Chapitre 16 : Nature primale
Un paysage luxuriant entre terre et mer : ainsi aurait pu être décrite cette contrée. C’est ici qu’il avait atterri, sans pouvoir donner nom à cet étrange pays. Lorsqu’il était arrivé, à demi-inconscient, une voix enrouée résonnait inlassablement dans sa tête :
« Tu portes l’habit sacré de la bête, son enfant chéri. Elle l’a perdu et cherchera sans nul doute à le reprendre. Mais peut-être n’est-elle pas seule la clé de l’énigme. Loin, plus loin encore, se cache la lumière qui éclairera cette épreuve. Et lorsqu’il fera son apparition, résigné tu devras affronter ta véritable destinée. »
Alors, sans chercher à se perdre dans d’intenses réflexions quant à ces énigmatiques paroles, il partit, sans perdre un instant : il savait qu’il n’avait que très peu de temps. Comme toujours il arborait un visage grave, un faciès qui terrifiait bon nombre de gens : après tout n’était-il pas un monstre, comme on le lui répétait sans cesses depuis sa naissance ? Aussi loin qu’il s’en souvenait, c’est-à-dire depuis son enfance à l’orphelinat, il avait toujours été mis à l’écart, étant l’objet des railleries de ses camarades.
- Eh t’as vu comme il est laid !
- On dirait un zombi, et puis ses cheveux…
- Oui ! Comme ceux d’un vieillard ! Hihihi…
Voilà pourquoi il avait conquis cette armure sacrée, la raison pour laquelle il avait travaillé si durement durant ces sept années d’entraînement au fin fond de la Finlande, aux abords du lac Holts, une étendue d’eau connue de quelques élus seulement. Il avait juré de prouver sa valeur et de revenir leur montrer qu’il n’était pas quelqu’un d’anormal. Mais la malchance avait voulu qu’en lui sommeille réellement un monstre… Son corps, amas de poussière d’étoiles, était placé sous la constellation de la terrible créature de Lerne. C’était son destin, sa fatalité, même les astres le lui avaient prouvé : il deviendrait Ichi, le Chevalier de bronze de l’Hydre.
Le lac Holts… C’était cette étendue aqueuse s'étalant devant lui qui le lui avait rappelé. Bien que la teinte des eaux différait fortement, un magnétisme inhérent à l’endroit rapprochait en son esprit les deux lieux. Il se trouvait sur une sorte de bras de terre légèrement surélevé avec, sur sa gauche, un marécage s’étendant jusqu’au pied d’un mont recouvert de platanes et, sur sa droite, une mare aux teintes turquoise. Une fraîche brise venant de l’est rapportait une odeur iodée, évidente preuve qu’il n’était pas loin de l’océan. Il courait, pressé de venir à bout de cette épreuve et d’enfin retourner sur Terre, non qu’il soit poltron, mais simplement qu’il aimait son chez-lui. Les jardins ombrageux de la demeure Kido, l’antique statue d’Athéna surplombant l’Acropole, les inlandsis islandais : tant de belles œuvres de la nature et des hommes qui faisaient qu’il aimait profondément sa planète.
Poursuivant sa route en de longues enjambées, il aperçut un hameau à moins d’un kilomètre en flanc de colline. Utilisant la vitesse inhérente à un guerrier de son rang il ne lui fallut guère plus de quelques secondes pour arriver sur les lieux où, surpris, il ne trouva âme qui vive. Le village semblait désert. Ça et là des vêtements fraîchement nettoyés virevoltaient sur leur corde à sécher, au gré du vent. Sur la place centrale, des étals de commerçants révélaient leur marchandise aux ombres grisâtres des maisons abandonnées, comme si les habitants avaient quitté leur domicile dans une profonde hâte. Qu’avait-il donc bien pu se passer ici ?
Continuant ses investigations, Ichi, de plus en plus poussé par la curiosité, arriva bientôt dans une sorte de petite cour bordée d’une muraille de pierres. Au centre de celle-ci se trouvait un puits, archaïque, mais qui pourtant le fascinait. Des entrailles de la terre retentissait un chant, hymne à la gloire du sang. Ce qui laissait à penser cela ? Les répercussions brutales qui jaillissaient de l’ouverture terrestre, telles une malédiction adressée aux cieux et à la lumière.
Sans même s’en apercevoir les pas du japonais le conduisaient vers l’ouverture béante menant si bas dans le sol. Soudain il s’arrêta, aussi brusquement que si on l’avait tiré par le bras : sur le sol gisait un seau duquel s’égouttait lentement un liquide écarlate. Du sang, pensa-t-il, du sang… Cela ne faisait aucun doute. Et la plainte s’intensifia, pénétrant à nouveau la fine ouïe du Chevalier. Maintenant il commençait à comprendre : il avait été sciemment attiré ici !
Alors il chercha à fuir, non par lâcheté mais par prudence. Mais malgré une volonté de fer ses membres refusaient d’obéir à sa pensée. Effroyable émotion née de la perte de contrôle lorsque l’on est plus maître de son corps… Ainsi que se sentait Ichi : perdu, désorienté, impuissant et effrayé. De larges gouttes de sueur descendaient le long de ses tempes, plaquant sa chevelure d’argent sur sa peau. Il aurait souhaité courir : ses jambes restaient clouées au sol… Puis l'angoissant chant cessa, et ce fut le silence, inquiétant, pesant. Tournant la tête vers le puits il aperçut la corde raide tressaillir : quelque chose grimpait…
Crier ne servirait à rien, il était un Chevalier, il lui faudrait affronter son destin. Un insupportable bruit de griffes frottant contre la paroi montait de l’ouverture béante. Un son semblable à un cri, à la fois humain et animal, incomparable avec tout ce qu’il avait déjà pu entendre, venait d’être émis par cette « chose », entité des profondeurs. C’est en cet instant que, mystérieusement, le charme cessa : il se sentit à nouveau libre de tout mouvement. Se tournant pour jeter un dernier regard vers l’endroit d’où venaient les « grognements », il se sentit soulagé de constater qu’ils ne se faisaient plus entendre, comme si l’entité mystérieuse s’en était retournée en son antre. Il fit alors volte face pour s’en aller lorsque, devant lui, se dressa une monstrueuse créature. Sur le moment Ichi crut avoir un infarctus tellement la stupeur avait été grande, mais réagissant aussi vite qu’il le put, presque par réflexe, il envoya un uppercut au monstre qui feinta. Aussitôt après avoir évité la frappe, la chose envoya de ses deux mains jointes un terrible coup au Saint qui fut brutalement projeté contre le mur de la cour. La respiration coupée, tenant sa poitrine comme si elle fut défoncée, le guerrier d’Athéna put enfin observer son opposant.
Il devait faire dans les un mètre quatre-vingts, moyennement musclé, avec une démarche hésitante, comme s’il ne savait pas vraiment s’il devait se tenir sur ses deux jambes ou se mettre à quatre pattes… Retombant comme un vêtement sur l’ensemble de son corps, dissimulant son visage, une épaisse chevelure dont la couleur originelle devait être le châtain… Mais le mélange infâme de terre et de vermine empêchait de distinguer quoi que ce soit à travers cette coiffure hirsute qui donnait l’impression de lianes recouvrant un corps semblable à un arbre centenaire. La ressemblance avec un arbre était saisissante : sa peau semblait avoir la couleur de l’écorce, sans compter les plaques purulentes qu’il avait pu distinguer. Il se doutait bien que cela n’était pas naturel : ce devait être le résultat d’une éternité passée sans avoir recours à ce précieux liquide purifiant qu’est l’eau… Le plus insolite chez cette créature était que ses haillons, mêlés à sa chevelure désordonnée, laissaient à penser qu’elle était une sorte d'hominien à queue de reptile, le tout étendu à sa suite comme une longue et visqueuse traîne. Et l’observation fut mise à terme par la soudaine promiscuité de la chose qui, de ses mains hideuses, saisit l’adolescent.
A travers l’épais voile capillaire Ichi parvint à distinguer un éclat d’un noir absolu, non pas cruel et barbare comme il s’y attendait, mais plutôt affligé, comme empli de larmes. Il se sentit immédiatement touché par ce regard et ne put s’empêcher de repousser les mèches cachant ce visage crasseux. Là l’adolescent tomba en arrière, retenu par les bras fermes de ce qu’il croyait être un monstre et qui en réalité n’était autre qu’une femme, sauvage certes, mais femme avant tout. Elle ne semblait pas dans la fleur de l’âge, arborant les traits de la cinquantaine environ, quoiqu’il fut difficile de réellement l’affirmer. Et lorsqu’il plongea son regard obscur dans celui semblable de la féminine créature, il lui sembla que des larmes coulaient le long de ses joues. Puis elle le serra dans ses bras tandis qu’il tentait de s’en dérober. Quelques mots s’échappèrent alors de ses lèvres grises, des paroles dites grossièrement, pratiquement incompréhensibles, énoncées telles des sanglots…
- Pardonner… enfant moi… bête aimer.
Et sur ces énigmatiques paroles Ichi reçut un énorme coup sur la nuque qui le plongea vers un monde de ténèbres. Il avait été littéralement hypnotisé, sans plus aucun moyen : à présent il était emporté dans l’antre de la bête…
*
* *
Une lancinante odeur de souffre régnait, insoutenable, dans les moites profondeurs d’un monde que l’on ne saurait définir. Réel, chimérique, fruit de l’imaginaire d’une quelconque divinité en mal de distraction ? Personne n’aurait su le dire, non personne, pas même cet être fraîchement éveillé qui, se croyant aveugle, vint troubler d’un cri le silence de ces lieux. Silence ?… A bien tendre l’oreille il n’en était rien : l’ouïe aiguisé d’un être aux pouvoirs presque paranormaux aurait pu distinguer le bruit d’innombrables vers grouillant sous la terre ; les eaux glissant le long des parois crépusculaires d’un monde privé à jamais de soleil ; un corps qui glisse, glisse, encore et encore, traînant sa triste carcasse à travers la boue putride d’un lieu oppressant. En de telles conditions le sang-froid se perd, la chair se glace, la panique vous gagne et la fin semble proche… Proche comme ce corps que l’on ne peut voir mais que l’on ressent, à travers un sens aiguisé par des années d’entraînement, ce fameux sixième sens.
Ichi venait de s’éveiller, émergeant d’un cauchemar qui lui parut éden lorsqu’il constata l’horreur de la réalité. Il avait poussé un cri, hurlement prenant source dans les abîmes d’une peur primale dictée par un réveil brutal, cruel. Il se pensait aveugle, réalisant que tout autour de lui n’était qu’impénétrable ébène, y compris ses mains qu’il passait devant son regard sans même pouvoir les discerner. Mais heureusement un Chevalier, bien plus encore qu’un simple être humain, sait surmonter ses peurs, tout du moins les dissimuler profondément. Reprenant lentement esprit, ce dernier se concentra quelques instants : inspiration… expiration… inspiration… expiration…
L’air était d’une lourdeur atroce : chaque aspiration paraissait emplir ses poumons d’innombrables particules de poussière. Toutefois l’exercice lui permit de regagner pleinement lucidité. Sa concentration le poussa dès lors à invoquer subrepticement son cosmos ivoirien, éclairant péniblement un lieu dépourvu de tout agrément, si ce n’étaient les insectes omniprésents et les racines éparses qui entravaient sol et parois. Rassuré quant à sa prétendue cécité, il lui parut impératif de regagner la surface au plus vite, se sentant fortement oppressé. Mais sa pensée fut bientôt dominée par son instinct, son cœur battant à tout rompre à travers sa poitrine. Quelqu’un, ou plutôt quelque chose, venait en sa direction. Faisant exploser son cosmos en une aura lumineuse il aperçut soudain, à quelques centimètres à peine de son propre visage, un horrible faciès aux pupilles plus sombres encore que la voie dans laquelle il se trouvait. Une sorte d’éclair jaillit soudain de sa psyché, prompte réminiscence le ramenant quelques instants à peine avant son évanouissement forcé.
- Arrière monstre ! hurla le Chevalier, menaçant la créature de son poing irisé.
Etrangement cette dernière ne se montra pas hostile, bien au contraire : elle recula et se laissa tomber au sol, pleurant de tout son soûl en d’atroces râles gutturaux. Ichi ne sut soudain comment réagir. Cette femme sauvage avait de toute évidence d’énormes pouvoirs, preuve en était l’état dans lequel elle l’avait laissé quelques temps auparavant. Toutefois il ne pouvait se résigner à frapper une femme au sol, encore moins lorsque cette dernière était proie aux larmes. Son cœur prit alors le pas sur la raison et, en un irrépressible élan aussi irréfléchi que son jeune âge, il lui tendit la main. Relevant la tête, ses interminables mèches crasseuses ondulant le long de son corps, elle plongea son regard terne en les yeux d’Hydra avant de se saisir de la main tendue et de l’attirer tout contre elle. Ichi se retrouva ainsi plaqué à même son corps. Aussi surpris que décontenancé il ne put s’empêcher de la repousser. Subséquemment cette dernière se redressa et lui administra une gifle d’une puissance colossale. Propulsé violemment contre un mur le jeune homme n’eut pas même le temps de se relever que déjà elle l’avait pris dans ses bras, telle une mère berçant son enfant, tendrement…
La décontenance du Chevalier fut totale : le comportement de cette créature était des plus imprévisible, sans cohérence aucune. Néanmoins quelque chose en elle faisait qu’il éprouvait de la compassion et non plus de la peur. Peut-être le contact de ses larmes chaudes sur sa main qu’elle passait sur les reliefs de son visage maculé, comme si elle demandait pardon pour ses fautes, comme pour se prouver qu’Ichi était bien réel. Toutes ces gouttes salines semblaient reflet d’une ancienne souffrance ravivée tout en éclairant indéniablement son visage d’un radieux bonheur. On eut dit qu’elle retrouvait… son enfant !
- Qui… qui es-tu donc à la fin ? questionna Ichi en un murmure, alors qu’il se voyait intensément fixé.
- Toi changé… toi aimé… toujours… revenu enfin à mère.
- Mère ? Je n’ai pas de mère et n’en ai jamais eu !
- Pas colère… Echidna reconnut toi fils… Pardonner… Bête aimer…
Echidna ? Non ! Impossible ! J’ai lu quelque part qu’elle avait été tuée par Argos-aux-Cent-Yeux lors des temps mythologiques. Cette créature dont l’engeance monstrueuse terrorisa l’Europe antique serait donc là, devant mes yeux… Pourtant… Si c’était bien Echidna cela ferait bien longtemps déjà qu’elle aurait tenté de me dévorer.
Un souvenir brutalement
l’assaillit, comme inspiré par une puissance supérieure…
« Tu portes l’habit sacré de la bête, son enfant
chéri.
Elle l’a perdu et cherchera sans nul doute à le
reprendre. »
Un son parvint soudain à
ses oreilles, aussi limpide que le cristal, comme en assentiment au puzzle
qu’il venait de reconstituer.
- Hydra… enfant moi…
Cette créature semblait
bien loin de la bête assoiffée de sang décrite dans les anciennes légendes.
Certes elle pouvait faire preuve d’une violence sans pareil, mais elle n’avait
rien d’à proprement monstrueux, si ce n’était sa couche de crasse… Elle avait
plus l’apparence fragile d’un animal traumatisé poussé à l’agressivité dans un
souci de sauvegarde. C’est ainsi qu’Ichi, conservant toutefois sa prudence, se
résolut à faire preuve de coopération envers Echidna. La regardant faire, à la
manière dont elle caressait la protection de l’Hydre, au léger sourire éclairant
son horrible faciès, il comprit quelle dut être sa douleur lorsque cette
dernière perdit son enfant. Pour lui c’était différent : il n’avait jamais
connu sa mère, et même s’il s’était souvent interrogé quant à son identité et
sa personnalité, il n’avait pas subi la douleur de sa perte. Il lui semblait
qu’il était né sans mère, ayant toujours vécu de manière plus ou moins
indépendante.
Comme réagissant à sa
réflexion Echidna l’attira par la main à travers le dédale de galeries obscures
pour arriver enfin en un lieu gigantesque, à en juger par l’écho des gouttes
d’eau chutant des hauteurs au sol. Néanmoins l’émissaire d’Athéna ne
distinguait rien jusqu’à ce que, répondant à son attente inexprimée, la femme
sauvage s’entoura d’un halo de lumière améthyste qui, spontanément, s’étendit
dans tout l’espace. L’albinos ferma quelques instants les yeux, blessé par une
si vive lumière après tant de noirceur. Relevant lentement les paupières, il
resta médusé devant l’ampleur du spectacle s’offrant à lui.
Il se trouvait en une
obscure caverne souterraine dont la voûte était soutenue par d’imposantes
colonnes de marbre, toutes plus larges les unes que les autres. La grotte, même
si immense, pouvait néanmoins être discernée de manière globale de l’endroit où
il était en faction. Echidna en effet l’avait mené en ces lieux par un conduit
dont l’issue s’avérait être une corniche surplombant l’espace. Le plus étrange
néanmoins était l’omniprésence de matière végétale soudain devenue
phosphorescente et conférant à l’endroit une atmosphère magique. Dans un coin
quelque peu reculé poussaient quelques tiges de menthe, aux abords d’un étang
bleu azur. Leur essence emplissait l’air d’un léger embrun parfumé
contrecarrant un tant soit peu la lourde odeur de souffre qui, jusque là, dérangeait
fortement le jeune homme. De même, et tout aussi étrangement, un peuplier blanc
bordait le ruisseau en contrebas du bassin. Le fin torrent s’écoulait vers une
arche au fond de la caverne, au dessus de laquelle était apposé un panneau de
marbre. Dessus, en lettres de sang, était gravée cette menaçante mise en garde
:
« Vous qui entrez ici laissez toute
espérance. »
La stupeur le frappa
alors, plus violente encore que la gifle d’Echidna. Le royaume d’Hadès !
Ainsi se trouvait-il dans l’une des anti-chambres du monde des morts, sinistre
royaume de la divinité récemment défaite… Son sang ne fit qu’un tour lorsqu’il
osa jeter un regard vers celle qui, lui semblait-il, l’avait mené tout droit
dans la gueule du loup. Elle descendait lentement le long de la paroi inclinée,
ses cheveux glissant derrière elle telle une affreuse queue de reptile,
soulevant un léger nuage poussiéreux. Leurs regards se croisèrent et il lui
sembla qu’elle l’invitait à sa suite. Inconsciemment il se retrouva tout près
d’elle, comme si la volonté monstrueuse pliait la sienne en un charme mythique
connu d’elle seule. Néanmoins la crainte ne le tenaillait plus depuis qu’elle
distillait calme et confiance à travers son aura légèrement embrasée. Une
osmose, tel était le terme approprié : leurs cosmos semblaient en parfaite
union et c’était par ce biais qu’elle lui communiquait ses plus intimes
sentiments. Puis, à travers ce lien si spécial qui les unissait, elle s’adressa
à lui, clairement.
N’aie plus peur mon enfant. Si je t’ai emmené en cet antre c’est que l’atmosphère y est chargée de bien des mystères : ton cosmos est bien plus réceptif ici qu’il ne le sera jamais à la surface. Sache que nous sommes en un lieu mythique et emblématique : c’est en cette enceinte qu’Hadès et Perséphone descendirent au Tartare, par là également que Dionysos vint soustraire Sémélé à la mort, de même c’est ici que le Seigneur des Enfers offrit les derniers honneurs à ses défuntes amantes… Ainsi cet endroit est devenu Sanctuaire béni d’Hadès et par le sacrement reçu je suis à même de pouvoir communiquer, moi, créature infernale et primitive. Je ne pourrai pas longtemps communier avec toi, cela me demande trop d’efforts, pourtant je trouverai la force de te dire à quel point tu m’as manqué et pourquoi je souhaite que tu me venges, moi ainsi que tes innombrables frères…
Sur ce elle désigna de la
main tout un pan du mur sur lequel Ichi n’avait encore posé le regard. Là était
dessinée une myriade de créatures, toutes plus monstrueuses les unes que les
autres : d’abominables félins aux dents aussi aiguisées que des lames de
rasoir et aux griffes plus longues encore que celles de l’armure de
l’Hydre ; des chiens aux multiples visages, parfois deux, parfois trois,
crachant des torrents de flammes à travers leur gueule béante ; des
reptiles indescriptibles, amas de nœuds indistincts, d’atroces visages rongés
par la haine et la douleur ; toute une engeance pervertie par une nature
désordonnée et cruelle ayant transformé le destin d’une femme en une éternité
de douleur. Et derrière toutes ces abominations trônait, gigantesque, une
colossale forme obscure étendant ses ailes sur l’ensemble du mur et dominant
largement de sa hauteur l’ensemble des monstres, les reléguant ainsi au rang de
simples insectes. Cet être dissimulé dans la pénombre, ombre lui-même,
inspirait à lui seul plus de peur que toutes les autres représentations.
Interrogeant mentalement Echidna, cette dernière répondit :
Typhon, mon compagnon et votre père à tous. Le Olympiens tremblaient de peur devant sa puissance, Zeus le premier. A présent il n’est plus, mais toi, son dernier descendant, le vengera, nous vengera tous !
Elle posa alors sa main
sur le crane d’Ichi. Une multitude d’images toutes plus sanglantes les unes que
les autres passèrent en son esprit, kaléidoscope fatal d’une existence rongée
par les maux. Alarmant, un cri d’intense colère traversa les lieux.
- Athéna !!!!!!!
Athéna ! C’était
elle la responsable ! Ce fut elle qui railla Zeus alors transi de peur
pour qu’il prenne les armes face à Typhon et le damne à jamais. Elle encore qui
amena le mythique Pégase à Bellérophon pour qu’il tue la Chimère. Toujours elle
armant Héraclès lors de sa croisade contre les descendants d’Echidna… achevant
son œuvre par le meurtre du Cerbère lors de la dernière Guerre sainte.
Une fureur intense
submergea le Chevalier. Son armure semblait vouloir le posséder, vibrante de
puissance comme jamais encore auparavant. Une intense lutte se déroulait à même
sa volonté. Ses yeux révulsés de haine prenaient progressivement la couleur
pourpre. Un rire strident se fit entendre, résonnant en une pléiade d’échos sur
toutes les parois rocheuses. Echidna riait, se glorifiant de sa victoire. Elle
venait de récupérer un fils et, qui plus est, de prendre un défenseur à sa plus
féroce ennemie. Caressant le visage d’Ichi, elle tendit l’oreille afin de
percevoir un murmure n’ayant plus rien d’humain…
- Mort… tous mourir…
aucun n’en réchappera… Tous !
*
* *
Une aura étrange prenait
peu à peu ampleur tout autour du Sanctuaire d’Athéna. Un cosmos, n’ayant aucune
équivalence à travers la Chevalerie, venait de faire son apparition au bas des
douze temples du zodiaque, galvanisant l’atmosphère tout en le rafraîchissant
de manière notable.
Mû, Masque de Mort, Saga,
Shaka, ainsi que le Vieux Maître, contraints de rester au sommet de l’Acropole
devant l’ouverture dimensionnelle de la statue d’Athéna, ne pouvaient
qu’espérer que cette étrange manifestation de pouvoir ne leur soit funeste. Le
regard de Dohko brillait d’une vive lueur tandis qu’il percevait ses autres
compagnons d’armes regagner leur antre respectif. Aldébaran néanmoins, gardien
du temple du Taureau, fonçait rapidement prendre faction en la demeure du
Bélier, premier rempart face au mystérieux envahisseur.
Camus le premier l’avait
remarqué : la température s’abaissait au point que la neige se mit à tomber,
lentement, en un irrégulier ballet aussi somptueux que glacial. L’hiver était
encore loin, pourtant… Ses pouvoirs n’avaient aucun effet sur l’impromptue
manifestation. Il se résigna donc à placer sa confiance en le Chevalier du
Taureau qui, le premier, saurait tirer la situation au clair.
Le Taurus Saint arriva
bien vite sur le perron du temple de son prédécesseur zodiacal, si promptement
même qu’il ne put cacher sa surprise à la vue du spectacle s’offrant à ses
yeux. Toute la plaine en contrebas était recouverte d’un manteau neigeux aussi
éclatant que l’astre solaire à son zénith. En effet, ce dernier, opalescent à
travers les nuages gris, conférait contre toute attente son éclat à la neige
amassée au sol. Ainsi recouverte la plaine semblait perdue sous une broderie
d’argent… Quoique ce qui surprit le
plus le colosse fut la teinte même de l’atmosphère : on eut dit que la
couleur même de l’air s’était sensiblement muée en un irisant reflet né dans
les profondeurs d’un saphir, fins cristaux de glace descendant solennellement
des cieux. Et là, la divine apparition !
Une magnifique jeune
femme au port altier et au regard perçant, vêtue d’une robe à la fois simple et
raffinée, parut sur un puissant destrier à la toison virginale. Nul doute que
l’enchanteresse créature était de noble condition. Toutefois ses yeux, clairs
topazes bleues, exprimaient non pas l’orgueil des gens de haute condition mais
bien une tendre humilité. Son visage
délicat laissait transparaître douceur et bonté et, lorsqu’elle avançait,
agrippant fermement les rênes de sa monture, sa longue chevelure argentée
ondulait harmonieusement le long de son corps drapé. Elle possédait le teint
pâle des gens du Nord, cette grâce propre aux femmes n’ayant pas, ou peu, connu
l’apprentissage de la bataille. Rien en elle ne semblait prouver qu’elle était
une guerrière, rien si ce n’était la cosmoénergie quasi-divine qui émanait de
son être tout entier. Cette force sereine emplissait de sa toute puissance la
presque totalité du Sanctuaire pourtant réputé comme protégé par le cosmos
millénaire d’Athéna. Maintenant qu’il avait devant lui l’être duquel émanait
cette gigantesque aura, Aldébaran ne put croire qu’il soit d’une quelconque
hostilité. Toutefois, sécurité et protocole obligent, le Chevalier ordonna à
l’inconnue de stopper son chemin et de bien vouloir se présenter. Baissant la
tête en signe d’assentiment, elle descendit de cheval et clama, d’un ton ferme
et assuré :
- Je suis la Grande
Prêtresse d’Odin, Hilda de Polaris. N’ayez crainte Chevalier, je viens en paix.
- Ainsi seriez-vous donc
la souveraine d’Asgard ?!
- En effet, je viens
porter mon aide à votre déesse. C’est le Grand Pope qui m’a fait quérir.
- Il ne nous a pourtant
pas avertis. Je suis donc dans le regret de vous faire patienter ici le temps
de lui faire parvenir votre demande.
- Quelle demande ?
Je ne demande rien. Ma seule volonté ainsi que celle de mon dieu est d’aider
celle qui jadis mit fin aux desseins du mal en mon royaume. De plus le temps
presse, j’ai d’importantes nouvelles à partager avec le représentant d’Athéna.
- Soit. Veuillez excuser
mon manque de manière, gente dame. C’est qu’ici nous n’avons pas l’habitude de
recevoir de si charmants hôtes. Si vous voulez-bien me suivre, lui demanda-t-il
en un geste univoque. Je me porte garant… pour votre sécurité bien entendu,
ajouta-t-il en un grand sourire.
Cette dernière le lui
rendit alors, les joues du brésilien s’empourprant légèrement.
- Vous me rappelez
quelqu’un de bien, lui dit-elle tristement, le regard mélancolique.
Ce fut Kiki, en
apparaissant brusquement, qui mit fin à cette rencontre. Venant serrer la main
de la souveraine, il ne faisait aucun doute qu’il semblait heureux de la revoir.
Attrapant le cheval royal par la bride, il l’emmena on ne sait où, promettant
d’en prendre grand soin.
Puis Aldébaran et la
protégée de l’étoile Polaris avancèrent tous deux en direction des premières
marches, résignés à toutes les gravir…
*
* *
- Bienvenue souveraine
d’Asgard, salua Dohko lorsqu’il vit la splendide prêtresse.
- Bonjour à vous, Grand
Pope.
Les autres Chevaliers
restaient muets devant le charisme émanant de l’élue d’Odin. Face à ce silence
des plus dérangeant le Vieux Maître invita Hilda à le suivre dans son palais,
s’assurant préalablement qu’en cas de problème il serait averti au plus vite.
Avançant un confortable fauteuil pour la dame, ce dernier prit la parole.
- Je vous remercie d’être
venue si rapidement. Votre aide nous est requise afin de délivrer Athéna
actuellement captive.
- Je souhaite payer ma
dette envers Saori. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour la délivrer.
Mais avant tout je désire vous faire part d’un fait inquiétant auquel je ne
souhaitai faire allusion devant vos guerriers.
- Je vous écoute ?
- Vous avez sans doute
remarqué que les Chevaliers de l’Ophiucus et de l’Aigle n’étaient pas avec moi.
Je suis dans le regret de vous dire que toutes deux ont été attaquées lors de
notre voyage…
- Comment ?!
- Je ne sais si oui ou
non elles sont encore vivantes… La seule chose qui est certaine est que grâce à
elles j’ai pu arriver ici saine et sauve.
- Connaissez-vous
l’identité de votre agresseur ?
- Malheureusement non.
Après être descendues d’avion à Athènes, une limousine nous a conduites vers le
Sanctuaire. Arrivées en rase campagne notre véhicule s’est brusquement arrêté
face à un individu tout drapé de noir. Sortant pour voir ce qu’il se passait,
Marine s’est faite violemment attaquer par un cosmos des plus agressif. Shina
m’a alors montré une ferme dans laquelle j’ai pu trouver un cheval et grâce
auquel je suis venu au plus vite. Elle est restée courageusement aider sa
camarade.
- Alors rien n’est perdu.
Toutes deux sont des guerrières émérites bien que n’étant que de la caste des
Chevaliers d’argent. Nous devons leur faire confiance.
- Bénies soient-elle par
Odin, il y a déjà eu assez de morts ces derniers mois…
- En effet, et c’est pour
cette raison que nous devons ramener Athéna en notre monde pour qu’elle mette fin
une bonne fois pour toutes au mal qui s’attaque à notre siècle. D’étranges
signes montrent que le mal est en recrudescence.
- Nos vitki également ont pu lire dans les runes. Le Wyrd, toile universelle, est actuellement en grand
désordre, empli de mauvaises vibrations se répercutant sur tout un chacun, sur
le monde entier…
- Ainsi le mal a déjà
pris racine…
- Indubitablement.
Néanmoins, et même si je souhaite apporter ma contribution à Athéna, je ne suis
en mesure de le faire. Vous devez savoir que mes…
Affliction et remords
semblèrent refaire surface en cet instant, lorsqu’elle poursuivit d’une voix
tremblante :
- …que mes guerriers sont
morts. A présent seule l’épée de Balmung protège mon royaume. Je ne peux donc
augmenter vos rangs.
- Il ne s’agit pas de
cela. Le problème est bien plus élémentaire voyez-vous. Athéna pour sauver ses
Chevaliers a prit la rude décision de se sacrifier, s’enfermant volontairement
en une urne scellée. Théoriquement un sceau divin ne peut être rompu avant
expiration. Toutefois les anciens dieux ayant prévenus à cas exceptionnels
concédèrent qu’un sceau pourrait être brisé par la volonté conjuguée de trois
divinités.
- Je comprends votre
intention. Malgré tout, et au risque de vous décevoir, je ne pense pas être
capable d’un tel acte. Je suis une mortelle à votre égal, n’ayant à proprement
parler aucun cosmos divin.
- Il est entendu que vous
n’êtes pas d’essence divine. Toutefois votre cosmoénergie est loin d’être celle
d’un simple être humain. Elle est toute entière imprégnée des pouvoirs d’Odin
et c’est ce qui me fait dire que vous jouerez indéniablement un rôle
prédominant dans sa libération.
- Puissent les Nornes
vous entendre…
*
* *
Elles étaient deux,
luttant désespérément depuis plus d’une heure maintenant. Leurs membres étaient
endoloris, de nombreuses plaies parsemaient leur corps, certains de leurs os
devaient très probablement être fêlés voire brisés, mais peu leur
importait : elles faisaient abstraction de la douleur, n’ayant plus qu’un
seul et unique objectif : la survie ! Si pour d’autres cette dernière
n’avait pas de prix, s’acquérant par tous les moyens possibles, pour elles il
n’y avait qu’une issue, valeureuse et honorable : la victoire ! En
effet, elles étaient toutes deux femmes Chevaliers…
La première, arborant un
masque au regard insolent, portait une armure légère mais non moins solide qui
épousait parfaitement les formes de son corps de jeune adolescente. Sa
chevelure olivâtre sertie d’un diadème aux formes vipérines, son aura
électrique chargée d’agressivité : tout dans son allure lui conférait
l’image parfaite d’une redoutable prédatrice. Cependant cette fois là
l’apparence était bien trompeuse : c’était elle la proie… Elle tout comme
sa camarade.
Son amie justement était
de même taille, même s’il était indubitable que leurs styles étaient
complètement différents. Là où l’autre guerrière était alerte et vive, la jeune
femme rousse se montrait plus prudente et réservée, plus stratège également.
Recouvrant ses points vitaux, une protection légère, dont la forme rappelait
celle d’un rapace, accusait inévitablement les coups. Son visage, recouvert
d’un masque inexpressif, ne permettait pas vraiment de dire dans quel état
d’esprit se trouvait la combattante. La seule certitude était qu’elle se
trouvait en mauvaise situation.
Ainsi Shina de l’Ophiucus
et Marine de l’Aigle, toutes deux Chevaliers d’argent, faisaient face à un
implacable ennemi.
Leur adversaire
justement, à n’en pas douter, était également une femme, quoique si elle fût
femme elle n’en avait pas moins une apparence assez singulière. Ayant ôté le
voile dans lequel elle demeurait préalablement dissimulée, elle avait laissé
paraître sa longue chevelure sombre ceinte d’une tiare qui n’était pas sans
rappeler celle de Shina. En effet, des multiples gueules de reptiles s’y
rattachaient, ayant l’air de sortir tout droit de ses mèches désordonnées. Une
protection dont la teinte comme la composition n’étaient pas sans rappeler
l’onyx noir ou l’obsidienne recouvrait sa silhouette jusqu’au cou, exception
faite des parties allant du coude au biceps ainsi que ses abdominaux, ces
derniers étant recouverts d’un léger tissu ocre. Deux grandes ailes,
visiblement inspirées par celles de chauve-souris, étaient accrochées en son
dos. Inexplicablement elles n’avaient pas l’air d’être un poids, bien au
contraire : elles paraissaient augmenter l’équilibre et la légèreté de la
combattante. Pour une armure ténébreuse, quelle qu’elle soit, elle n’en était
pas moins somptueuse, finement sculptée sans toutefois les carences inhérentes
à de trop grandes œuvres d’art : à savoir la fragilité. Car en effet, les
deux émissaires d’Athéna avaient pu le constater à de multiples reprises :
cette protection était aussi puissante, si ce n’est plus encore, que les leurs.
Et si la défense était exemplaire, l’attaque ne l’était pas mois : armée
d’un fouet à la lanière tranchante celle qui se disait être
« l’Ensorceleuse » faisait preuve d’une maîtrise acharnée.
Elle avait réussi à parer
successivement les plus puissants arcanes des Chevaliers. Marine et Shina ne
désespéraient pourtant pas : elles avaient foi en elles et en leurs
capacités. L’Italienne embrasa alors son cosmos pourpre, prête à l’attaque.
- Encaisse à nouveau ma
plus terrible attaque ! Thunder Cl…
Et alors même qu’elle se
préparait à achever sa technique, main tendue vers le haut, l’ennemie l’avait
déjà rejoint et saisit au poignet, l’observant dédaigneusement.
- Et tu oses te dire
guerrière. C’est pitoyable ma pauvre !
Mais tout ceci n’était
que feinte destinée à tromper l’ennemie, car en cette seconde même l’Aquila
Saint tombait des cieux, pied en avant, avec pour cible précise la nuque de la
dite « Ensorceleuse ».
- Cette fois c’en est
fini de toi !
Répondant instinctivement
à son sixième sens l’agresseur se retourna et encaissa de plein fouet l’Aigle
foudroyant. Néanmoins, après quelques secondes d’étourdissement elle parvint à
se relever, ayant été gravement touché à la mâchoire… C’est à ce même instant
qu’elle évita de justesse, par un bond d’une déconcertante rapidité, les
météores de Marine couplés aux Griffes du tonnerre. Se retournant vers ses
adversaires elle leur asséna, la voix pleine de morgue :
- Vous me le payerez, et
cher ! La mort serait un trop doux châtiment pour vous : je
reviendrai soyez en certaines, et cette fois vous paierez tous pour vos crimes.
Tous sans exception ! En attendant vous goûterez à la confusion des
damnés !
Son fouet soudain sembla
se séparer en deux armes distinctes, s’allongeant indéfiniment pour venir
saisir les deux combattantes. Marine esquiva, évitant de quelques millimètres à
peine la mortelle lanière désireuse de s’enrouler tout autour de son corps.
Shina quant à elle n’eut pas la même chance et, lorsqu’elle fut brutalement
saisie par l’arme, elle ne put qu’entendre, impuissante, ces terribles
mots :
- Que les querelles te
dévorent l’âme ! Confusion spread !
Son cosmos purpurin
s’étendit alors à travers le fil jusqu’à sa proie qui tomba au sol…
Dès lors
« l’Ensorceleuse » disparut, laissant résonner l’écho de son rire
sardonique.
La Japonaise se précipita
à l’encontre de son amie qui gisait là, inconsciente. Résignée à la prendre sur
ses épaules pour la ramener vaille que vaille au Sanctuaire sacré, elle la
ceignit à la taille lorsque cette dernière rouvrit lentement les yeux.
- Dis-moi, est-ce que ça
va ? Comment te sens-tu ?
- Mieux qu’après certains
autres combats… Même si je dois avouer qu’elle était vraiment coriace. Tu l’as
eue ?
- Malheureusement
non : elle s’est enfuie bien trop rapidement. Et de toute manière, je ne
suis pas sûre que j’aurais pu la vaincre seule… dit-elle avec amertume.
- Pas grave, l’essentiel
c’est qu’elle soit partie et qu’on soit sauves.
- Rentrons
maintenant ! Ca ira ?
L’Ophiucus Saint fit
signe que oui tandis que Marine se retournait déjà pour s’en aller. Un éclair
étrange passa dans le regard vif de la première. Brusquement elle impulsa son
cosmos hors de son corps et le concentra en son poing. Se précipitant
diligemment vers son ancienne rivale elle tenta de lui enfoncer la main directement
à la base du dos. Toutefois, ses sens étant toujours aux aguets, le maître de
Seiya pressentit l’attaque et se retourna juste à temps, saisissant son amie et
lui assénant un violent coup au crâne la plongeant, pour de bon cette fois,
dans l’inconscience…
- Je suis désolée Shina,
j’espère que tu me pardonneras… Je savais bien que quelque chose ne tournait
pas rond.
La prenant sur ses
épaules malgré ses innombrables blessures, elle se déplaça à très haute vitesse
direction le Sanctuaire. Elle ne doutait pas que là-bas ses pairs sauraient
trouver parade à l’étrange maléfice auquel était soumise cette ennemie devenue,
au fil du temps, son unique amie…