Chapitre 7 : Quand le
passé ressurgit
Quelle est donc cette douce chaleur qui me fait m’éveiller de mes songes si profonds ? Mmm, quelle présence merveilleuse me fait signe de me lever ? Ouvrant un œil, puis le deuxième, je ne pus que voir un ciel d’un bleu azur s’étendre infiniment au-dessus de mon regard encore embrumé par ce rêve étrange et lointain… Rhéa, quel étrange nom… Ces événements ne pouvaient êtres que fruit d’une quelconque illusion destinée à embrouiller mon esprit et celui de mes compagnons.
« Le temps de ton accomplissement est à présent venu. Lève-toi majestueuse licorne, et galope vers ton unique destin, celui de la libération d’un peuple. Libère le peuple de Thrace de son infâme souverain, le roi Diomède, libère toutes les âmes perdues de ces étrangers donnés en pâture aux cavales… »
Cette voix résonnait dans ma tête comme le chant des douze armures d’or quand celles-ci réapparurent accompagnées de leurs propriétaires au Sanctuaire, quelques mois plus tôt. Cela n’était donc pas un rêve, j’étais donc bien en un lieu mythologique à la quête d’une victoire qui me permettrait de revoir Saori… Je prouverai donc une bonne fois pour toutes que je mérite le titre de défenseur d’Athéna.
J’entrepris de me relever de cette plage où quelques instants auparavant je me réveillais doucement au son de la voix cassée de Rhéa… Cette voix dont la chaleureuse douceur m’avait fait penser l’espace d’un instant que tout ceci n’était qu’un songe. Il me fallait donc libérer une patrie de son ignoble monarque : voilà une tâche digne de redorer mon blason ! Je me dirigeai vers une des collines alentours quand une voix lointaine m’appela par mon nom :
- Jabu ! Jabu !
- Est-ce bien toi mon ami ?! Cela fait bientôt plus de deux ans depuis que nous ne nous sommes vus ! Je suis si heureux de te revoir Abdéros, je te croyais disparu à tout jamais…
- Alors Jabu, qu’en dis-tu ?
- Ça marche pour moi. Comme le Maître nous l’a dit, le premier à retrouver l’armure de la Licorne pourra se prévaloir d’en être le digne détenteur. Quelque part au fond de cette grotte se trouve l’armure sacrée.
Arrivant en même temps, Abdéros et Jabu virent se profiler devant eux un endroit magnifique : un lagon souterrain duquel se dégageait une lumière bleue pâle, faisant se refléter, sur les murs éclairés par cette aura mystérieuse, les mouvements répétitifs des vagues.
- Je vois que ta vitesse est égale à la mienne, seulement oseras-tu passer l’épreuve fatale à tout imposteur ? Rappelle-toi de ce que notre maître nous a dit : seul celui portant en lui la force, le courage et la délicatesse de la licorne pourra apprivoiser cette armure. On dit que quiconque n’ayant pas l’âme assez pure pour approcher la licorne se verra disparaître…
- Crois-tu seulement que je me suis entraîné six années pour te voir t’emparer de ce qui me revient de droit ? Avant de t’approcher de cette armure tu devras me vaincre. Peu importe notre amitié, tu n’en demeures pas moins mon rival Jabu. Prends ça !
Jabu se vit expulser à plus de six mètres en arrière par un coup de poing fulgurant venant d’Abdéros. Le jeune japonais se releva et essuya un mince filet de sang coulant à la commissure de ses lèvres. Non ! Ce qu’il voyait le sidérait tout simplement : le coffret sacré de la Licorne venait d’apparaître en un rayonnement tout à fait phénoménal, emplissant la grotte d’une gigantesque aura. C’est alors qu’Abdéros tira sur la poignée de l’urne et là, dans toute sa splendeur se dressa ce pourquoi il avait sué sang et eau durant ces six dernières années aux côtés de son ami : l’armure de bronze de la Licorne, la plus belle chose qu’il lui avait été donné de voir de toute sa vie… Jabu poussa un cri quand il vit son ami exécuter ce que leur vénérable précepteur appelait « l’ultime épreuve de reconnaissance ». On avait coutume de dire que seul un être exceptionnel pourrait apprivoiser la licorne, et que quiconque, en dehors de cet élu, essaierait de s’emparer de son pouvoir se verrait disparaître dans un des nombreux univers par lequel cet animal mythique pouvait transiter…
- Abdéros ! Nonnnnnnnnn !
Celui-ci avait effleuré la corne du mythique animal et disparut progressivement devant Jabu, comme désintégré, consumé de l’intérieur. La peine vint intensément s’insinuer dans le cœur de Jabu qui, sous le coup de l’émotion, se précipita là où son ami, son seul ami depuis six longues années maintenant, venait de disparaître. Arrivé à proximité de l’armure, il ne put que ramasser le dernier adieu que lui adressait son compagnon de souffrance, comme ils aimaient si souvent se le répéter. C’était un modeste dessin, probablement oublié dans l’une de ses poches, un dessin les représentant tous les deux, tenant par la bride un magnifique étalon porteur d’une corne frontale… Une dernière larme pour son ami perla alors le long de sa joue et tomba sans un bruit sur l’armure sacrée, et là, dans un hébétement total, Jabu se vit vêtu de son habit sacré, l’armure de la Licorne. Elle l’avait choisi comme possesseur, comme maître. Par la pureté de ses sentiments elle l’avait reconnu et lui prodiguait à présent son pouvoir : guérison, bienfait et protection. Cette armure ne faisait plus qu’un avec lui, et elle apaisait doucement sa peine, même si depuis ce jour, jamais Abdéros ne s’envola de sa mémoire…
- Ainsi donc tu n’es pas mort ! Tu ne peux imaginer ma joie de te revoir vivant, mon ami ! Combien de fois ai-je songé à toi avec regrets ! Combien de fois ai-je regardé ce dessin que tu m’avais adressé en guise de dernier adieu…
- Jabu, je regrette tant d’avoir été si impatient ce jour ! Mais je vois que tu portes l’armure de la Licorne ! Ainsi tu as été choisi pour défendre Athéna… Comme je t’envie ! Je suis moi aussi heureux de te voir en ces lieux, mais j’ai bien peur que la situation ne se prête pas aux réjouissances…
- Pourquoi dire cela ? Je suis venu ici avec mes compagnons d’armes : si nous sommes là c’est pour délivrer Athéna de son sommeil, et une fois mon épreuve réussie, je te ramènerai en notre pays natal.
- Malheureusement ce n’est pas en ces lieux que tu trouveras une quelconque solution à tes problèmes. Ici ne règne que chaos et désolation depuis que Diomède s’est sacré roi…
- Justement, telle est mon épreuve : destituer Diomède pour libérer son peuple opprimé.
- Crois-moi Jabu, il faut bien plus qu’un Chevalier pour pouvoir le vaincre. Je m’y suis risqué dernièrement et, malgré ma force, je n’ai rien pu faire. À présent je suis considéré comme traître à la cour et si l’on me retrouve, je servirai de nourriture à ses cavales.
- Des cavales ?
- Oui, d’horribles juments à la robe immaculée mais malheureusement entachée du sang d’innocente victimes que leur donne Diomède en infâme nourriture…
Soudain un bruit de sabots se fit entendre, martelant lourdement le sol, comme si une armée se dirigeait droit sur nous. Et brusquement, avant même que je ne puisse lever le regard sur Abdéros, une dizaine d’hommes en armure se profilèrent devant nous.
- Abdéros rends-toi vil traître, tu mérites l’ultime condamnation réservée aux gens de ton espèce ! Tout homme osant lever la main sur notre roi ne mérite que la mort !
- Crois-tu que je te laisserai assassiner mon ami ? s’écria Jabu.
- Je ne sais qui tu es étranger, mais si ce renégat est ton ami, alors tu es notre ennemi, et tu rendras ton dernier souffle avec lui. Héhé, votre chair sera un mets de choix pour les juments du roi, elles en auront assez pour de très longs jours avec la fraîcheur de vos années…
- Laisse cet homme tranquille, fit Abdéros, et pourquoi l’armée de Diomède en personne me poursuit-elle ?
- Tu es le seul ayant jamais osé défier impunément notre souverain, et tu devras servir d’exemple au peuple. Ta tête trônera fièrement aux portes de la ville ! Ahahahahahahahah.
- Soit, si tu veux nous tuer qu’il en soit ainsi, mais avant de vous montrer ce dont je suis capable, dites-moi, qui êtes-vous ?
- Nous sommes l’armée bistonnienne, composée des dix plus valeureux guerriers de la cour. Jamais aucun homme ne nous a résisté. Et ce n’est pas un gringalet en armure ridicule qui me tiendra tête ici. À l’attaque !
Trois hommes me tombèrent littéralement dessus alors que, sur ma gauche, j’apercevais mon ami de toujours aux prises avec deux puissants gardes. Je sautai en l’air, dans l’axe du soleil, et tombai droit sur l’un des trois, l’assommant d’un coup de pied bien senti. Me réceptionnant, je ne pus qu’éviter le coup de poing d’un autre garde en me baissant. Celui-là allait me le payer ! Je lui balayais les jambes lorsque j’aperçus, dans le reflet de son casque qui se trouvait à terre, un ennemi juste derrière moi. Le problème avec ce genre de combattants, ce n’est pas tant leur force, risible à mes yeux, mais le fait que, ne possédant pas de cosmos, ils soient plus durs à ressentir. J’esquivai son attaque et sans même me retourner lui envoyai un terrible coup de poing droit dans le plexus solaire. Jetant un coup d’œil sur mon ami je vis que malgré nos années de séparation et ma nouvelle maîtrise du combat, il n’était pas en reste lui non plus. À ses pieds gisaient déjà deux hommes, et un autre était victime de son offensive. Néanmoins ces soldats à la solde d’un tyran étaient assez résistants, malgré leur faiblesse au combat.
- Quelle naïveté, même à cinq contre un vous n’êtes pas de taille à lutter ! Abdéros, prêt ! Rappelle-toi, comme autrefois.
- Allons-y !
Nous enflammâmes nos cosmos simultanément, repoussant nos assaillants qui se retrouvèrent projetés aux pieds du chef bistonien. Celui-ci regarda leurs corps inanimés avec un air dédaigneux, Quand il s’avança vers moi, je puis voir en ses yeux une lueur sanguinaire, la froideur de la mort…
- Qui es-tu pour oser ainsi décimer les troupes de Diomède ? Moi Biste, guerrier thracien de l’Attelage, te défie dans un duel à mort.
- Ainsi tu serais donc un guerrier ? Dommage que pour tes amis ce ne soit le cas…
- Présomptueux ! Ce n’étaient que de simples laquais à ma botte. Crois-tu que le roi Diomède aurait une armée de faibles ? Tu sais très bien que ces hommes gisant à mes pieds sont de bons combattants, mais face à un homme maîtrisant son cosmos, ils n’avaient aucune chance. Heureusement pour moi, je ne suis pas comme eux !
- Abdéros, si ce que tu m’as dit est vrai, rejoins les écuries du roi, et rapporte ici les juments sacrées souillées par Diomède. Tu sais aussi bien que moi que même si tu maîtrises ton cosmos, tu n’es pas de taille face à lui.
- Jabu mon ami, jure-moi que nous ne nous perdrons plus ?
- C’est juré Abdéros. Allez, va, je vaincrai n’aie crainte. Je ne suis plus le même que celui que tu as connu il y a quelques années.
- J’y vais alors, je les ramènerai en ces lieux dès que je les aurai trouvées. Bonne chance, et prends garde à Diomède si jamais tu le croises ! Il me surpasse largement de force. Lors de notre dernière rencontre j’ai failli y laisser ma vie…
- Ton ami est d’une sagesse déconcertante ! Hahaha ! De toute manière, tu n’approcheras jamais mon maître, car pour cela il te faudrait parvenir à me vaincre. Mais avant de voir ton cadavre se faire dévorer, dis-moi, qui es-tu réellement ?
- Je suis Jabu, Chevalier de la Licorne au service d’Athéna.
- Soit, ma victoire n’en sera que plus glorieuse alors. Trêve de bavardages, en garde !
Je le vis arriver sur moi à une vitesse dépassant largement la vitesse du son. Je ne m’y attendais vraiment pas. N’ayant même pas bougé d’un millimètre, une bourrasque de vent vint lécher mon visage d’une fraîcheur presque agréable. Subséquemment, une traînée de sang coula le long de ma joue gauche. Je me retournai alors, pris d’un accès de furie contre celui que j’avais sous-estimé. Il me regardait, un sourire narquois aux lèvres. Que cet homme pouvait être énervant à la fin !
- Tu me payeras cet acte Biste, sache que l’on ne verse pas impunément le sang. Unicorn Gallop !
Je le vis alors encaisser mon attaque, contenant entre ses mains paumes tendues la charge du galop de la licorne. Non, jamais je n’aurais pu penser qu’un jour un Chevalier puisse venir à bout si facilement de cette attaque, surtout après l’entraînement que je venais de subir au Sanctuaire. Je pouvais voir dans les yeux de mon adversaire la conviction absolue qu’il allait sortir vainqueur de notre combat.
- Alors Jabu, te voilà moins fier
à présent ! À mon tour de te faire goûter à mon attaque ! MORTAL PLOW CRUSH !
Quelle horrible douleur ! Ce fut exactement cela : j’étais écrasé par une charrue. Mes os étaient comme broyés en moi, j’avais l’impression qu’une masse énorme m’avait enfoncé tous les organes sous la cage thoracique. Par Athéna, quelle douleur atroce ! Athéna… Me relevant tant bien que mal je le vis rire, d’un rire sordide, insupportable !
- Tu me le paieras, je te le jure par ma constellation, tu paieras cher ton acte !
- Bats-toi au lieu de geindre, minable Chevalier ! J’ai bien du mal à croire que tu sers une déesse. Comment un être divin pourrait avoir à son service un minable comme toi !
- Tais-toi !!!!!!!!!!!!!!! Tais-toi !!!!!!!!
L’aura violacée du Chevalier de mit à croître d’une intensité effrayante. Biste, de son côté, se préparait à toute éventualité, en guerrier expérimenté qu’il était. Et soudain, le cosmos de Jabu explosa en une rage démesurée.
- Pour la gloire d’Athéna ! UNICORN GALLOP !!
Je me relevais doucement. J’avais réussi, au prix d’un effort surhumain, j’avais réussi !! Il gisait là au sol, ensanglanté, transpercé par le Galop de la Licorne. La puissance de mon attaque fut telle que son exécution me précipita dans une inconscience temporaire : la sienne quant à elle serait dès ce jour éternelle. Me levant difficilement, j’entrepris de me rendre vers ce lieu où le terrible roi des Bistouniens élisait demeure.
Après ce que j’estimais environ à deux heures de marche, j’arrivai enfin non loin du palais de Diomède. Mon sang ne fit qu’un tour lorsque j’aperçus Abdéros arriver vers moi, trois somptueuses juments, d’un blanc pur comme la neige, attachées derrière lui.
Quand il me vit ensanglanté comme je l’étais, il ne put s’empêcher de me demander si j’avais quelque chose de cassé. D’un sourire je le rassurai, même si mon esprit semblait en bien meilleure forme que mon corps… J´avais enfin vaincu un adversaire de taille, Biste, guerrier de l’Attelage ! Soudain, un bruit de sabots se fit à nouveau entendre, mais pas par dizaines, comme quelques heures plus tôt, non, juste un seul et unique cheval. Un homme en armure étrange montait une jument d’une immaculée blancheur, telles celles que traînait Abdéros derrière lui.
- Te voilà enfin Abdéros. Cela fait maintenant trop longtemps que cela dure ! Tu vas périr sois en sûr ! Sois honoré de mourir des mains d’un roi, car moi, Diomède, vais en finir avec ta misérable existence.
- C’est donc toi que je dois exécuter, le coupa Jabu. Je suis Jabu, Chevalier de la Licorne, et j’ai terrassé ton meilleur guerrier, Biste. Rends-toi à moi à présent ou tu subiras son funeste sort.
- Hahahahahahahaha ! Ton compagnon ne t’a donc pas prévenu ? Biste n’est qu’un incapable ! Que veux-tu que sa disparition me fasse ? S’il est mort c’est qu’il était faible, mais moi, à sa différence, ne suis pas de ceux qui portent le masque de la défaite.
- Abdéros va-t-en avec les cavales là où nous nous sommes retrouvés. Après avoir vaincu le roi je ramènerai la dernière monture avec moi.
- Entendu Jabu, mais prends bien garde à toi : Diomède est bien plus fort que moi, bien plus puissant que Biste…
- Ne t’inquiète pas ! Va-t-en, immédiatement !
Comme je prononçais ces mots, une aura gigantesque apparut tout autour de Diomède, un cosmos d’une ampleur au moins égale à celle d’un Chevalier d’or, laissant apercevoir l’ombre de quatre magnifiques juments derrière lui, des cavales plongées dans une aura rouge sang…
- Inconscient Chevalier, à présent tu vas devoir faire face à ma colère ! Ton ami s’était déjà un peu trop permis en me défiant, mais là, en dérobant mes précieuses cavales, il a largement dépassé les bornes. Toi, puisque tu le défends, subiras non seulement la colère d’un roi, mais aussi celle du guerrier thracien : la colère de Diomède, guerrier des Supplices, fils d’Arès !
Comment ? Diomède était donc le fils d’un dieu ? Je n’étais en fin de compte qu’un modeste Chevalier de bronze… Comment étais-ce possible ? Je n’étais pas Seiya moi… Comment pouvais-je vaincre une descendance divine, qui plus est le fils du dieu de la Guerre en personne ?
Faisant exploser son cosmos à son paroxysme (par Athéna, quelle puissance !) il se tenait face à moi, me fixant de ses yeux perçants, aussi froids que l’acier…