Chapitre 11 : Malédiction : la fin ?

 

 

 

Ses yeux verts venaient de quitter la voûte du ciel étoilé qui, à présent, étendait sa domination sur tout mon être, me faisant prendre conscience que nous n’étions réellement que des jouets entre les mains des dieux…

J’entends encore son rire de vieille folle marteler mes tempes, m’insufflant ce terrible mal de tête qui atrocement m’étreignait, enserrant ma tête comme dans un étau resserrant son emprise de minute en minute. Décidément, quelque chose ne tournait pas rond, et il ne tenait qu’à moi de découvrir quoi. Chacun de mes pas me faisait ressentir le bruit de mon cœur, ce sang me montant au cerveau, frappant mes veines de toutes ses forces. Par Athéna ! J’avais beau avoir connu d’atroces souffrances lors de nos affrontements passés, jamais douleur n’avait été aussi perfide. Et puis ce lieu, cette odeur insoutenable, des écuries disséminées ça et là. Quelle était  donc cette terrible aura que je sentais planer sur moi ?

Avançant quasiment au hasard, ne pouvant ne serait-ce qu’imaginer un quelconque sentier se dessiner sous mes pas, j’entrepris de gagner l’écurie la plus proche pour pouvoir m’y reposer au moins un instant, me rappelant obsessionnellement que ma mission était… Mais justement, quelle était-elle ?

 

« Chevalier des glaces, tu n’es pas sans ignorer que dans la chevalerie, vous êtes soumis aux mêmes règles que dans la nature, votre être est dominé par une puissance supérieure : votre cosmos, votre constellation en quelque sorte. Un Chevalier est un être qui s’harmonise avec sa constellation, enfin… dans un premier temps. En chaque être se dessine un semblant de cosmos, en chaque pierre, chaque brindille, chaque goutte d’eau. Savais-tu seulement que tout comme la nature impose ses lois et se délimite d’elle-même en divers domaines, vous êtes prompts à obéir aux lois élémentaires ? En effet, chaque être est dominé par un principe naturel, et tu devras apprendre que tu es dominé par un élément naturel toi aussi, tout comme la constellation qui t’influence. Oh bien sûr, il est très facile de penser que le givre est ton élément, mais sache que dans la nature les choses ne sont pas aussi simples ou peut-être si, mais trop… Trouve la véritable force qui se cache en toi, découvre enfin le fruit mûri de tes combats, de tes douleurs, et de tes remords passés parfois si présents. Ouvre-toi à la vraie nature de ta constellation, éveille-toi ô majestueux cygne ! Prends enfin ton envol, oiseau immaculé dont la blancheur, la puissance et la grâce font une vivante épiphanie de la lumière. Sache Hyoga que ton épreuve est toute particulière, bien différente de celle de tes frères. Le cygne autrefois était consacré à Apollon, dieu de la Lumière et des Arts. Il décida un jour, pour d’obscures raisons à jamais perdues dans la mémoire des temps mythologiques, de servir ta déité. Ainsi, offrant son image et son pouvoir à Athéna, il renonça à sa valeur primaire, perdant dès lors ce qu’il avait de plus cher, une partie de lui, un morceau de son être. Depuis ce jour, chaque être voyant son destin influencé par tes étoiles se voit dans l’incapacité de se conserver intact, perdant inéluctablement ce qui lui est le plus cher… Rhéa dans sa grande bonté t’accorde une épreuve qui, à jamais, libérera le Cygne : une épreuve qui soit libérera ton cosmos de ses remords éternels, te délivrant ainsi de tous ces crimes que tu ne t’es jamais entièrement pardonnés, soit te plongera dans d’éternels tourments qui te poursuivront, ainsi qu’ils l’ont fait pour tes prédécesseurs, jusqu’à la fin des temps. Par tes actes tu libéreras le Cygne ! Ou alors tu scelleras une bonne fois pour toutes le destin de Cygnus, un destin sans rémission aucune, sans espoir ni échappatoire… Et n’oublie pas : brûle ton cosmos, parviens à régner sur la nature et domine l’être que tu es. Le cosmos n’est pas seulement force, il faut aussi parfois créer la vie et non la détruire… »

 

Cet homme face à moi… Il portait une armure semblable à une l’écorce qui, semblable à un tronc, l’entourait de teintes violacées, ocres et  vert-pâles… Jamais je n’avais vu protection si étrange, pas même une armure d’or n’avait su autant me troubler : on eut dit qu’elle était taillée directement dans le cœur d’un chêne millénaire. Cela devait être un des guerriers protecteurs de Déméter… Je ne voyais qu’un Secter capable de porter une armure d’écorce… Au-delà de cette cuirasse, ce cosmos si puissant, si serein, mélangeant compassion et force brute, me faisait penser à une douce alchimie entre Shun et Ikki.

Me fixant de ses yeux de jais encadrés par une chevelure émeraude analogue à celle de mon mentor Camus, je crus le voir verser une larme sur ce qu’il devait trouver être le tragique destin du Cygne. Je n’aimais pas la pitié, je savais être fort…

 

Sur ces dernières pensées je tombai droit sur une botte de foin. Ce fut comme si un éclat de sang avait jailli de l’une de mes veines temporales. Une douleur atroce m’emporta dans les limbes de l’inconscience, me rapportant sans cesse les paroles que quelques instant auparavant j’avais pu percevoir.

 

Le Cygne est maudit… Le Cygne est maudit…


*
* *

 

Je me réveillais alors dans ce même endroit, celui même où j’avais rencontré cet étrange personnage. Non décidément, j’avais dû rêver… Essuyant  le foin éparpillé aux quatre coins de ma chevelure, j’entrepris de sortir de mon abri de fortune, la tête visiblement plus légère.

Ainsi le jour s’était levé. A présent je pouvais apercevoir plus clairement ce qu’il m’était impossible de voir auparavant : une immense plaine s’étendait devant mes yeux, tout entièrement recouverte d’ignobles charognes animales, dégageant une odeur pestilentielle et ayant un aspect incroyablement macabre… J’avais l’impression d’être retourné dans le royaume d’Hadès…

 

Me retournant, j’aperçus un homme qui semblait rongé par la douleur, à en voir ses traits tirés et ses yeux rougis.

 

- Oui,  moi Augias, fils d’Hélios, Roi d’Elis, suis à présent réduit à n’être rien de plus qu’un quelconque homme ! Les défenseurs de mes troupeaux sont devenus incontrôlables et à présent ils tuent même mes fidèles sujets..

- Ainsi vous seriez donc le vil Augias, celui qui, dans les légendes les plus anciennes, fit  preuve de mauvaise foi envers Hercule, réclamant, malgré sa victoire sur vous, une annulation de l’épreuve. Allez-vous-en ! J’ai rencontré beaucoup de fourbes dans ma vie, mais la plupart avaient au moins un idéal à défendre. Je ne vois pas ce qu’un homme de votre envergure pourrait avoir à m’apprendre. Rhéa !!!!! Pourquoi m’avoir emmené en ces lieux maudits ?

- Ainsi c’est elle qui t’a emmené ici ? Soit, tu devras alors t’acquitter de ta tâche, guerrier.

- Et laquelle ? Pourquoi devrais-je vous obéir, vous qui dans les plus anciens récits êtes dépeint comme un être abject !

- À ta protection je vois que tu es un Chevalier d’Athéna, de par ce fait tu te dois d’apporter aide aux innocents. Or, même si j’ai derrière moi beaucoup d’actions discutables au regard de tes idéaux, je ne te demande rien pour moi : je veux juste que tu sauves tous mes vassaux.

- Ainsi même un roi peut se repentir ?

 

Une larme coula le long de sa joue, maculant d’un éclat argenté sa peau ridée par le temps. La sincérité se lisait dans son regard : devais-je le croire ? Après tout Kanon avait bien changé, lui aussi, par le passé…

 

- J’accepte, mais pas pour vous, pour eux !

- Soit, mais prends garde Chevalier… Les douze protecteurs de mes bêtes sont de redoutables combattants. Pendant des siècles ils gardèrent mes pâturages, empêchant leur accès aux voleurs de bétails, aux loups et autres menaces… Douze gardiens pour mes taureaux, ces mêmes taureaux qu’ils ont depuis exécutés et dont les cadavres souillent les collines sacrées de mon royaume. Douze êtres infâmes qui désormais profitent de leur force pour piller, brutaliser et massacrer sans pitié aucune le peuple d’Elis !

 

Une voix éclata, interrompant le vieux roi :

 

- Ainsi tu aurais trouvé quelqu’un pour défendre tes intérêts, Père ? Hahahahaha ! Tu sais très bien que personne ne peut nous barrer le chemin, nous sommes invincibles !

- Phylée ! Mon fils, pourquoi donc réduire à néant tout ce que j’ai mis si longtemps à bâtir ?

- L’éternité en ces lieux ne m’apporte plus réconfort. Il est temps à présent que je règne en maître ici. Et seule la force mène au pouvoir, la force et la trahison ! Tu le sais très bien Père, toi qui m’as jadis banni alors que je n’avais rien fait d’autre que clamer la vérité.

 

Ses poings se crispèrent alors. Dès lors il dévora des yeux son père et, d’un ton accusateur, dit :

 

- Ne sois plus surpris de rien ! Après tout, j’ai de qui tenir.

 

Ainsi cet éphèbe portant une cuirasse d’un rouge vif éclatant était le fils d’Augias ! Je n’en croyais pas mes yeux. Lui qu’on dépeignait comme le défenseur des droits d’Hercule face à son père était devenu un traître à sa cause, un ignoble meurtrier !

 

- Meurtrier ! Comment est-il possible d’oser se retourner contre son père, son peuple, son royaume tout entier ! m’écriais-je.

- Qui es-tu pour venir ainsi sur mes terres et me juger ainsi ?

- Hyoga, Chevalier du Cygne au service d’Athéna, garante de l’Humanité.

- Ahahahaha ! L’Humanité ? Existe-t-elle encore seulement ? Corrompue ! Voilà ce qu’elle est.

- Ce sont les hommes comme toi qui lui confèrent si sombre caractère !

- Suffit ! Je suis le Roi en ces lieux. Tu me dois respect et obéissance.

- Je ne dois obéissance qu’à ma déesse.

- Alors meurs !

 

Subséquemment, il adopta la même position que celle qui était mienne lorsque j’exécutais ma poussière de diamant. Dès lors, une sorte de disque d’énergie pure apparut entre ses mains jointes en coupe devant lui.

 

- Ton insolence te reviendra chère… et tu la paieras au prix de ta vie ! Wheel of Sentence ! 

 

Son attaque arriva à la vitesse de la lumière sans même que je puisse me mouvoir. C’est là que je vis… Du sang maculait ma blanche protection. Augias venait de me protéger de son corps. Il avait dû, par le passé, être un combattant émérite pour avoir réussi à se mettre devant moi malgré la vitesse de cette prodigieuse offensive !

 

- Pourquoi avoir fait ça Augias ?

- Je suis vieux et faible à présent… Je devais vous sauver car désormais c’est de vous dont dépend l’avenir de mon pays. Ma vie a déjà été brisée, mes biens ont été détruits et mon fils aîné me hait, il ne me reste rien. Dikè s’est finalement prononcée pour ce qui est de mon sort, bien mérité je l’avoue… Toi, porteur d’une armure sacrée, donne au moins à mon pays ce que jamais je n’ai pu lui apporter : le bonheur…

- Je vous le promets Augias.

 

Sur ces mots il ferma ses yeux pour la dernière fois, un sourire paisible se dessinant sur son visage, un visage qui n’exprimait plus à présent douleur, mais délivrance… Je me retournai alors vers Phylée, prêt à combattre à nouveau. Son regard me semblait perdu dans le vide. Etait-il possible que la mort de son père l’ait affecté ?

 

Soudain il me tourna le dos, faisant de sa main gauche un signe que je pris pour un geste au revoir. Instantanément, douze guerriers, dont chacun portait sur son dos une protection de cuir blanc argenté, vinrent se placer entre lui et moi, lui permettant ainsi une retraite aisée et me barrant le passage. Quelle bande de lâches ! Les douze se mirent à courir en ma direction. J’esquivai sans mal l’uppercut du premier quand un second essaya de m’administrer un violent coup de genou au ventre. Glissant sur le côté, je fus touché de plein fouet par un puissant coup de pied sur le flanc qui m’envoya à une dizaine de mètres au moins. Comment allais-je bien pouvoir lutter face à douze combattants réunis ayant au moins chacun la force d’un Chevalier d’argent ? Même si mes frères et moi avions jadis atteints le neuvième sens, cela n’avait été que durant un bref instant, et l’état de trouble dans lequel je me trouvais ne me permettait même pas de maîtriser mon septième sens parfaitement…

 

- Tu payeras l’affront que tu as commis en te rangeant du côté de ce vieux sénile ! 

 

C’est alors que les douze hommes se mirent à genoux, mains tendues vers le ciel, comme attendant un don venant des dieux. Seulement ce qu’ils me réservaient n’était pas un cadeau des plus agréables. Flottant au-dessus d’eux, une orbe, fruit de l’union de leurs énergies, gonflait à vue d’œil. J’étais perdu…

 

- Ultimate Bull Charge ! 

 

La sphère commençait à descendre sur moi et à m’écraser de tout son poids ! Même en brûlant mon cosmos pour repousser cette charge titanesque, je n’arrivais à m’en défaire. Était-ce la fin ? Sombrant dans l’inconscience, je me rappelai les nombreuses batailles passées, notamment mon premier véritable combat, face à mon maître Cristal, puis face à Camus, enfin face à Isaak. Avais-je gâché ma vie, leurs vies, pour mourir ainsi, n’ayant pas la force d’accomplir mon destin ? Tous ces mois passés à m’entraîner, encore et encore, même après avoir vaincu Hadès avec mes frères, avec Athéna. Même après ce combat qui aurait dû être le dernier, nous avons continué à essayer de nous améliorer, nous entraînant ensemble pour la première fois… Je ne devais pas les décevoir, tous autant qu’ils étaient, ceux qui m’avaient construit, qui m’avaient tant appris, qui m’avaient fait croire à nouveau en la vie…

 

J’ouvris brusquement les yeux et me mis à créer un courant gelé dans mes mains, essayant tant bien que mal de soutenir la sphère d’énergie pure qui s’abattait sur moi. Je sentais cette soudaine montée de force en moi, faisant jaillir le cosmos du plus profond de mon être, brûlant, brûlant à l’infini, créant une vague d’air glacial entrant en contact avec la sphère. Soudain elle se mit à perdre de son éclat de saphir pour devenir aussi blanche que la protection des guerriers qui m’entouraient. Le givre progressait tout autour de la sphère, commençant à sa base pour remonter lentement jusqu’à recouvrir complètement cette arme destructrice qui à tout moment menaçait de me broyer le corps…

 

- Athénaaaaaaaaaaaaa !!! 

 

Je basculai en arrière juste assez pour pouvoir me retourner et fendre cette boule meurtrière de mon pied. Une fissure se forma dans la sphère, suivie par d’autres. Puis ce fut une explosion qui nous projeta tous à plusieurs mètres de distance. Cet arcane égalait largement en puissance une attaque de Chevalier d’or ! Un cratère s’était formé à égale distance entre moi et mes ennemis, vestige magistral de ce que la force conjuguée de douze êtres avait pu accomplir.

 

A peine eus-je le temps de me relever qu’ils m’encerclèrent déjà. Ils étaient néanmoins affaiblis comme je l’étais moi-même, par le souffle de leur précédente attaque. Mais cela ne les empêcha pas moins de me porter divers coups simultanément. Ne pouvant guère me défendre face à autant d’ennemis de ce niveau, j’entrepris d’essayer de me concentrer, malgré les heurts et la douleur. Soudain je sentis monter en moi une énergie gigantesque, infiniment plus puissante que celle qui, quelques instants plus tôt, m’avait traversé les veines pour m’aider à repousser l’Ultimate Bull Charge. Tous ressentirent la différence, s’arrêtant quelques secondes, comme paralysés. Toutefois, leur étonnement ne dura qu’un instant : les coups se mirent immédiatement à repleuvoir de toutes parts, mon corps saignant de toute part… Instinctivement je fermai les yeux et me recroquevillai sur moi-même. Quand enfin je laissai exploser ce cosmos qui me consumait, un cosmos bien différent cette fois : le neuvième sens !

 

Quand je rouvris les yeux, ce que je vis me pétrifia : j’avais fait exploser mon cosmos en un souffle glacé et ce souffle avait transformé tout ce qui m’entourait sur plusieurs kilomètres au moins en une immense étendue givrée ! Mes ennemis quant à eux étaient réduits à l’état de statue de glace, complètement inanimés. Il neigeait. La pureté virginale des flocons recouvrait peu à peu le sol rougi par le sang des animaux massacrés, sans compter tous les êtres humains… La nature viendrait bientôt reconstruire ce pays et les hommes encore vivants bâtiraient peu à peu une ère nouvelle. Mes yeux se posèrent sur mes ennemis que je n’avais pu vraiment observer attentivement jusqu’ici : au sein de ceux-ci siégeait une magnifique jeune femme blonde. Mama… Ses yeux, ses cheveux, son visage : tout en elle me rappelait ma mère.

C’est là que ma tête se mit à bouillir, ahhhh ma tête !!! Posant mes mains sur les oreilles, je ne vis plus que le noir, et cet être étrange devant moi, me rappelant à nouveau ses paroles énigmatiques.

 

« Le cosmos n’est pas seulement la force, il faut aussi parfois créer la vie et non la détruire… »

 

Je ne pouvais la laisser ainsi ! Je ne pouvais pas croire en sa culpabilité. Comment un être d’une telle beauté, avec des yeux si pleins de douceur et de compassion, aurait-il pu n’être qu’un ignoble assassin ? Malheureusement sa carapace de givre devait probablement l’avoir déjà anéantie. Certains autres guerriers avaient d’ailleurs déjà péri sous l’explosion de leur prison de glace. Il me fallait faire vite ! Tant de personnes étaient déjà mortes… Je n’osais croire que le mal se cachait en cette si belle femme dont les traits me rappelaient effrontément ceux de ma mère. Réchauffant mon cosmos, j’entrepris de me rapprocher d’elle, afin que sa prison de se désagrège doucement et laisse enfin retrouver à son corps la chaleur de la vie. Tout comme Shun s’était sacrifié pour me délivrer de ma prison de glace lors de la bataille des douze Temples, je laissai exploser mon cosmos au contact de la jeune femme, lui permettant de se rapprocher de la vie, de seconde en seconde.

Au bout d’une heure je compris, je compris enfin les paroles de cet être mystique qui était apparu pour me faire part de paroles étranges. En sauvant la vie de mon ennemie j’avais racheté mes fautes envers mes amis morts au combat. Je m’étais lavé du sang des êtres chers qui étaient  morts par mes mains… Le Cygne use de la glace et du froid pour détruire, mais la glace n’est rien sinon de l’eau, et l’eau est l’élément de la vie : ainsi s’explique le curieux destin de l’armure du Cygne. Un destin placé sous le signe de la mort, périr par la source de toute vie…

 

Ce fut elle qui me tira de mes pensées, émettant un léger soupir lors de son réveil. Ses paupières s’ouvraient lentement, encore bleuies par le froid mordant de ma bise. Quand enfin elle put parler, elle me dit son nom : Léda. Quel charmant prénom… Elle ne me dit ensuite plus qu’une chose avant de sombrer dans l’inconscience : pardon.

 

Ce ne fut que quelques heures plus tard, lorsqu’elle put enfin e parler, qu’elle m’expliqua le pourquoi de ses agissements. Léda avait perdu ses parents quelques semaines plus tôt, lors de son absence du village. Son frère, garde au palais, lui enseigna les rudiments du combat et la maîtrise du cosmos (somme toute partielle) et elle décida de se venger, ayant appris que Phylée et ses sbires étaient responsables de l’ignoble meurtre de ses aïeux. Malheureusement, se trouvant dans l’incapacité de leur faire face toute seule, elle n’eut d’autre choix que celui de se montrer fine stratège en infiltrant les rangs ennemis et en prenant la place d’un des douze guerriers, mort accidentellement. Elle apprit par la même occasion à faire usage de son cosmos de manière optimale, le clan des douze l’ayant promptement formée. Elle me certifia n’avoir jamais participé à aucun massacre de quelque sorte qu’il fût, étant, en temps normal, essentiellement rattachée à l’espionnage du palais royal. Rien dans son regard ne me permettait de mettre ses dires en question : il ne faisait aucun doute que Léda était sincère, l’évocation de ses parents éveillant apparemment de douloureux souvenirs pour elle. Comme je la comprenais, il avait été si dur pour moi de voir la mort de ma mère en face…

 

Je décidai enfin de partir à la recherche de Phylée, laissant derrière moi Léda, qui était trop faible encore pour faire quoi que ce soit. Marchant dans la neige fraîchement tombée, j’aperçus bientôt quelques traces de pas qui me menèrent au bord d’une cascade où ce que je découvris me surpris au plus haut point : j’y vis Phylée en train de planter une croix sur une tombe. Ainsi, alors que je livrais ma bataille, il était revenu prendre la dépouille de son père et lui avait offert une fin digne d’un roi…

 

- Pauvre fou, disait-il, il aura fallu que tu t’interposes ! Si seulement tu n’avais pas été aussi vil par le passé, peut-être aurais-je pu t’aimer… comme un fils se doit d’aimer son père. Après tout tu n’auras eu que ce que tu méritais. S’il fallait que je tue toutes tes bêtes et que je touche à ton peuple pour qu’enfin tu oses daigner t’intéresser à moi, alors je ne regrette rien, père ingrat ! 

 

Il se retourna alors, essuyant les innombrables traînées de larmes qui maculaient ses joues rosies par l’émotion. Quand il me vit il eut un mouvement de recul.

 

- Que fais-tu là ?! Tu n’es pas mort ? Je me disais bien que je ne ressentais plus le cosmos de mes guerriers, quoique apparemment tous n'aient pas disparus… À présent tout se jouera donc entre toi et moi, Hyoga, si je ne m’abuse.

- Exact Phylée, et j’ai bien des vies à venger en prenant la tienne. De plus le temps presse ! Je dois délivrer Athéna. Par la poussière de diamants !

 

D’un revers de main il dévia mon attaque, aussi facilement que si c’était une légère brise printanière. Je n’en croyais pas mes yeux. À cet instant il déploya tout son cosmos et je pus m’apercevoir que l’attaque qu’il m’avait porté auparavant ne recelait pas même un quart de la puissance qu’il était capable de déployer.

 

-  Cette fois tu n’en réchapperas pas. Tu vas subir mon attaque de plein fouet ! Wheel of Sentence ! 

 

Ce disque s’abattit sur moi à une vitesse telle qu’il m’était impossible de l’esquiver. Il me rentra dans le ventre et me souleva de terre, me propulsant vers les cieux à une vitesse fulgurante. Tandis que la douleur me déchirait, je ne pus que constater, impuissant, que mon corps inévitablement se rapprochait du sol. Le choc fut terrible ! Je gisais, immobile, les plaies de mon récent combat face aux douze guerriers s’étant réouvertes. La Wheel of Sentence en avait rajouté de nombreuses autres, plus malignes encore, sans compter la lourde chute… J’étais brisé, sentant la vie doucement quitter mon corps, le sang s’écouler de moi, maculant la neige de gouttelettes écarlates. J’essayais de me lever quand sa main me saisit au cou, me soulevant de terre. Argh ! Je n’arrivais plus à respirer… Du sang coulait de mon front ouvert et  venait obscurcir ma vue. Je ne trouvais reflet à ma douleur que dans les yeux gris acier de mon ennemi qui ne ressemblait en plus rien à cet homme qui pleurait il y avait encore trois minutes de cela.

 

Soudain je le vis placer sa main en arrière, cherchant à maximiser son élan.

 

- Pour être sûr de ta mort, je vais t’égorger, ainsi tu ne risqueras plus de me déranger. Le joli Cygne va bientôt perdre la tête ! Ahahahahahahahahaha !

 

Je fermai les yeux une dernière fois. Ainsi avais-je échoué. J’allais succomber aux coups d’un simple homme. Même pas un dieu, un homme !…

 

Dès lors j’entendis à nouveau la voix de ce mystérieux chevalier, celui que je pensais être un Secter : « Non tu n’as pas échoué, tu as découvert la véritable essence du cygne, au plus profond de toi. Seulement parfois le destin est tracé, la malédiction du Cygne est levée : à présent tu es libéré de ces remords qui te hantaient. Pars serein vers ta mort ! Tes successeurs porteront l’armure de Cygnus les ailes libres de toute entrave. »

 

Je sentis Phylée bouger, perçut le mouvement d’air produit par son bras en pleine action. Ainsi c’était donc bel et bien la fin. J’arrive Maman. Pardon Athéna, pardonnez-moi mes frères… Adieu…