’Athéna ! La Terre à portée de main ! Dieu a-t-il voulu cela ou n’est-ce encore qu’une farce du destin ?!
Le cosmos de Zeus se calma tandis qu’Ananke faisait un geste de soumission.
- C’est bon c’est bon je vais encore une fois interroger le Big Will pour savoir ce que le destin réserve à l’univers.
Ananke s’assit en tailleur à même le sol de la grotte et commença à psalmodier. Son cosmos se déploya dans toute la grotte et des images incohérentes commencèrent à fuser sur les murs.
Zeus regardait fébrilement autour de lui à la recherche d’une image qui lui dise son futur.
Il se souvenait vaguement que la première fois qu’il était venu dans la grotte du destin il avait vu des images d’un jeune garçon affublé d’ailes qui tombait dans la mer, puis ensuite les scènes d’une guerre opposant des héros.
Les images qui fusaient étaient toutes importantes même si la plupart étaient des évènements insignifiants, c’était ça le destin : L’image, la couleur mais pas le son !
Toujours est-il que Zeus tentait de comprendre la signification de ces scènes insolites qui se déroulaient alternativement dans le grand Nord et en Grèce, opposant des chevaliers en armure étincelante à des hommes en armures sombres.
Pendant ce temps Ananke harmonisait son cosmos avec celui de la personne qui allait lui dévoiler quelques uns de ses secrets : celle qui est à l’origine de toute chose, la mère de la création que les anciens croyaient dans la Terre alors qu’elle était dans le Ciel éternel : Gaïa !
La maîtresse du destin faisait tellement d’efforts pour déchiffrer les pensées de la maîtresse de la création que de grosses gouttes de sueur perlaient à son front et qu’elle parlait maintenant pratiquement à voix haute au lieu de psalmodier.
- Je t’en prie ma vieille amie, laisse-moi pénétrer une dernière fois tes pensées, mon avenir en dépend.
Les images sur les murs de la grotte étaient de plus en plus nets, de plus en plus précis. On voyait maintenant clairement deux formes : celle d’une femme au sourire angélique et compatissant et dans ses bras un bébé !
Une forme sombre semblait s’approcher de ce couple.
Zeus était éberlué.
- Que signifie ?
Il se retourna vers Ananke et la saisit avec violence.
- Tu te moques de moi ?! Où suis-je dans cette prophétie ? Où est donc celui qui me détrônera ?!
Ananke sentait son cosmos faiblir, elle lui répondit d’une voix faible en désignant l’image de son index.
- Il… Il est là… L’enfant qui mettra fin au règne du dieu le plus puisant il est là… dans la lumière…
- Comment ?!
Zeus se retourna vers le mur au moment où l’homme qui s’approchait de la lumière allait retourner la tête, rendant ainsi son visage visible.
Ananke émit un faible cri et tomba à terre, les images s’évanouirent instantanément sans que Zeus ne puisse rien voir !
Celui-ci se retourna vers Ananke et la saisit de nouveau par les épaules.
- Qui est-il ? Qui est cet enfant ? Et qui est cet homme qui s’approchait de lui ?!
Ananke déclinait à vue d’œil, elle n’avait plus la force de rester debout.
- Arrrh… en échange de cette prophétie Ga… Gaïa prend ma vie…
- NON ! Tu n’as pas le droit de mourir avant de m’avoir révélé ton secret ! Qui est cet homme ? Qui est l’enfant ?!
- L’enfant… ahh… cet homme est…
- Si tu ne peux me dire qui est l’enfant dis-moi au moins qui est cet homme !
Ananke fut soulevée par un spasme, elle tomba dans les bras de Zeus et ce fut dans son dernier souffle qu’elle murmura à l’oreille de celui-ci :
« Le dieu suprême. »
Zeus resta stupéfait, il ne fit aucun geste pour retenir le corps d’Ananke qui tomba lourdement sur le sol.
- Le dieu suprême… Mais alors ce… ce n’est pas… Je… je ne suis pas le dieu suprême !!
Le cosmos de Zeus irradia encore une fois la grotte faisant trembler les murs sur eux-mêmes.
Il se pencha alors vers Ananke, il voulait sans doute lui demander quelque chose mais elle était déjà morte.
Dans un geste d’affection assez rare chez lui il lui ferma les yeux.
- Merci Ananke tout est clair maintenant : je ne suis pas le dieu suprême, ce n’est donc pas mon règne qui prendra fin ! Il ne me reste plus qu’à faire en sorte que le dieu plus puissant que moi et l’enfant s’affrontent ! Lorsqu’ils seront tous deux morts je serai à nouveau le dieu le plus puissant.
Zeus s’éloigna, il brûla son cosmos pour détruire la grotte sur son passage ensevelissant ainsi sous des tonnes de gravats le seul indice qui lui aurait permis de découvrir l’identité du dieu suprême, c’était un mot que les ongles d’Ananke n’avaient cessé de graver sur le sol rocheux puis en lettres de sang pendant tout le temps qu’avait duré la transe.
Ce mot on pouvait l’obtenir en assemblant quatre lettres :
M E I O
*
* *
Les blessures des juges n’étaient que superficielles aussi se relevèrent-ils très vite pour faire face à leur agresseur.
Minos fut le premier à apercevoir son visage pourtant caché par l’ombre de la grande porte.
Il ne put retenir un cri de surprise.
- Tu le connais Minos ? interrogea Eaque.
- Oui… je la connais…
- La ? s’étonna Rhadamanthe.
La personne en question qui les avait empêchés de s’approcher du château fit un pas en avant découvrant ses cheveux blonds cendrés, ses yeux couleur émeraude brillaient comme deux étoiles sur son visage bronzé.
La personne qui se tenait devant les juges était d’une beauté époustouflante mais ce qui surprenait le plus Eaque et Rhadamanthe était l’armure qu’elle portait avec ses reflets bleus sombres et les serpents métalliques qui descendaient en s’enroulant autour des ses bras.
- Quelle est cette armure je n’en ai jamais vu de pareille ! s’étonna Rhadamanthe.
Un sourire mauvais déforma les lèvres de la jeune femme.
- Ce que vous voyez est le surplis divin du Serpentaire.
Ce fut au tour d’Eaque d’être surpris.
- Le Serpentaire ? Mais il s’agit d’une constellation. Vous êtes donc au service d’Athéna.
- Toute chose a son contraire dans l’univers, les serpents qui s’enroulaient autour du bâton d’Asclépios lui conféraient un pouvoir guérisseur mais après sa mort les serpents se détachèrent du Caducée et revinrent à leur véritable nature : la mort !
Minos ne disait rien trop surpris sans doute, intrigué Eaque scrutait l’étoile sur le front de Célesta en essayant de se rappeler sa signification.
- Qui es-tu donc ?
- Je suis celle qui commande aux étoiles célestes.
- Celle qui commande aux étoiles célestes ?
Les juges se concertèrent du regard, comment cela se pouvait-il ? N’étaient-ils pas les plus puissants parmi les 108 spectres ? Ne recevaient-ils pas leurs ordres directement d’Hadès ou de Pandore ?
Célesta ne leur laissa pas le temps de réfléchir outre mesure.
- Mon nom est Célesta étoile céleste de la domination et au nom de sa majesté Hadès je vous ordonne de quitter ces lieux sans attendre !
- Comment ?!
Les trois juges furent atterrés, la nouvelle de la destruction de l’Enfer n’aurait pas eu plus d’effet sur eux.
Rhadamanthe fut le premier à se ressaisir.
- Tu… tu parles au nom de sa majesté ?
- Oui c’est cela même, Hadès m’a ordonné de m’assurer de votre départ.
Ce fut au tour de Minos de s’avancer.
- Mais ce n’est pas possible ! Il doit y avoir une erreur. Pourquoi sa majesté voudrait-elle se débarrasser de nous après avoir permis notre retour à la vie ?
Célesta le toisa d’un regard où on ne lisait aucune pitié.
- Un conseil : n’essaye même pas de comprendre ! Un homme ne peut ne serait-ce qu’effleurer la compréhension du divin.
Célesta tourna le dos aux trois juges.
- Je vais compter jusqu’à 5 si à 5 vous n’avez pas quitté ce lieu sans intention d’y revenir je vous considèrerai comme rebelles et vous exécuterai au nom d’Hadès !
UNE…
Les trois juges échangèrent un regard angoissé.
- C’est stupide ! Pourquoi Hadès nous aurait-il ramenés à la vie si c’est pour nous renvoyer ?
- Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir
DEUX…
- Rhadamanthe tu ne penses pas à…
- Si nous devons voir Hadès à tout prix !
TROIS…
- Mais si nous levons la main sur cette femme qui commande en son nom nous commettrons un acte de trahison et notre honneur de juge sera définitivement terni.
QUATRE…
Célesta se retourna, elle faisait à nouveau face aux juges. La cinquième seconde leur sembla s’écouler infiniment moins vite que les autres.
- Le devoir d’un spectre d’Hadès est de le servir même contre son gré ! Il n’y a plus à hésiter ! Hurla Rhadamanthe.
Il se retourna alors vers Célesta et intensifia son cosmos.
Celle-ci interrompit son compte à rebours.
- Tu vas commettre une erreur.
- Le destin d’un spectre est de servir Hadès ! Célesta je serai ton adversaire !
Minos et Eaque se levèrent à l’unisson.
- Et nous aussi !
Célesta arborait un air grave.
- Vous avez donc tous pris la même décision ? Etes-vous conscient que non seulement vous trahissez sa majesté mais qu’en plus vous creusez votre propre tombe ?
Pour toute réponse les juges intensifièrent leurs cosmos.
- Je vois vous ne me laissez pas le choix. Très bien je vais débarrasser Hadès de trois rebelles.
Célesta intensifia son cosmos à son tour, immense, terrifiant. L’étoile à cinq branches sur son front s’illumina d’une lueur étrange.
- Allons ne perdons pas de temps ! Attaquez-moi tous en même temps !
Le cosmos de Célesta s’accrut encore mais elle ne prit pas une position d’attaque préférant attendre l’assaut des juges. Ceux-ci n’avaient jamais senti un cosmos si puissant mais leur honneur les empêchait de reculer.
Eaque fit un pas en avant.
- Tu peux parler, bientôt c’est toi qui plieras sous nos coups ! Galaxian Illusion !
Eaque avait utilisé son attaque la plus puissante conscient que ce n’était pas un adversaire ordinaire qu’il devait affronter. Le Garuda fendit les cieux créant le néant dans l’air comme si une dimension de ténèbres s’ouvrait sous le château d’Hadès.
Célesta fronça les sourcils mais ne fit aucun mouvement pour éviter l’attaque et lorsque le Garuda la frappa elle fut soulevée du sol comme une plume et se cogna violemment contre une tour du château.
Eaque sourit, si c’était tout ce qu’on avait à leur proposer la partie était déjà gagnée ! Sa joie fut cependant de courte durée car Célesta reprit conscience avant de toucher le sol et effectua un retourné acrobatique pour se recevoir sur ses deux pieds.
Son surplis n’avait aucun dommage et la fluidité de ces mouvements ne laissait deviner aucune blessure.
- Pathétique ! dit-elle avec un rictus de mépris.
- Co…Comment ?
- Ce n’est pas avec une attaque de cette nature que tu pourras me faire grand mal. Certes sa vitesse est impressionnante mais sa puissance est très inférieure à la mienne et à la capacité d’absorption de mon surplis.
Minos se plaça immédiatement devant un Eaque désemparé.
- Nous allons voir si tu peux résister à la puissance du Griffon !
Comme avec Eaque Célesta ne fit aucun mouvement pour se défendre.
- Subis l’Infinite Execution !
Le cosmos de Minos explosa et l’étoile céleste de la Valeur se démultiplia à l’infini encerclant celle qui commande aux étoiles célestes et chacun de ses coups de poing prit la forme du monstrueux griffon.
Célesta eut un sourire ironique, elle plia les genoux pour prendre son élan et au moment où l’attaque allait l’atteindre s’envola littéralement dans les airs.
- Prépare-toi à encaisser mes coups Minos ! Deadliest Bite !
Bien que surpris par l’insuccès de son attaque Minos se ressaisit et ce furent une centaine d’étoiles célestes de la valeur qui se tournèrent vers Célesta pour projeter en même temps l’Infinite Execution.
Célesta fondit sur Minos tandis que les serpents métalliques enroulés autour de ses bras se dépliaient, prêts à mordre !
L’étoile céleste de la domination s’engouffra dans le tourbillon de feu projeté par le légendaire griffon, les deux étoiles célestes se rencontrèrent en un choc aveuglant et quand la lumière se dissipa…
Minos était encore debout comme tous ses doubles, son poing gauche se trouvait au niveau de sa hanche encore fermé comme pour donner un coup tandis que sa main droite pendait stupidement à la hauteur de son ventre.
Derrière lui Célesta était légèrement courbée, figée dans la position où elle avait frappé Minos, son bras encore tendu et son poing fermé recouvert par un serpent métallique.
Minos s’écroula tandis que des gouttes de sang s’écoulaient de son poing droit et ce fut alors comme si tous ses doubles s’écroulaient avec lui pareillement blessés.
Célesta reprit une position normale et laissa ses bras retomber le long de son corps parfait.
- C’est vraiment dommage Minos. Cette attaque a vraiment toutes les qualités : elle est très puissante et portée d’une multitude de points en même temps pour désorienter l’adversaire. Malheureusement pour toi la puissance et la technique ne sont pas tout, la vitesse compte aussi. Je suis étonnée qu’en 13 ans d’entraînement tu n’aies pas songé à créer une attaque qui combine ces deux qualités. Mais maintenant c’est trop tard.
Célesta fit un pas dans la direction de Minos quand elle sentit un cosmos s’épanouir derrière elle. Elle fit alors volte face faisant voler ses magnifiques cheveux blonds cendrés.
- Evidemment les juges sont au nombre de trois.
L’étoile céleste de la Violence intensifia son cosmos tout en étendant ses bras en forme de croix.
- C’est moi Rhadamanthe qui aurai l’honneur de te vaincre !
- Tu es aussi stupide que les autres on dirait.
- C’est ce qu’on va voir ! GREATEST CAUTION !!
Rhadamanthe avait hurlé le nom de son attaque à s’en faire exploser les poumons et l’effet fut encore plus impressionnant : L’aura du Wyvern apparut derrière lui et son cosmos explosa libérant la puissance de milliers de coups en décharges successives !
L’aura de Rhadamanthe emporta toute la végétation à une centaine de mètres autour de lui et continua à augmenter jusqu’à englober tout le château d’Hadès mais au moment où son cosmos allait atteindre son paroxysme il déclina brusquement et le champ de bataille devint à nouveau visible.
Célesta était face à Rhadamanthe, elle avait le bras tendu vers lui et sa main ouverte renfermait une sphère d’énergie de couleur sombre.
- Est-ce là toute la puissance dont tu es capable Rhadamanthe ? Si c’est le cas je vois déjà l’issue de ce duel !
Célesta referma son poing sur la sphère d’énergie la faisant exploser en un million de particules puis intensifia à son tour son cosmos, l’étoile sur son front se mit à briller plus fort que jamais !
-
Découvre mon vrai cosmos Rhadamanthe ! Celui des
enfants d’Hadès ! DEATH
STAR EXECUTION !
La puissance déployée par cette attaque était énorme et Rhadamanthe sentit une sueur froide couler sur son visage pressentant que sa dernière heure était arrivée.
L’étoile de la mort fondait sur lui et il ne pouvait rien faire pour l’arrêter sauf croiser ses bras devant lui. Au moment où il allait fermer les yeux il vit une ombre passer derrière Célesta.
Celle-ci incapable de se défendre tandis qu’elle projetait son attaque la plus puissante fut soulevée du sol par une force irrésistible, tout ce qu’elle put entendre fut : « Garuda Flap ! »
La lumière disparut, Rhadamanthe grâce à cette intervention providentielle n’avait pas subi toute la puissance de l’attaque mais le peu qui l’avait touché l’avait mis en piteux état : de la fumée s’échappait de tout son corps, ses bras étaient couverts de brûlures et ses cheveux encore plus roussis qu’avant. Il tomba en avant la tête la première.
Eaque se précipita pour l’aider et lui passa son bras droit sous l’aisselle gauche pour lui permettre de se relever.
-
C’est fini
Rhadamanthe.
- E… Eaque… Tu es vraiment sûr de nous avoir débarrassé de ce monstre ?
- Oui ne t’inquiète pas j’ai fait comme elle l’a dit elle-même : j’ai combiné la vitesse et la puissance et j’y ai même ajouté l’effet de surprise.
Il regarda avec appréhension le sol devant lui.
- C’est étrange elle devrait déjà être redescen…
Eaque ne put terminer sa phrase car une douleur intense traversa son dos et il s’écroula entraînant son compère dans sa chute.
Célesta essuya une légère égratignure à la commissure de ses lèvres.