Sylvain
1982
Dans un collège public du Gévaudan
Est-ce que je pouvais encore craindre la souffrance ? Est-ce que je pouvais encore redouter la douleur ? Il me semblais que non. L’esprit humain a tendance à se durcir face aux épreuves au point de devenir insensible.
Malheureusement, ce n’était pas mon cas. Les jours passaient. Tous semblaient identiques et chaque jour la souffrance revenait avec une intensité sans cesse renouvelée. Pourquoi ? Je n’en avais aucune idée. Certains philosophes prétendent que c’est dans la tête. Ceux qui pensent être malheureux le sont et ceux qui ne le pensent pas sont heureux. Mais il me semblait improbable que les grands intellectuels qui avaient écrit ces absurdités se soient retrouvés dans une situation similaire à la mienne.
Évidemment, je n’étais pas le garçon le plus triste de l’univers. J’avais un toit et de quoi manger tous les jours. Ma famille n’avait pas été détruite par une guerre. Je n’étais atteint d’aucune maladie incurable. J’étais un peu myope et loin d’être un athlète mais j’étais pas non plus aveugle ou handicapé. Je pouvais aller dans une école publique, gratuite et laïque, et d’ailleurs j’y étais en ce moment.
Trois abrutis m’avaient attrapés et traîné du côté des râteliers dans le seul but de s’amuser. Jusque là ça allait bien. Ils m’avaient collé seulement trois coups de poing et je n’étais pas à terre. Par contre, mes lunettes étaient en morceaux (c’est la quatrième fois ce mois-ci). Je ne craignais pas tellement les coups en eux-mêmes. Je les appréciais pas, certes. Mais l’anticipation de la douleur et la peur qui en résultent sont beaucoup plus destructrices.
« _ T’as compris ? La prochaine fois on te pète les dents.
Les menaces ne sont terrifiantes que lorsqu’elles sont plausibles. Hors, il m’apparaissait clairement improbable que ces jeunes tentent de me blesser gravement, ça leur aurait causé beaucoup trop de problèmes.
_ Ouais ! Grosse tâche ! T’avises pas de l’ouvrir encore une fois en cours !
_ Grosse daube ! Avec tes résultats tu ferais mieux de te la fermer ! Pas la peine de t’enfoncer devant tout le monde.
Ah ! C’était donc pour ça qu’ils voulaient me casser la figure. Ces trois élèves n’appréciaient pas que je pose des questions pendant le cours de mathématiques. Le fait que je sois encore en cinquième à treize ans leur laissait supposer que je ne m’intéressais pas aux études.
_ Ouais ! Si tu l’ouvres encore une fois on te jette dans une poubelle et on fait des confettis avec tes cahiers, OK ! Pf ! »
Et il conclut son discours avec un crachat.
Quelques minutes après dans le bus
Il y a une chose que je ne parvenais pas à comprendre. Pourquoi les coups physiques ne sont-ils pas les plus terribles ?
Les coups de poing (ou pied, ou tête) faisaient mal sur le moment mais ensuite on les oubliait facilement. A la limite ils pouvaient laisser quelques bleus mais dans l’ensemble ça ne laissait pas de séquelles (sauf les dents cassées).
Mais là, dans le bus j’avais vraiment mal. Ce n’étaient plus les coups qui me faisaient souffrir. Non, c’étaient les regards qui telles des lances me transperçaient. Dans les yeux des jeunes passagers je ne lisais que de la haine ou du mépris, jamais la moindre trace de compassion. J’avais beau me persuader que le regard est une chose immatérielle, je ne comprenais pas pourquoi j’éprouvais cette sensation de brûlure. C’était comme si les passagers me lançaient des lasers destinés à m’achever. Tous me regardaient comme une bête blessée.
Certains se moquaient ouvertement de moi.
« _ Alors Sylvain ? Par qui tu t’es fait défoncer cette fois ? Par un groupe de maternelles ? »
Entendre les insultes et les moqueries faisait beaucoup plus mal que tous les coups. Entendre tout le monde rire de ma défaite (défaite prévisible étant donné mon gabarit et celui de mes adversaires) était affreux. Ils me donnaient presque l’impression que j’étais en tort. J’aurais dû écraser les autres pour sortir victorieux.
Mais je savais pertinemment que c’était inutile. Si j’avais, par miracle, réussi à me débarrasser de mes trois opposants, leurs copains seraient immédiatement venus à leur secours. Alors que moi, tout le monde s’en fichait.
Ce qui était encore plus douloureux que d’entendre les gens se moquer de vous et de les voir vous jeter des regards méprisants était certainement le fait que ça continue.
Ca continuait, ça continuait. Il m’arrivait la même chose une fois par semaine et à chaque fois ça les faisait marrer. Et tout le monde en discutait d’un bout à l’autre du trajet. Et on venait sans cesse me rappeler ma dernière défaite (quand ce n’était pas ma dernière mauvaise note ou le dernier râteau pris avec une fille).
Mais je gardais toujours une mince lueur d’espoir. Je me disais qu’il me restait encore mon chez-moi où je serai tranquille et où je pourrais travailler tranquillement.
Une heure plus tard à la maison
J’habitais dans un appartement miteux au troisième étage d’un immeuble tout aussi miteux. Je grimpais rapidement les escaliers pour atteindre mon logement. Il était six heures et je découvris comme tous les jours ma mère qui était rentrée du travail. Elle remarqua immédiatement mon état (il faut dire que le contraire aurait été étonnant).
« _ Mon Dieu ! Sylvain ! Qu’est-ce que tu as encore fait ? Et tes lunettes ? Où sont tes lunettes ?
_ Elles sont cassées …
_ Quoi ? hurla-t-elle.
Tu les as encore cassées ! C’est la cinquième fois ce mois-ci !!!
_ Quatrième, répliquais-je mentalement car je n’avais pas l’intention de lui tenir tête quand elle se mettait à hurler.
_ T’es vraiment un abruti ! Tu penses pas à l’argent que ça nous coûte !!! Non ! Evidemment ! T’es qu’un égoïste qui s’amuse sans penser à ses parents qui se crèvent la peau pour t’élever ! Tu ferais mieux de travailler au lieu de faire des bêtises ! Mais qu’est-ce que t’as dans la tête mon pauvre gamin ? Hein ! T’as le diable dans le corps ma parole !
J’attendais patiemment qu’elle ait fini sa tirade en faisant semblant de l’écouter.
_ C’est pas de ma faute ! C’est des élèves qui m’ont agressé et qui m’ont cassé mes …
_ Tais-toi ! Sale menteur ! Tu inventes toujours des histoires ! Tu pourrais pas arrêter de mentir !
_ Mais c’est la vérité !
_ Arrête ! Hurla-t-elle (j’appris par la suite que tout l’immeuble était au courant du savon qu’elle m’avait passé).
Si tu avais des amis convenables ce genre de chose n’arriverait pas.
_ J’ai pas d’amis dans cette école pourrie, si on avait pas déménagé …
_ T’as pas d’amis ! N’importe quoi ! Si tu te comportais comme un garçon normal tu en aurais des amis ! Mais t’es tellement idiot, tellement méchant, tellement stupide, tellement paresseux que tu ne vaux rien !!!
Écœuré je filai dans ma chambre.
Plus tard, dans la chambre
Au début je pleurais. Mais comme tout le monde se foutait de moi j’ai arrêté. Même à la maison je ne pleurais plus. A croire que mon cœur s’était définitivement asséché.
A la place des larmes je ne sentais plus que des flammes. Oui, dans mon cœur résidait un immense brasier. Toute ma colère, ma rancœur, ma haine s’y concentraient. Mais j’essayais toujours de concentrer cette énergie dans quelque chose de constructif. J’essayais donc de faire mes devoirs avec ardeur. Mais je m’arrêtais rapidement car je n’arrivais pas à me concentrer.
Je sentais encore mes blessures. Tous ces regards, toutes ces paroles, tous ces rires moqueurs. C’était comme si je devais les subir une nouvelle fois, comme si j’étais condamné à les revivre éternellement.
Passionné de mythologie, je m’étais amusé à dessiner tous les lieux de légende et en particulier l’Hadès. Le monde des morts. Ceux qui avaient commis des crimes affreux étaient enfermés dans le Tartare pour y subir d’horribles tortures. Mais toutes ces malédictions divines me semblaient bien pâles comparées à ma vie. Si on avait voulu inventer la torture ultime, ce serait d’obliger un humain à se repasser ses souvenirs douloureux en boucle pendant l’éternité.
Donc, soit les conteurs avaient peu d’imagination, soit Hadès était quelqu’un d’indulgent.
Mais ce n’était qu’un mythe. Et ça le resterait. J’avais toujours pensé qu’on pouvait fuir la réalité en lisant. Quand on part à l’époque des héros et des monstres tout semble plus simple. Il y a le gentil et les méchants, et il les détruit tous.
A chaque fois c’est la même chose. Un héros doit accomplir des taches extraordinaires ou une fantastique épopée. Pour cela il dispose d’une force herculéenne, d’une ruse malicieuse, d’objets magiques et de la bénédiction des dieux. Ils finissent toujours par triompher et tout le monde les aime.
Malheureusement la réalité est tout autre. Les gentils se font piétiner allègrement par les méchants. Le héros, moi en l’occurrence, n’a aucune force, aucune ruse, aucun objet magique et aucun soutien.
Ma vie n’était qu’une éternelle souffrance. Mais peut-être l’avais-je mérité au fond ? J’étais nul dans tous les domaines et j’étais très loin d’être un héros. Il était logique que personne ne m’aime. Dans notre société les seuls qui étaient appréciés avaient des qualités : de la force, de l’intelligence, de la beauté, de l’argent …
Mais moi je n’avais rien de tout cela. Pour tout le monde je ne représentais qu’une ombre, une élément inutile, un boulet. La société, ma famille, les professeurs, les élèves ne me considéraient même pas comme un être humain.
J’essayais de me convaincre que pour Dieu j’avais de l’importance. Mais je ne l’avais jamais vu et je doutais fortement de son existence. S’il existait vraiment comment pourrait-il accepter qu’un de ses fidèles souffre autant.
J’étais désespéré.
Avec tes résultats tu ferais mieux de te la fermer !
Pas la peine de t’enfoncer devant tout le monde.
Alors Sylvain ? Par qui tu t’es fait défoncer
cette fois ? Par un groupe de maternelle ?
Mais t’es tellement idiot, tellement méchant,
tellement stupide, tellement paresseux que tu ne vaux rien !!!
Ah ! Ca recommençait ! Tous mes mauvais souvenirs revenaient encore me tourmenter. Ca ne finirait donc jamais ?
Ca dépend de toi ?
La voix !
Je venais d’entendre « la voix », j’en étais sûr.
Oui, c’est moi ! Je t’ai manqué ?
Pas le moins du monde !
Cette pourriture essayait sans cesse de me pousser à la faute. Elle me disait de sécher l’école, de taper les autres, de me venger, de voler …
Oui, oui c’est moi. Tu m’as bien reconnu.
C’est bien !
Maintenant tu dégages, comme tu vois j’ai des devoirs à faire et je compte les faire.
Oh ? Vraiment ?
Alors dis-moi pourquoi tu étais en train de penser à ta nullité extrême ?
Ca te regarde pas. Je suis pas nul comme tu dis. C’est seulement les autres qui le pensent.
Ah
ouais ?
T’es sûr mon coco? T’es pas un gros nul toi ?
Alors dis-moi « superman » ! Pourquoi t’as pas d’amis ?
Pourquoi t’es toujours le dernier en sport ? Pourquoi t’es encore en
cinquième à ton âge ? Pourquoi les filles te fuient ? Pourquoi tout
le monde te déteste ?
Heu ?
Parce que je suis meilleur qu’eux et qu’ils sont jaloux ?
HA !HA !HA !
Mais, mon pauvre garçon ! Qui veux-tu tromper ?
T’es une bouse de vache ! Qui pourrait être jaloux de toi ?
Tout le monde.
J’ai plein de qualités malgré tes commentaires.
Ah Ouais ?
Vas-y énumère ! Je suis curieux de voir ça !
Je suis ... travailleur ... pacifique ...
HA !HA !HA !
Mais mon pauvre mec ! C’est pas des qualités ça !
Au contraire, ça me conforte dans l’idée que t’es un moins-que-rien !
Comment ?
T’es un idiot !
Si t’étais malin, tu saurais qu’on peut s’en
sortir sans travailler. Et tu saurais que ce ne sont pas les gentils qui gagnent
mais bien les méchants.
Arrête de dire n’importe quoi ! Je ne serai jamais un « méchant » …
Ah ouais ?
C’est pourtant ce que pensent beaucoup de gens. Tes
parents pensent que t’es un paresseux, tes profs pensent que tu as cassé le
projecteur, les élèves croient que c’est toi qui a chouré toutes les
calculatrices pendant le cours de sport.
C’est n’importe quoi ! Je suis innocent !
Je sais. Mais tout le monde pense le contraire. Alors si tu acceptais de rejoindre le camp du mal ça ne ferait aucune différence.
Ca en fera une pour moi !
J’ai déjà pensé à cette hypothèse. Et je sais que c’est un mauvais choix.
Vraiment ?
Qu’as-tu appris ?
Le mal n’accorde rien. Il ne fait que détruire de l’intérieur.
Ah ouais ?
Et quand t’arrives plus à chialer, tu crois que
t’es intact à l’intérieur ? Tu sais ce que c’est ton problème ?
Je veux pas le savoir.
C’est que tu voudrais le pouvoir !
Tu refuses de t’engager dans la voie du mal mais si on
te proposait des pouvoirs en échange tu accepterais.
C’est faux.
Arrête de me mentir. Je peux lire dans ton âme. Et je sais que j’ai raison. Tu veux le pouvoir.
C’est vrai. Au fond de moi j’ai toujours voulu détenir le pouvoir afin d’être capable de me défendre seul, voire de me venger. Mais comment faisait-elle ? Comment la voix pouvait-elle être au courant de la moindre de mes pensées ?
QUI ?
Qui es-tu exactement ?
Ton ami évidemment !
Celui qui est venu dans le seul but de t’aider.
Et comment ?
Je pourrais t’apprendre à utiliser tes pouvoirs.
Mes pouvoirs ?
Quels pouvoirs ?
J’ai jamais eu de pouvoir, si j’en avais ça se saurait !
Je ne vais pas tout te révéler aujourd’hui !
Je vais te laisser méditer sur mon offre. Si tu rejoins
le camp du mal tu auras de super pouvoirs. En attendant, tu peux continuer de
souffrir.
Non !En fait, tu peux rester un gros nul toute ta
vie si tu veux. Salut !
Disparue !
Aussi soudainement qu’elle était apparue la « voix » s’était volatilisée. Je me retrouvais seul dans ma chambre avec mon chagrin et un nouveau problème à traiter.
Devais-je accepter de m’engager dans la voie du mal ?
Si j’étais un individu ordinaire je dirai non immédiatement mais ma situation délicate me poussait à la réflexion. En effet, je ne voulais plus continuer à vivre de la sorte. J’avais peut-être refusé cette proposition un peu trop rapidement.
Je ne sais pas pourquoi, mais une autre « voix » intérieure me soufflait que la « mauvaise voix » était en réalité un ange déchu qui essayait de s’emparer de mon âme.
Mais je ne croyais plus en Dieu depuis longtemps. Aussi je ne craignais pas les anges. Et de ce fait l’âme n’avait aucune valeur. Après tout, qu’est-ce que ça pouvait faire que je choisisse la camp du mal si ça me permettait d’accéder au bonheur ? Il est vrai que tout le monde me hait, alors quelle différence cela fera-t-il ?
Quand le chemin vers le bonheur est le mal il faut l’emprunter.
Il a raison « l’autre ». Je suis un gros nul. J’ai toujours été un gros nul. Personne ne me respecte, personne ne m’admire, personne ne m’aime. Est-ce que je peux tolérer cette situation ? Est-ce que je pourrais tolérer toute ma vie de rester dans cette position ? Alors que je pourrais avoir le pouvoir. Alors que je pourrais devenir quelqu’un !
Ne plus être celui qu’on bouscule dans les couloirs et qu’on engueule pour se défouler. Non ! Je serai alors celui qu’on évite dans la rue, celui à qui on ose pas adresser la parole.
Il avait raison !
La seule chose qui importe dans ce monde, c’est le pouvoir. Et pour obtenir ce pouvoir peu importe la prix. Je serai prêt à vendre mon âme au diable si je pouvais devenir un dieu vivant.
Ca peut se faire !
Quoi !
Ce salaud avait écouté toute ma « conversation » avec moi-même ! Quel culot ! Oh ! Il peut aller se faire voir pour que je lui accorde quelque chose maintenant.
Non !
Je te propose le pouvoir gratuitement.
Quoi ?
Gratuitement ?
Oui, gratuitement.
C’est pas possible ! Il y a un piège. Personne n’offre quelque chose gratuitement.
C’est vrai. Tu pourras faire quelque chose pour me
rembourser.
Quoi donc ?
Tu peux compter sur moi !!!
Mais quel est donc ce pouvoir dont tu parles ?
Que veux-tu m’offrir ?
Tu vas extrêmement content. Je t’offre la chance de devenir un dieu vivant.
C’est vrai ?
Mais comment ? C’est impossible ! Tu te fous de moi !
Pas du tout.
Dis-moi Sylvain, sais-tu qui est ton père ?
Bien sûr ! Je le vois tous les jours …
Non ! Je parle de ton véritable père biologique.
Hein ? Mais de quoi tu parles ?
Tu es le fils de Zeus !
Je restais un instant abasourdi par cette révélation. La première pensée qui me vint à l’esprit fut que « l’autre » se foutait royalement de ma gueule. En aucun cas je ne pouvais être le fils d’un dieu. D’abord parce que les dieux grecs n’existaient pas et ensuite parce que j’étais un gros nul, loin d’être un demi-dieu comme Hercule.
Puis tous mes souvenirs de la mythologie se mirent à affluer dans mon esprit. Zeus était un séducteur chevronné et il faisait des enfants à toutes les femmes qu’il rencontrait un peu partout sur la planète. A la limite, on aurait pu croire cette explication dans l’Antiquité mais à notre époque …
C’est bien ce que je pensais. Tu te fous de ma gueule !
Pas du tout !
Je t’assure que tu es le fils de Zeus.
Arrête tes mythos !
On est pas en Grèce ici mon pote ! Ici on est en France, dans une banlieue pourrie.
Et alors ?
Dois-je te rappeler que les dieux sont immortels. Ils
ont survécu jusqu’à nos jours.
Mais bien sûr, pourquoi ne les voit-on pas alors ?
Bon ! T’as fini de poser des questions !
Je suis là pour t’apprendre à maîtriser tes pouvoirs divins pas pour faire la causette.
Je suis plus très sûr …
Est-ce que t’as le choix ?
La réponse m’apparut avec une déconcertante lucidité.
NON
Très bien.
Ecoute-moi bien.
Tu dois maintenant t’éveiller au Big Will.
Le Big Deal ? Pourquoi faire? C’est quoi?
Silence !
Le Big Will est une puissante entité qui domine l’univers. C’est omniprésent et omnipotent. Les dieux, sont les personnes qui ont le pouvoir de manipuler l’univers à travers le Big Will.
Ah ouais !
Comme dans « l’empire contre-attaque » ? Il faut que je laisse …
La ferme !
Je t’explique que tu dois apprendre à utiliser ton
Big Will pour dominer l’univers.
Et c’est dur ?
Ca dépend. Avec ta colère et ta détermination, je pense qu’on arrivera rapidement à faire de toi un vrai dieu.
Et qu’est-ce que je pourrais faire ensuite ? Avec mes pouvoirs divins ?
Des tas de choses !
Tu vas acquérir une intuition hors du commun. Tu vas recevoir un cosmos surpuissant qui te permettra de courir à la vitesse de la lumière. Tu deviendras immortel. Tu auras le total contrôle sur un élément. Tu pourras utiliser le pouvoir de métamorphose puisque tu es le fils de Zeus. Et bien sûr, tu obtiendras de nouvelles capacités que tu n’aurais jamais imaginé même dans tes rêves les plus fous.
Bien. Alors ne perds pas une seule seconde. Passe tout ton temps à m’instruire, ne perds pas une seconde !
D’accord.
Pour commencer, essaye d’exercer ta volonté sur …
Deux semaines plus tard
Dans le collège
J’entrai dans la classe d’un pas déterminé. Tous les regards convergèrent dans ma direction et je sentis les lances qui commençaient à me transpercer. Mais la douleur céda rapidement la place à la haine. Le professeur commença à m’agresser verbalement.
« _ Qu’est-ce que tu fais ? T’as plus d’une demie-heure de retard ! Et en plus tu sèches les cours depuis deux semaines ! J’espère que tu as un mot.
J’embrassai la salle du regard et pour la première fois depuis trois ans j’esquissai un sourire.
Tous les élèves me jetaient un regard haineux ou méprisant comme à l’habitude. L’un d’eux me fit signe qu’il allait me taper à la sortie. Un autre me fit un bras d’honneur, ce qui eut pour effet de faire rire ses copains. Le prof continuait de m’engueuler.
Bizarre.
En temps normal, j’aurais été effondré dans une situation pareille. Mais aujourd’hui c’était différent. Je dissimulais mal ma jubilation. Et tout le monde crut que je me moquais d’eux. Mais je m’en foutais, pour la première fois de ma vie, j’avais l’impression d’être heureux.
J’étais devenu omnipotent. Grâce à mon ami invisible, j’avais appris à maîtriser le Big Will. Je ne savais pas encore quel était mon élément mais j’aurais bien le temps de le découvrir. Pour l’instant j’avais hérité des premiers pouvoirs inhérents à un dieu. C’était déjà génial et je voulais à tous prix les tester.
_ Bon alors tu vas répondre petit insolent !
Le prof de sciences naturelles.
Je n’avais jamais pu supporter ce type. Il s’imaginait toujours être un génie et traitait ses élèves comme les bêtes qu’il disséquait. Cet homme m’écœurait. Mais je ne tenais pas à le tuer, ça aurait été bien trop gentil.
Il ne s’était jamais demandé ce qu’il se passait quand il me rendait une copie avec une mauvaise note. Non, il s’en fichait. Tout ce qui lui importait c’était d’être au-dessus de la masse. Mais aujourd’hui il allait se retrouver en bas de l’échelle, tout en bas.
Je levais ma main droite, paume ouverte, vers lui.
_ Vous vous êtes toujours considéré comme supérieur, n’est-ce pas ?
_ Quoi ? CLAC !
Il m’administra une violente claque mais je ne la sentis même pas.
_ Mais vous ne valez pas mieux que les animaux que vous étudiez et que vous considérez comme des êtres inférieurs.
Je laissais la Big Will affluer dans mon corps et dans ma main et je me concentrais mentalement sur une image.
« METAMORPHOSE EN GRENOUILLE »
Le prof se changea instantanément en un petit batracien inoffensif. A la place du grand humain, il ne restait qu’une minuscule créature verte mesurant à peine quelques centimètres. La minuscule bestiole regardait tout autour d’elle avec un air paniqué. Je ne savais pas si c’était l’esprit humain ou l’animal qui était terrifié mais honnêtement, j’en avais rien à faire. Si on la laissait là, un laborantin viendrait la capturer et si elle fuyait elle se ferait bouffer par une autre bête.
Cet imbécile de prof était condamné à avoir peur pour le restant de ses jours.
Toute la classe resta bouche bée pendant un instant. Le silence régnait. On entendait pas une mouche voler (et pour cause, la grenouille venait d’avaler la dernière). Puis tous les regards convergèrent vers moi.
Mais cette fois-ci leur attitude était totalement différente. Au lieu de la haine et du mépris je ne lisais que la peur et l’horreur, une terreur absolue. Je les voyais tous qui tremblaient.
Ils avaient peur.
Peur de ce pouvoir. Peur de l’inconnu. Peur de devoir subir des représailles pour tout ce qu’ils m’avaient fait endurer. Mais c’était trop tard pour y penser, songeai-je avec un sourire terrifiant.
Les plus vifs et les plus rapides tentèrent de s’enfuir mais … ils ne savaient pas que je pouvais me déplacer à dix fois la vitesse du son.
_ C’est inutile ! Toute cette ville et tous ses habitants vont disparaître ! Personne ne m’échappera. »
Deux jours plus tard, à Clermont-ferrand
Un autre garçon de treize ans, destiné à devenir un jour chevalier, regardait la télévision. Il sentait que son destin était lié à un événement de la journée. D’abord parce qu’on ne parlait que de ça à la télé et ensuite parce qu’il voyait là l’occasion de passer pour un héros. Mais le présentateur, terrifié, ne semblait pas être du même avis que l’enfant.
« _ Oui terrible ! La police n’a toujours aucune piste précise. Mais certains inspecteurs ont laissé sous-entendre qu’il s’agissait d’un groupe terroriste qu’ils traquent depuis des mois. En tous cas l’horreur est ici indéfinissable. C’est quatre mille personnes qui sont portées disparues dans la région. Une ville et un village ont été dévastés. On retrouve des cadavres toutes les minutes. Vous pouvez imaginer la douleur des familles qui attendent en vain de savoir qui sont les survivants car pour l’instant il n’y en a aucun. »
FIN
Notes de l'auteur:
Je sais que cette histoire courte n'a aucun rapport direct avec mes autres fics. Mais en plus de présenter une nouvelle divinité du 20ème siècle (ben ouais, l'Antiquité a pas le monopole) cette nouvelle a la double utilité de nous montrer un ange noir en action (si vous l'avez reconnu) ainsi que de nous faire découvrir le grand ennemi de Phakt.
Cette fiction est copyright Laurent Pendarias